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Le mot du 29 décembre 2014

castor

            De temps à autre, les médias font état de plaintes d’habitants de telle ou telle région excédés par les dégâts causés par des castors… Ainsi à Parcay-sur-Vienne, arrondissement de Chinon (Indre-et-Loire), où des Parçaiens et Parçaiennes, maire en tête, sont en colère contre… la dizaine de rongeurs qui, selon eux, sont responsables de toutes les calamités. À savoir : abattage excessif d’arbres pour se nourrir et pour construire des barrages, inondations de peupleraies, mauvaises odeurs, invasion de moustiques…

            Mais le castor européen est une espèce protégée ! La quadrature du cercle à réaliser consiste donc à  réduire les nuisances – il est utopique de songer à les éliminer – sans  chasser du lieu les bestioles qui ont, disent leurs détracteurs, colonisé les affluents de la Loire et de la Vienne. Il est strictement interdit de détruire leurs barrages, etc. Sur cette affaire d’arbres, de troncs, de bois, tout le monde… planche donc toujours, en cette fin 2014 !

            Lorsque George W. Bush a été élu président des États-Unis, son équipe s’est répandue dans les médias pour souligner que son prédécesseur, Bill Clinton, s’était, dans les derniers mois de son mandat, montré aussi « actif » qu’un castor…  C’était là la version de certains traducteurs, mais d’autres optaient pour « affairé », ce qui changeait notablement la signification !  Venant du camp adverse, le propos était assurément mieux restitué par affairé, car la teneur était alors beaucoup moins valorisante… L’actif abat une masse de travail avec efficacité ; l’affairé, du moins dans son acception la plus usuelle aujourd’hui, brasse plus de… vent que d’affaires.  C’est  ce  que  l’on  appelle  couramment un « ventilateur », et cette espèce n’est pas près de s’éteindre.

            … Castor est le nom propre d’un héros, le frère de Pollux. En grec, Kastor signifie « celui qui brille, qui se surpasse ». Castor étant le protecteur des femmes, on a donné son nom à l’animal en raison de l’action bénéfique d’une sécrétion de ce dernier dans certaines affections féminines.

            Par métonymie, castor a été employé pour désigner une peau de castor, puis un objet en fourrure de castor ; enfin, un chapeau. Un demi-castor était un tissu de feutre comportant du poil de castor, avant de devenir le chapeau fait de ce feutre. Castor fut ensuite synonyme de ce qu’on appellera une « demi-mondaine » au XIXe siècle, tandis que demi-castor s’appliquait à une fille galante de moindre niveau. Cela, dit-on, parce que ces filles de petite vertu portaient les fourrures ou les chapeaux susnommés.

            Dans les années 1950, on appela « castors » des personnes qui s’associaient pour construire leurs maisons. Enfin, rappelons que Jean-Paul Sartre surnommait « le Castor » sa compagne, Simone de Beauvoir.

Le mot du 5 octobre 2014

Gémeaux

           Charlène de Monaco, princesse du «  Rocher », a annoncé à un magazine britannique, Hello, qu’elle attendait des jumeaux… L’information est évidemment reprise par les médias français, et l’on peut noter que ces derniers adoptent de plus en plus la graphie francisée Charlène, avec un accent grave, au sujet de Charlene Lynette Wittstock, native de Bulawayo, au Zimbabwe.

            Si ces mêmes médias français n’ont jamais francisé Beatrix (des Pays-Bas) en Béatrice, et rarement Elizabeth II en Élisabeth II, l’attitude est différente avec les prénoms où un e précède une syllabe finale muette. Ceux qui ont fréquenté notamment les cassetins de correcteurs et les salles de rédaction savent combien de longues réflexions (☺) ont été entraînées par le prénom, à l’anglo-saxonne, de Marlene1 (née Maria Magdalena) Dietrich !… L’inoubliable interprète de Lili… Marlene2, réfugiée aux États-Unis, portera le prénom sans accent. Ses liens avec Jean Gabin pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l’immédiat(e) après-guerre en feront quasiment une Française, et l’on sait qu’elle vivra à Paris des années 1975 jusqu’à son décès, en 1992. Son prénom, prononcé « marlène » bien sûr, était donc familier à bien des gens, et conduisait à franciser l’orthographe en Marlène. On trouve donc souvent en concurrence les deux formes, mais les dictionnaires ne retiennent que Marlene.

            Jumeau (féminin : jumelle, pluriel : jumeaux) vient du latin gemellus, au même sens. Pour certains, sans doute majoritaires, deux jumeaux est un pléonasme, car, s’il y a plus de deux enfants nés d’un même accouchement, on doit parler de triplés, de quadruplés, etc. ; pour d’autres, y compris des lexicologues et lexicographes, il est licite d’employer jumeaux pour qualifier plusieurs enfants, au-delà de deux. Pour échapper aux critiques, on réservera cependant l’utilisation de jumeaux à DEUX… gémeaux.

            Bien connu de ceux qui consultent les horoscopes, le mot Gémeaux est le nom d’un des signes du zodiaque, c’est-à-dire d’une des constellations. Il s’agit donc d’un nom propre, qui par conséquent doit s’écrire avec une majuscule : le signe des Gémeaux. Cette orthographe – une majuscule et le pluriel – est obligatoire en toutes circonstances : Ma femme est Gémeaux ; Mes deux sœurs sont des Gémeaux ; C’est un Gémeaux … puisque, à chaque fois, il y a une ellipse pour  « du signe des » : Ma femme est [du signe des] Gémeaux.

          Pour les Grecs, ces Gémeaux étaient Castor et Pollux; pour les Romains, il s’agissait de Remus et Romulus.

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1. Des disques allemands anciens comportent la graphie « Marleene« .

2. Il ne faudrait pas oublier, pour autant, que cette chanson, sous la graphie Lili Marleen, fut enregistrée, créée, par la comédienne et chanteuse allemande Lale Andersen en 1939. Cet air, adopté comme indicatif par la radio allemande de Bucarest en 1940, deviendra alors seulement très populaire, d’abord auprès des troupes du Reich, puis dans le monde entier.