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Le mot du 17 octobre 2014

clown

            Bien que les témoignages soient confus, il semble avéré que plusieurs plaisantins (?) pas très intelligents, déguisés en clowns, s’amusent, dans plusieurs pays, à terroriser les badauds, voire le plus souvent des enfants et des adolescents aux abords des établissements scolaires. Ces individus arborent des armes que l’on pense être toutes factices, ou, plus pacifiquement, des ballons multicolores, et suivent en silence les passants, provoquant crainte, inquiétude, voire angoisse. Plus violemment, et semant alors la panique, ils poursuivent les gens, en arborant batte de base-ball, hache, couteau, etc., avant de mettre subitement fin à ces… clowneries. Ces fines plaisanteries n’ont, jusqu’à présent, sauf erreur, entraîné aucun accident grave : infarctus de personnes cardiaques, malaises graves d’enfants stressés… Mais cela pourrait survenir.

           La ville de Northampton, au nord-ouest de Londres, a été particulièrement victime, depuis septembre, de ces facéties à l’humour très contestable. Le clown   – ou l’un des clowns ? – a été interpellé : il s’agit d’un étudiant en cinéma de 22 ans, Alex Powell. Ce dernier a affirmé qu’il voulait juste s’amuser à faire peur… Lui ne portait que des ballons, semble-t-il. Son costume, comme ceux des autres clowns « farceurs », reprend celui de Pennywise (= Grippe-Sou), le clown maléfique créé par le célèbre écrivain américain Stephen King dans son roman d’horreur Ça. « Ça » désigne une entité venue des profondeurs de l’espace, et qui peut prendre de multiples formes. La plus usuelle est celle de Grippe-Sou le clown, doté de griffes et de crocs quand il attaque des enfants.

            Clown est un mot anglais attesté au milieu du XVIe siècle, au sens de « paysan, homme rustre », puis de « paysan, bouffon, au théâtre ». Ensuite, le terme désignera plus précisément un artiste de cirque aux costume et maquillage exagérés, amusant les spectateurs par des pitreries, par la pantomime.

            Parmi ces artistes du cirque on retiendra Footit et Chocolat, parce qu’on rattache à ce fameux tandem de clowns l’expression « être chocolat » (= être dupé, être roulé)… Dans ce duo, le Britannique Footit (Tudor Hall, dit George Footit) était le clown blanc ; Chocolat (le Cubain Raoul Padilla, issu d’une famille africaine), jouait l’auguste… noir, d’où son nom de scène. Toulouse-Lautrec a représenté Chocolat dansant (1896).

            Dans leurs numéros, comme cela est la tradition, le clown blanc roule dans la farine l’auguste, moins malin. Constatant qu’il avait été joué, Chocolat, penaud, avouait : « Je suis chocolat… », ce qui constituerait donc l’origine de cette expression amusante : « être chocolat », c’est-à-dire être floué, être berné. Mais cela n’est pas satisfaisant et semble bizarre… Il y a sans doute un calembour, un jeu de mots, sur Chocolat/chocolat, à partir d’une expression antérieure, à partir d’une acception particulière du nom commun…

            Il est donc très probable que nos deux clowns aient repris le vocabulaire d’un jeu très populaire à l’époque : le bonneteau. En fait, une arnaque illicite, où le meneur de jeu – le bonneteur – mélange rapidement et très habilement trois cartes. Le joueur-parieur doit deviner où se trouve l’une de ces cartes. Pour attirer les gogos à plumer, le bonneteur a un compère, qui « gagne », évidemment, et joue ainsi le rôle d’appât, de « sucre », de… « chocolat ». De là, « chocolat » en est venu à désigner la dupe qui enrichit les tricheurs en laissant son argent dans le jeu truqué. « Pigeon » égale chocolat !…

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