Archives de Tag: Chaûry

C

« Carlamania »

Faut-il mettre une majuscule à « Carlamania » ?, les correcteurs d’un quotidien régional sont divisés et posent la question…

L’engouement pour une personne ou pour une chose peut aller jusqu’à la passion, et dans ce cas on peut voir arriver dans les médias des mots se terminant en « -mania », cet élément exprimant une « folie »… (cf. « Nous sommes fous de théâtre, de Schubert, des films de Tati, de chocolat amer », etc.).

Lorsque le mot ainsi créé est forgé sur un nom propre, la majuscule est obligatoire ! Il faut donc écrire : la Carlamania, la Ségolomania, la Sarkomania, l’Obamamania, etc. On peut, de plus, mettre ces termes entre guillemets…

En revanche, à part quelques cas d’espèce, peut-être, lorsque ces termes sont bâtis d’après un nom commun ils s’écrivent sans majuscule, et il est préférable de les mettre entre guillemets : on note une « pizzamania » chez les bobos parisiens.

—-

 « Chaûry »  ?…

« A-t-on autrefois usé de la contraction dans les toponymes ?… Je n’ose croire que, dans une citation d’époque se référant à La Fontaine, on ait écrit « Chaûry » pour « ChâteauThierry » !!  Initiative personnelle du scribe pour aller plus vite ?… »

Il est pourtant exact qu’autrefois, en France, la contraction toponymique entrait dans les actes officiels ! Ainsi, en Bretagne, l’élément « Ker » était remplacé par un « K » majuscule rayé par une barre de fraction.

Le cas que vous mentionnez nous est connu : dans le contrat de vente, en 1676, de la maison de Jean de La Fontaine, il est écrit : «  […] seize en la rue des Cordeliers dudict Chaüry ».

—-

« Ciseau » (à la place de « ciseaux ») ?

« Peut-on dire « un ciseau » pour désigner une « paire de ciseaux »

Non, ce n’est pas possible… Un ciseau est un instrument utilisé pour couper, pour tailler dans le bois, la pierre, etc. Il est tout à fait incorrect de dire : « Donne-moi le ciseau, que je découpe un article dans le journal ! ». Il faut obligatoirement dire : « Donne-moi la paire de ciseaux », ou : « Donne-moi les ciseaux ».

—-

 « Comparaître » construit avec l’auxiliaire « être » ?

« Peut-on conjuguer le verbe comparaître avec l’auxiliaire être? », demande un de nos correspondants.

Littré établissait une distinction, et sans doute s’appuyait-il sur les usages qu’il avait notés à son époque :  »  Comparaître se conjugue avec l’auxiliaire avoir s’il s’agit d’exprimer l’acte de comparution : « Il a comparu devant le tribunal et a été acquitté ». Il se conjugue avec l’auxiliaire être s’il s’agit d’exprimer l’état de comparution : « Cette femme est comparue devant le tribunal, et en ce moment même on l’interroge ».  « 

Cette nuance qui remonte à plus d’un siècle n’est peut-être pas complètement abolie, mais ne nous ne l’avons trouvée dans aucun article de presse contemporain…

—-

Complément de nom (accord du)

Un correspondant de Bruxelles voudrait savoir s’il faut écrire « des chefs d’États » ou bien « des chefs d’État »…

La graphie correcte – parce que logique – est  « des chefs d’État » : chacun de ces hauts personnages est à la tête d’un seul pays. De même, un chauffeur de taxi ne conduit qu’un taxi à la fois, ce qui justifie l’orthographe de « un (des) chauffeur(s) de taxi ».

On a donc logiquement, par exemple : « des chefs d’État africains », mais : « les chefs des États africains »…

—-

« Convoler » signifie-t-il exclusivement « se remarier » ?

« J’ai lu, dans un ouvrage de difficultés du français, que convoler ne pouvait s’employer qu’au sens de « se remarier » ? Est-ce exact ?…

Vous avez dû consulter un ouvrage ancien, ou bien une ancienne édition d’un livre qui, entre-temps, a été révisé… Dernière hypothèse : l’auteur est un puriste rigoriste refusant toute évolution de la langue !

Avec P.-V. Berthier, nous indiquions déjà, dans notre Dictionnaire du français pratique, qui remonte à plusieurs lustres, que convoler s’emploie, dans le style plaisant, même pour un premier mariage.

Autrefois, juridiquement, c’est vrai, convoler a signifié très précisément : « se remarier ». L’expression usuelle « convoler en justes noces » n’était donc employée qu’à propos de personnes qui se mariaient pour la seconde fois (ou plus !)…

Nous n’en sommes plus là depuis pas mal d’années, et il est tout à fait correct de dire que « Céline et Eric ont convolé [en justes noces] samedi dernier, à Saint-Germain-en-Laye ». Et « convoler en secondes noces » n’est plus un pléonasme !

