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Le mot du 20 février 2015

keirin

          Du 18 au 22 février, à Montigny-le-Bretonneux, sur le vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines (ouvert en janvier 2014), se déroulent les championnats du monde de cyclisme sur piste. Un sport ne bénéficiant pas d’une grande attention de la part des radios et des télés… sauf à l’occasion de championnats nationaux ou mondiaux. Surtout, quand même, quand ces compétitions se disputent dans l’Hexagone. Le peu d’intérêt des grands médias, même publics, explique peut-être qu’une présentatrice d’un grand journal d’une chaîne nationale annonce cela comme étant du « cyclisme sur route », sans se corriger ensuite.

            Grande nation cycliste, la France a toujours eu d’excellents champions pistards, notamment en vitesse individuelle et par équipe, et en… keirin. Il s’agit souvent des mêmes athlètes, naturellement, puisque la spécialité d’origine japonaise appelée keirin (on prononce « kêrin’ ») relève du sport de vitesse.

            Description succincte de cette épreuve particulière apparue au Japon dans les années 1950, mais qui a mis plusieurs lustres avant de devenir populaire en Europe  :  plusieurs sprinters (ou sprinteurs), dont les positions de départ ont été tirées au sort, sont aspirés pendant plusieurs tours de piste par un entraîneur à vélomoteur appelé « lièvre ». Celui-ci va accélérer progressivement, passant de quelque 25 km/heure à 50 km/h à deux tours de la fin. Il s’écarte alors, et laisse les coureurs disputer à très vive allure le long sprint final…

        Des commentateurs peu rigoureux désignent par « moto » l’engin chevauché par le meneur, par le « lièvre ». Il se peut que, parfois, les cyclistes soient tirés par une… petite moto, mais dans la quasi-totalité des cas l’engin traditionnellement utilisé a été le derny (nom propre déposé, d’après le patronyme du constructeur, le Français Roger Derny, mais devenu nom commun sans majuscule). Le derny, ou « derny d’entraînement », était un vélo motorisé, ou vélomoteur si l’on préfère, qui fut très employé pour l’entraînement des cyclistes, et utilisé lors de compétitions derrière entraîneur, sur piste ou sur route, comme le mythique Bordeaux-Paris ou le Grand Prix des nations.

            Les familiers du cyclisme continuent à employer le mot derny, même si la marque a disparu, concurremment avec le mot burdin, qui désigne sensiblement le même vélomoteur (d’après le nom éponyme de la marque française d’André Burdin, selon ce fabricant).

            D’autres commentateurs peu fiables parlent de courses « derrière derny » à propos du demi-fond. Il n’en est rien : le demi-fond, qui se court sur piste, et sur de longues distances, fait appel à de grosses motos aspirant littéralement les stayers qu’elles tirent. Cette discipline très dangereuse est réservée à des pistards aguerris, à des trompe-la-mort pouvant atteindre plus de 100 km/h, tel l’extraordinaire Espagnol Guillermo Timoner, couvert de titres de champion du monde et de médailles, qui, sauf erreur, vit dans son île de Majorque, quasi nonagénaire, après avoir remporté pour la dernière fois le titre de champion d’Espagne de demi-fond à… 58 ans !

 

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11e Championnat du Maroc de langue française et d’orthographe : les correcteurs du plus grand des 17 sites accueillant les demi-finales (samedi 14 février), à savoir Casablanca, ont été particulièrement victimes du succès croissant de l’épreuve… Ils n’ont pu terminer que jeudi soir la correction des…   + 2 200 copies !

Rappel prochaines dictées :

7 mars : à Sèvres (Hauts-de-Seine), au Centre international d’études pédagogiques, à 14 heures. Renseignements et inscriptions : 06 07 59 17 08 ou jp.colignon@orange.fr

21 mars : première dictée de Tourcoing (Nord), à la médiathèque André-Malraux, 26, rue Famelart, à 14 heures. Inscriptions obligatoires, le nombre de places étant limité par la capacité de la salle. Renseignements et inscriptions : 03 59 63 42 50 et www.tourcoing.fr/mediatheque

(La finale du Championnat du Maroc se déroulera ce même 21 mars.)

Le mot du 16 février 2015

résister

            Les jours se suivent, et se ressemblent : quotidiennement, et sans doute de plus en plus souvent, il faut résister… Résister à des choses et à des événements très différents, de gravité variée, d’importance diverse, de poids relatif.

