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Le mot du 9 janvier 2015

debout

           Né en 1875, le journaliste et enseignant Jacques (Joseph, dit) Péricard est mobilisé, en 1914, compte tenu de son âge, comme sergent réserviste au 62e RI. Sur sa demande, ce patriote convaincu est versé en octobre 1914 dans une unité d’active : le 95e RI. Il va combattre notamment à Verdun…

          Le 8 avril 1915, alors qu’il est devenu adjudant, il lance, pour encourager ses hommes, ivres de fatigue après des jours et des jours de combats acharnés, et qui prenaient, épuisés, quelques instants de repos, un étonnant « Debout, les morts ! », parce que l’ordre d’attaquer a été donné. Et les « poilus » se lèvent, et repartent en première ligne…

           Ce « mot historique », dont je relate l’histoire dans le Petit Abécédaire de la Grande Guerre  –  Ces mots qui racontent l’Histoire (Le Courrier du livre, septembre 2014), a fait florès, au point d’être mis à toutes les sauces, jusqu’à nos jours, avec une verve emphatique dans la bouche de journalistes et d’animateurs. Voire d’entraîneurs sportifs voulant « réveiller » des joueurs amorphes, apathiques, manquant de combativité !

       Dans le contexte de la Grande Guerre, Maurice Barrès, en particulier, va reprendre la formule, et la monter en épingle pour exalter le sentiment patriotique et nationaliste. Péricard lui-même utilisera ce cri comme titre d’un des nombreux livres qu’il consacrera à la Première Guerre mondiale.

        Jusqu’à sa mort, en 1944, Péricard, journaliste, créateur de l’Almanach du combattant,  sera un militant nationaliste engagé, aux activités multiples. C’est lui qui proposera de ranimer tous les jours la flamme du tombeau du Soldat inconnu, à l’Arc de triomphe. Il est le père du journaliste (de télévision) et homme politique Michel Péricard (1929-1999).

         L’adverbe debout (de de et de… bout ! ; « qui se tient sur un bout ») est un mot invariable, de par sa nature grammaticale : quelques-unes étaient assises, les autres étaient debout ; trente places assises et quatre-vingts debout…

        Les événements dramatiques qui frappent la France depuis mercredi ont remis au premier plan ce mot de debout, qui figure dans de nombreuses expressions employées par des personnages historiques ou par des écrivains, entre  autres.  Généralement,  le  terme  apporte  une  connotation  valorisante  : « L’instinct, c’est l’âme à quatre pattes ; la pensée, c’est l’esprit debout » (Victor Hugo) ; « Un paysan debout est plus grand qu’un gentilhomme à genoux » (Benjamin Franklin)… Et chacun reprend en ce moment le propos de Charb, directeur de  Charlie   Hebdo  : « J’aime mieux mourir debout que vivre à genoux ». Mais les commentateurs et journalistes devraient rappeler que cette formule, sous la forme « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux », revint dans les allocutions de la fameuse « Pasionaria » de la guerre d’Espagne, Dolores Ibarruri, qui reprenait alors elle-même une phrase du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata… Et je n’aurai pas l’imprudence de chercher à attribuer à qui que ce soit la paternité de l’expression : combien de combattants de la liberté, à toutes époques et en tous lieux, républicains, démocrates, libertaires, anarchistes, libres penseurs… ont eu l’occasion de prononcer cette formule !?  Mais on a assurément le droit de préférer une autre formulation : « Mieux vaut combattre, vaincre et vivre debout que survivre à genoux ».

 

JE SUIS CHARLIE