—-

 « Côte d’Argent » (origine de cette dénomination)

On sait que « Côte d’Azur » est un nom créé par le préfet, puis député Liégeard  –  le fameux préfet « aux champs » dépeint par son ami Alphonse Daudet  -, mais sait-on qui a inventé le nom de « Côte d’Argent » ?

Tout comme Côte d’Azur, Côte d’Emeraude, Côte d’Albâtre, etc., Côte d’Argent s’écrit avec deux majuscules, sans trait d’union, et ne se guillemette pas (la mise en caractère italique, ici, est dû au fait que ces mots sont des mots autonymes, cités comme exemples).

C’est un journaliste bordelais, Maurice Martin, qui, en 1905, a créé cette appellation touristico-géographique, parce que, sur cette côte aquitaine qui va de la pointe de Grave à Hossegor et Capbreton, « … la vague éternelle, tantôt calme et tantôt courroucée, vient déposer sa frange argentée au pied des dunes immaculées ».

—-

« courtisane » = féminin de « courtisan » ?

Le mot courtisane peut-il être employé comme féminin de courtisan, alors qu’il a une acception autre ?…

 Eh bien, non : si courtisane est bien le féminin de courtisan quand ce mot est employé comme ADJECTIF   (« des démarches courtisanes » : c’est-à-dire empreintes de flatterie et de servilité), il n’en va pas de même quand courtisane est utilisé comme nom. Comme on le sait, les deux noms ont un sens différent. Un courtisan est quelqu’un qui appartient à la cour d’un souverain, ou à l’entourage d’un personnage puissant; une courtisane est une femme très légère, voire, carrément, une prostituée (en principe, d’un rang social élevé, mais l’emploi du mot « ratisse » plus large…).

Le courtisan prostitue sa dignité, la courtisane ses charmes…

—-

« Coûter » (Accord du participe passé de)

Je ne comprends pas bien pourquoi le participe passé de « coûter » ne s’accorde pas toujours avec le complément qui le précède… Pouvez-vous me l’expliquer, SVP ?

C’est qu’il ne faut pas confondre des compléments d’objet direct avec des compléments circonstanciels…

On accorde selon la règle en usage quand le complément est direct : « Les efforts que ce travail énorme nous avait coûtés » [ce travail avait coûté QUOI ? des « efforts », complément d’objet direct placé devant le verbe, d’où l’accord sur ce COD]. Mais l’on ne doit pas accorder quand le complément figurant devant le verbe est un circonstanciel :

« Les 400 000 euros que ce pavillon nous a coûté » [ce pavillon a coûté COMBIEN ? « 400 000 euros », complément circonstanciel (CC), d’où l’invariabilité du participe].

Autre exemple, avec une phrase associant les deux cas : « Les 4 000 euros qu’avaient coûté l’ensemble [d’un carillon de huit cloches] avaient été versés par les paroissiens ».

—-

crachoter : verbe transitif ?…

« Les dictionnaires que j’ai consultés donnent crachoter intransitif, c’est-à-dire uniquement employé au sens absolu, sans complément. Ne pourrait-on pas, cependant, l’employer transitivement : « crachoter des bêtises », par exemple ? », nous demande un scénariste-dialoguiste.

Effectivement, l’usage fait de crachoter un verbe se construisant au sens absolu : « ce vieillard crachote constamment »; « ce vieil appareil de radio crachote »…

Il semble difficile, par exemple, d’admettre « crachoter des noyaux de cerises », même en se montrant compréhensif à l’égard d’un auteur qui voudrait « élargir » le langage. Car, littéralement,  la signification serait : « cracher souvent, et peu à la fois, des noyaux » …  On admettrait plus facilement, pensons-nous : « Il crachotait avec difficulté quelques mots ». Pourquoi pas ?…

—-

Cri de la poule

On m’a dit qu’il existait un verbe spécifique employé pour parler du cri de la poule qui vient de pondre… Est-ce vrai, ou bien s’agit-il d’une plaisanterie ?!…, demande une internaute de Libourne (Gironde).

Non, on ne vous a pas « monté un bateau » : il existe bien un verbe dont l’acception est : « crier, en parlant de la poule qui vient de pondre ». Ce verbe figure dans Littré, Bescherelle, Quillet… Il s’agit de crételer, qui se conjugue comme suit : la poule crételle, crétela, crételait, crétellera, crétellerait (comme appeler, donc). Le participe passé reste invariable.

Publicités