               Résister à la maladie, notamment au « crabe », qui semble se multiplier en dépit des moyens déployés et de la compétence et du dévouement des médecins et chercheurs.

               Résister à ses propres travers, défauts, faiblesses, insuffisances, de façon à atteindre l’objectif fixé par le Secours populaire, par exemple : « Hommes de demain, soyez plus heureux que nous ; plus heureux parce que meilleurs, meilleurs parce que plus heureux ».

               Résister à la tentation de céder au découragement face aux inégalités croissantes qu’impose une oligarchie ploutocratique bloquant la société à son profit.

                     Résister à l’obsession de se réfugier dans l’apathie, dans la résignation, dans le repli sur soi-même, dans une veule indifférence, en croyant –  grande illusion ! –  que cela assure la sécurité, la paix et la liberté.

                     Résister fermement à tous ceux qui veulent asservir la Terre entière, qui veulent supprimer partout la liberté d’expression et la liberté d’opinion, et imposer leur fascisme obscurantiste.

                   S’indigner ne suffit pas, c’est une attitude inadaptée, complètement insuffisante.

« Je suis né pour te connaître

  Pour te nommer

LIBERTÉ »

                                            (Paul  Eluard.)

 

            Résister est issu du latin resistere, « se tenir en faisant face », « tenir tête », « opposer une résistance ».  Grâce à la pièce de Bertolt* Brecht la Résistible Ascension d’Arturo Ui, on connaît l’adjectif résistible : « ce à quoi, ce à qui on peut résister », qui a résistable comme synonyme fort peu usité.

* Une erreur courante consiste à déformer Bertolt en « Berthold » ! Comme Brigitte Bardot, Bertolt Brecht figure souvent dans des grilles de mots-croisés sous le sigle B.B.

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            La prochaine dictée, en Île-de-France, sera celle, annuelle, de Sèvres, au Centre international d’études pédagogiques, le samedi 7 mars. (Inscriptions et renseignements :  06 07 59 17 08 ou jp.colignon@orange.fr     .)

            La suivante sera celle  – une « première » – de Tourcoing (Nord), le samedi 21 mars.

Le mot du 28 janvier 2015

caracoler

            Le succès de certains mots et expressions ne se dément pas au fil des lustres (= périodes de cinq ans) ou des décennies (= périodes de dix ans)  – que l’on ne doit pas confondre avec les décades, périodes de dix jours.

            Les médias usent ainsi constamment de « caracoler en tête des sondages » au sujet d’un parti politique ou d’un homme ou d’une femme politique.  Étant donné le désamour dont pâtissent – et non « jouissent » : attention aux mauvais emplois des termes ! – les politiciens et politiciennes de tous bords (ou : tout bord), le recours à cette expression devient quasiment une impropriété. Caracole-t-on vraiment, avec seulement 30 ou 35 % des voix, quel que soit le parti politique, si en vérité ce sont les abstentionnistes qui l’emportent nettement, avec 40 ou 50 % des inscrits ?… Oui, sans doute, si tous les mouvements concurrents arrivent péniblement aux alentours de 10 %.  Mais c’est un abus de langage, une impropriété, si les principaux adversaires ne sont qu’à 3 ou 4 % derrière… et si le second tour verra, selon toutes probabilités, la défaite du prétendu « caracoleur » !  Les guillemets sont volontaires, car je pratique moi-même ici  l’abus de langage – calembour : selon le Trésor de la langue française, le caracoleur est « une personne un peu bohème, un peu débauchée », du type « noceur, viveur ».

            En fait, cet abus de langage est dans bien des cas… volontaire : pour faire le « buzz », pour attirer le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, pour transformer en événement censé être extraordinaire un résultat prévisible (pas besoin d’être de soi-disant politologues, il suffit d’être dans la « vraie vie »). Peut-être, chez certains, y a-t-il la volonté d’effrayer les électeurs, en laissant entendre que l’élection est jouée et que le second tour confirmera les résultats du premier s’il n’y a pas rassemblement des adversaires. À l’inverse, certains en rajouteront, par l’emploi de caracoler, pour inciter les abstentionnistes à voler au secours de la victoire, en rejoignant ceux qui dès le premier tour ont fait le « bon choix »…

            Alain Rey (que je remercie encore d’avoir été mon parrain d’intronisation au sein de l’académie Alphonse Allais, il y a huit jours), ainsi, avait retenu caracoler comme thème d’une de ses chroniques diffusées sur France Inter dans les années 1995. Un verbe qui « manifeste une belle vitalité expressive ». Et le linguiste poursuivait : « Caracoler évoque pour nous un cavalier qui fait piaffer sa monture ; un inconscient mélange avec cavalcade, cabrioler et galoper donne au verbe un dynamisme ostentatoire ».

