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Le mot du 16 août 2014

fossé

          Le pape François a, au cours d’une messe célébrée en Corée du Sud (et non en « Sud-Corée », n’en déplaise aux adorateurs du franglish) dénoncé le fossé croissant entre riches et pauvres, y compris à l’intérieur d’un même pays. Faisant allusion au courage et à l’esprit de charité qui furent le propre de martyrs coréens qu’il béatifiait, le souverain pontife a déclaré : « Leur exemple à beaucoup à nous dire, à nous qui vivons dans des sociétés où, à côté d’une immense richesse, la pauvreté extrême croît silencieusement, où le cri du pauvre est rarement écouté […]. »

          Les proverbes et expressions liés à fossé ne sont guère usités de nos jours : Ce qui tombe dans le fossé est pour le soldat : « ce qu’on a laissé tomber est pour celui qui le ramasse » ; Au bout du fossé la culbute : un proverbe qui semblait peu compréhensible à Littré lui-même ainsi qu’à beaucoup de linguistes ! Pourquoi y aurait-il une culbute alors que l’on serait déjà dans un creux, un fossé !? Faut-il y voir une façon elliptique de dire : « au bout du terrain, il y a [forcément] le fossé, donc la culbute » ? Sauter le fossé est plus évident, c’est prendre une forte résolution, « franchir le pas », voire « brûler ses vaisseaux »… Quant au grand fossé, c’est, clairement, la tombe, le tombeau.

            Ponson du Terrail et d’autres romanciers-feuilletonistes prolifiques ne prenaient pas le temps de relire leur copie – que les éditeurs avaient sans doute le tort de ne pas faire passer par le filtre bienfaisant de correcteurs professionnels. D’où d’impayables et hilarantes bourdes telles que : « Elle avait la main froide d’un serpent » ; « « Ah ! », dit don Manoel en portugais » ; « Victorine continua sa lecture en fermant les yeux » ; « Cette femme avait […] une taille svelte et souple qu’une main d’homme eût emprisonnée dans ses dix doigts ». Et, si les œuvres bien oubliées de l’auteur dramatique Adolphe Dumas n’assurent pas son souvenir, cet écrivain reste connu pour son… inénarrable « hareng saur » : « Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort / J’aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort. ».

            Se rangeant sous la bannière de Ponson, quelques écrivains et journalistes n’hésitent pas à écrire audacieusement que la Grande Muraille [de Chine] est un… « fossé » qui fut dressé pour protéger la frontière nord du Céleste Empire contre les tentatives d’invasion !

           

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