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Le mot du 8 janvier 2015

liberté (d’expression)

            « Rappelons-le : dans l’acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n’est point l’indifférence, elle n’est point de s’abstenir d’exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l’usage de toute autre arme que l’expression de la pensée. » (Jean-François Revel, Contrecensures.)

            « Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais, dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé. » (André Guillois, Liberté, égalité, hilarité.)

            « La liberté d’expression, qui inclut la liberté de s’exprimer, de publier, d’informer, de manifester, de débattre, est absolument fondamentale dans toute société prétendant protéger les droits de l’homme. Sans liberté d’expression, point de réelle liberté d’opinion – à quoi servent des opinions que l’on doit garder pour soi ? –, point de liberté de rechercher des personnes partageant les mêmes points d’intérêt en vue d’association, point de liberté de proposer des choix politiques variés, de publier des informations, des résultats de recherches, des œuvres artistiques, point de liberté de faire valoir ses droits face à l’oppression. En ce sens, on peut affirmer que la liberté d’expression est l’un des piliers de toutes les libertés dont un individu peut disposer. » (Vincent Bénard.)

 

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            « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » (Attribué à Voltaire ; plusieurs variantes sont citées.)

 

Et, aussi :

« Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné, qu’un terroriste. » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.)

 

JE SUIS CHARLIE

 

 

Le mot du 10 juillet 2014

but

            La Coupe du monde de football, par association d’idées, est une bonne occasion de parler de la locution dans le but de, qui constitue encore un « cactus » (cf. Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc, leur chanson les Cactus… et Georges Pompidou, qui, un jour, fit allusion aux paroles de cette « scie ») dans la vie de ceux qui entendent écrire le mieux possible. Et dans celle des professionnels qui sont chargés de complètement toiletter les textes, à savoir les correcteurs-réviseurs. Faut-il condamner péremptoirement cette locution, tel Littré il y a plus de douze décennies ? Peut-on l’utiliser, sans pour autant se faire traiter de laxiste, voire de mauvais usager du français ?…

            Des puristes, ou se considérant comme tels, continuent d’affirmer que cette formule ne peut ni s’expliquer ni se justifier, reprenant là le propos d’un bon grammairien de naguère, René Georgin. Comme chacun sait, Monsieur et Madame Tout-le-monde emploient de plus en plus généralement naguère (dont la signification : « il n’y a guère longtemps » est méconnue) au sens de jadis et d’autrefois… Face à une évolution généralisée, on ne peut quasiment rien contre ce glissement de sens erroné. Des centaines de « mauvais emplois » de… naguère sont avalisés aujourd’hui par les grammaires et par les dictionnaires : c’est comme cela que le français est une langue vivante, et le « bon usage » une notion évolutive.

            Maurice Grevisse (pas d’accent sur le premier e, mais il faut prononcer « Gré »), il y a déjà de nombreux lustres, affirmait que dans le but de était reçu par le meilleur usage et se justifiait « tout bonnement par l’analogie de dans la pensée, afin de… ». Quelques écrivains que nous avons la faiblesse de considérer comme de bons auteurs soucieux de la langue française – Flaubert, Hugo, Stendhal, Chateaubriand, Gide… – ont employé la locution. De plus en plus rares sont les ouvrages contemporains qui condamnent l’utilisation de dans le but.

            Alors, sur cette question, et aujourd’hui :   Grevisse, 1 – Littré, 0 !