            Caracoler  est  un  terme du domaine de l’équitation, dont l’acception est : « exécuter une succession de voltes et de demi-voltes à droite et à gauche, de courbes  et  de  contre-courbes ».  Alain Rey  estime  que  le  latin    conchylium, « coquille », est peut-être à l’origine du mot, et rattache caracoler à l’espagnol caracol, qui, « probablement par altération de mots occitans, cagarol et autres variantes, telle la cagouille poitevine », désigne l’escargot, le colimaçon… et sa coquille à spirales. Alain Rey ajoute que l’on a dit d’un escalier en colimaçon qu’il « caracolait » !

            Dans son journal, Stendhal écrit : « Le prince de la Paix [il s’agit de Manuel Godoy, 1768-1851], qui a été simple garde du corps,  plus puissant que le roi  en Espagne parce qu’il caracole la reine ». Chacun aura compris la signification…

 

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Ajout à un précédent « Mot du jour ». –  J’aurais dû mentionner dans confetti la définition qu’en donne, dans le désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.), l’un des auteurs de l’Académie Alphonse Allais, Jean-Pierre Delaune : « Petit cercle de papier coloré que l’on jette par poignées en période de fête ou de réveillon. À l’imitation d’Alphonse Allais, qui imagina les confettis noirs pour personnes en deuil, les membres de l’Académie Alphonse Allais préconisent les confettis en fonte pour les carnavals sado-masochistes ».

 

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Dictées et autres événements prochains :

 

Mercredi 11 février,  à 14 heures, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, premier « Salon de la langue française du 7e arrondissement ». Ce Salon, que la Mairie du 7e m’a demandé de concocter avec ses services culturels, se composera des animations suivantes :

Une dictée, à 14 heures. S’inscrire auprès de moi : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08. Dans la limite des places disponibles, les personnes non inscrites pourront le faire le jour même, à la mairie.

A la même heure, dans une autre salle, l’ami Claude Turier, dessinateur caricaturiste, qui fut pendant plusieurs années le rédacteur en chef de l’almanach Vermot, membre de l’Académie Alphonse Allais, animera un jeu particulièrement destiné aux juniors, autour  des expressions de la langue française.

Pendant la correction de la dictée, séance drolatique,  et interactive avec le public, de dictionnaire, menée par plusieurs membres de l’Académie Alphonse Allais et dirigée par Xavier Jaillard, rédacteur en chef du dictionnaire mentionné plus haut.

Notamment en direction des plus jeunes, mais pas seulement, dans une autre salle : spectacle par une conteuse.

Jeu-concours autour de la littérature française (rédigé et animé par J.-P. Colignon).

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Samedi 7 mars, à 14 heures : dictée de Sèvres (92), au Centre international d’études pédagogiques. Inscriptions et renseignements : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08.  

Le mot du 24 janvier 2015

trublion

            Le parti de la gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras devrait l’emporter nettement aux élections législatives organisées en Grèce demain 25 janvier… Voulant mettre fin à la politique austéritaire (voir le « Mot du jour » du 21 janvier) imposée par la « troïka » Union européenne – FMI – Banque centrale européenne, et qui asphyxie exagérément les Grecs, ce mouvement s’annonce comme un trublion très combatif.

            Sinon révolutionnaire, sauf aux yeux des plus conformistes des députés et fonctionnaires européens, Syriza se présente à tout le moins comme l’empêcheur de tourner en rond, un agitateur, un fâcheux, un importun, un parasite, un sacré perturbateur… Employer trublion peut sembler alors inadéquat, inapproprié.  En fait, le terme est différemment connoté, et il faut y prendre garde. Parfois, on voudra y mettre – ou l’on ressentira – une bienveillance un peu trop clémente (excessive, peut-être ?) à l’égard de quelqu’un, ou d’un groupe, qui joue les provocateurs et qui sème un joyeux… désordre, disons. En d’autres circonstances, la tolérance ou la compréhension seront moindres, et la condamnation plus affirmée. Le vocable sera alors manifestement utilisé pour fustiger un contestataire virulent, un agitateur plus qu’enquiquinant.

