Archives de Tag: Canard enchaïné

Le mot du 5 novembre 2014

politicien

            Le Canard enchaîné du 5 novembre 2014 reprend les propos tenus par M. Alain de Greef, ancien directeur des programmes de Canal+, dans une interview accordée au Monde daté du 2 novembre : « Quand je regarde les programmes en clair, je suis atterré par la surreprésentation des politicards de tous bords, avec leur propagande nauséabonde et leurs parasites habituels, les éditorialistes, le mot ne voulant plus nécessairement dire quelqu’un qui écrit un éditorial, mais quelqu’un qui ramène son opinion sur le maximum de médias, quitte à la faire fructifier en publiant des livres sans intérêt mais promus sur toutes les antennes ».

            La signification de politicard (d’abord adjectif, puis substantif, la graphie politiquard est inusitée aujourd’hui), avec son suffixe dépréciatif en -ard, est claire pour tout le monde : il s’agit des femmes et des hommes pratiquant la politique sous un angle considéré comme déprécié ou méprisable. En revanche, un certain nombre de personnes ne prennent pas garde à l’acception nettement défavorable attachée à politicien(ne) : ce terme n’est pas neutre, n’est pas un synonyme anodin de « femme (homme) politique », de « personne qui s’occupe de politique »…

            Politicien, quoique moins « popu » que politicard, est tout autant chargé de valeur péjorative. Les dictionnaires contemporains les plus complets définissent ainsi le politicien et la politicienne : « Homme (ou femme) qui fait de la politique son métier, qui en connaît et en utilise toutes les intrigues ; qui mène une politique intéressée, souvent limitée à des considérations de stratégie électorale ou d’intérêts partisans ». Les intérêts « partisans » comprenant bien entendu les intérêts personnels. Le Trésor de la langue française (CNRS) indique d’ailleurs que politicien(ne) est souvent associé à un qualificatif renforçant la nuance péjorative : retors, avide…

 

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            Merci à toutes les personnes qui sont venues concourir, dans l’auditorium – rempli ! – du conseil général de Loire-Atlantique, à la 10e dictée Jules-Verne. Une fois encore, ce fut un après-midi joyeux, convivial ! Cela, en dépit du fait que des manifestations d’agriculteurs, entraînant des barrages de forces de l’ordre, gênaient la circulation dans Nantes. (Cette dernière remarque étant complètement neutre, bien évidemment.)

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Le mot du 22 mai 2014

 Bourde

            « 1 200 quais dans les brumes » : une fois de plus, c’est grâce au Canard enchaîné (numéro daté 21 mai 2014) que les Français ont été informés. En l’occurrence, informés d’une invraisemblable, stupéfiante, scandaleuse et fort coûteuse erreur : de nouvelles rames de trains express régionaux (RER), commandées au nombre de presque 2 000, se sont révélées trop larges pour circuler sans souci sur le réseau ferré de l’Hexagone !…

            Le terme familier bourde, employé par un certain nombre de médias pour qualifier cette monumentale bévue, est manifestement inadapté eu égard à la gravité des faits. Car les quais de centaines de gares vont devoir être rabotés et, à certains endroits, ce sont les rails qui devront être espacés pour éviter des accidents (« À Lyon, il a fallu déplacer des rails à l’entrée d’une gare, car un train aurait pu en casser un autre », dixit le Canard).

            Il est trop tôt, semble-t-il, pour démêler les responsabilités totales ou respectives de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF) : la première ayant, sauf erreur, défini le cahier des charges d’après les informations données, sauf erreur aussi, par le second, puisque telle est la répartition des tâches. La facture, selon les chiffres comme d’habitude flous donnés par les médias se précipitant à la poursuite du Canard enchaîné, varient de 50 à 80 millions d’euros, voire plus.

            La plupart des synonymes de bourde venant à l’esprit semblent bien tièdes, eux aussi, pour parler de cette abyssale ânerie qui n’a rien d’une peccadille : impair, boulette, bêtise… Les citoyens et contribuables ne seront sans doute pas en peine, en cette période de difficultés, pour trouver d’autres mots.

            Peut-être issu du provençal borda, « mensonge », bourde a autrefois signifié « conte forgé pour abuser de la crédulité de quelqu’un ». Georges Duhamel l’emploie encore sous cette acception dans sa Chronique des Pasquier (« Le Désert de Bièvres ») : « Nous voudrions plaisanter. Trouver à dire quelque bourde. » Le terme a pris ensuite la signification aujourd’hui usuelle : « erreur grossière due à l’ignorance ou à l’étourderie », qui est bien faible pour parler d’une lourde faute.