            Dans l’usage contemporain, trublion, quelles que soient les circonstances, est quasiment toujours utilisé avec une nuance de patience, d’indulgence, de mansuétude, voire de complaisance : Le trublion, tapi au fond de la classe, lançait sur ses camarades des boules de papier  ;  Ce trublion du PAF multiplie à l’antenne les blagues de potache  ; En prenant quinze minutes au peloton, y compris au leader de son équipe, ce trublion perturbe la tactique élaborée par chacun.

 

Un tiers de trombidion, un tiers de ludion et un tiers d’histrion

Anatole Thibault, plus connu sous son nom d’écrivain : Anatole France, ne dédaignait  pas  les  jeux de mots érudits… C’est ainsi qu’à partir du sobriquet de « Gamelle » donné au duc Philippe d’Orléans (1869-1926) il inventa trublion.

          Né en Grande-Bretagne, Louis Philippe Robert d’Orléans sera le prétendant orléaniste au trône de France, de la mort de son père, en 1894, à son propre décès, en 1926. Il aurait, en cas de restauration de la monarchie à son profit, régné sous le nom de Philippe VIII… Interdit de séjour en France en raison de la loi d’exil, il souhaite néanmoins faire son service militaire. Sans doute à la fois par convictions personnelles et pour renforcer son aura politique.

         Il pénètre donc illégalement en France, et va se présenter, le 2 février 1890, à la mairie du VIIIe arrondissement, puis au ministère de la Guerre. Des deux côtés, c’est une fin de non-recevoir (polie, sans doute). Le soir même, il est arrêté au domicile d’un de ses plus fervents « supporters » : le duc de Luynes, et incarcéré à la Conciergerie. Dans la foulée, il est condamné à deux ans de prison et envoyé à Clairvaux dès le 25 février ! Mais l’État républicain est aux petits soins : dans son… appartement-prison, et sous la surveillance probablement débonnaire et discrète d’un gardien personnel,  le prisonnier peut recevoir sa mère,  ses  maîtresses,   et  se  faire  livrer  de  très  riches  repas  fins.  Tout  cela – notamment le dernier point – est largement rapporté par la presse, et le duc et son entourage prennent conscience du discrédit qui pourrait en résulter. Philippe d’Orléans fait alors savoir tous azimuts qu’il ne veut que « la gamelle du soldat », ce qui suscite lazzis et quolibets et lui vaut, en tout cas momentanément, le surnom de « Gamelle ».

      Ce gêneur de prétendant orléaniste qui vient jeter la perturbation en sollicitant le droit de faire son service militaire est un vrai fauteur de troubles. Le  fin  érudit Anatole France va donc transformer ce surnom de « Gamelle » en « Trublion ». Pour cela, il va se référer au grec trublion et au latin trublium, d’où l’on avait tiré, en français, truble, « assiette, bol, plat… gamelle ». La proximité de trouble justifiait le calembour : « Gamelle » est un fauteur de troubles !  Un trublion, donc. C’est même « Trublion », autre surnom attaché à sa personne.

      Toujours avec une majuscule, Trublion(s) va désigner les agitateurs royalistes et nationalistes pendant l’affaire Dreyfus (le duc d’Orléans étant lui-même antidreyfusard) : « La fleur du nationalisme français, l’élite de nos Trublions… » (Anatole France, Sur la pierre blanche).

            Amnistié par le président Sadi Carnot, le joyeux prisonnier de Clairvaux sera reconduit à la frontière suisse le 4 juin de la même année. Il ne reviendra plus en France.

            Agaçant comme la larve (aoûtat) du trombidion, agité comme un ludion, cabotin comme un histrion, tel est assez souvent le trublion !

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            Message aux fidèles des dictées : la dictée de Sèvres (Hauts-de-Seine), au Centre international d’études pédagogiques, aura bien lieu, dans quelques semaines, mais la date n’a pas pu être fixée encore.  Ce devrait être chose faite dans les huit-dix jours.