Archives de Tag: Clemenceau

Le mot du 3 octobre 2015

gribouille

 

            La démarche du gouvernement actuel en matière de sécurité routière relève-t-elle de l’hypocrisie, de la duplicité, du cynisme… ? C’est à chacun d’y répondre, en son âme et conscience, et en toute objectivité. Naturellement, la question se poserait quelle que soit la couleur politique dudit gouvernement.

            À tout le moins, c’est l’expression « politique de gribouille(s) » qui s’impose forcément à l’esprit… D’un côté, on a en effet une garde des Sceaux qui avance des propositions très laxistes à l’égard de ceux qui conduisent sans permis. Or les accidents meurtriers, qui se produisent notamment les samedis soir, les dimanches à l’aube et les dimanches soir, au terme de soirées ou de nuits très imbibées, impliquent très souvent des conducteurs n’ayant pas le permis. Tant pis, alors, pour les occupants des véhicules qui se retrouvent face à des conducteurs éméchés ou « shootés » et de plus en plus non détenteurs du permis.

            Suscitant la colère des associations de parents de victimes, et celle des gendarmes, entre autres, Mme Taubira a en effet proposé de déclasser le délit de conduite sans permis, qui ne serait passible que d’une simple amende. Quasiment l’impunité et l’encouragement à continuer…

                   Devant le tollé, Mme Taubira semble avoir fait du rétropédalage…

       Dans le même temps, ou presque, le Premier ministre déplore l’accroissement notable du nombre des morts et des blessés sur les routes en 2014, après douze ans de baisse… Manuel Valls vient donc de donner pour objectif de cantonner à 2 000 le nombre des morts sur la route à « l’horizon 2020 »… Une limitation de l’alcoolémie (et non du « taux d’alcoolémie », comme disent des médias qui méconnaissent les pléonasmes)  serait adoptée : 0,2 g par litre de sang, uniquement pour les « nouveaux conducteurs ».

            Ces démarches contradictoires, incohérentes, discordantes correspondent à ce que l’on appelle, en étendant et en modifiant le sens premier, une « politique de gribouille(s) » (« … notre gouvernement de gribouilles a jugé tout simple de faire une justice obscure », Georges Clemenceau).

            Au sens premier, un gribouille (de gribouiller) est une personne sotte et désordonnée qui, pour échapper à une difficulté, se précipite tête la première dans des ennuis plus grands. D’où le proverbe : « Être fin comme Gribouille, qui se jette à l’eau pour éviter la pluie ». La majuscule est souvent adoptée, par référence au nom propre attribué, en tant que type de personnage (cf. jeannot [ou Jeannot],  jeanjean [ou Jean-Jean, ou jean-jean, ou Jean Jean]…, également au XIXe  siècle), aux sots, aux idiots, aux imbéciles : « … autant de Gribouilles impatients de se jeter à l’eau de peur d’être mouillés » (Bainville, Histoire de France).

Le mot du 23 juin 2015

démission

            L’ancien rugbyman Serge Bianco a démissionné de sa fonction de président  du club de Biarritz : la fusion avec Bayonne, qu’il prônait, n’a pas été ratifiée par les deux tiers de l’assemblée réunie mardi 23 juin…

            Le mot démission peut susciter des commentaires divers…  Une démission consiste à se démettre d’une fonction, d’une charge, d’une dignité, etc., ou à rompre un contrat de travail : donner sa démission, lettre de démission… La démission est donc une rupture, volontaire le plus souvent, de la part de celui qui choisit de rompre. L’acte peut donc s’assimiler, à juste raison parfois ou souvent, à un fait de résistance, à la manifestation d’une âme forte, d’un caractère fier peu enclin aux compromissions ou à l’omerta…

       Mais démission est par ailleurs synonyme d’abandon, de renonciation, d’abdication, de fuite devant des difficultés, et le démissionnaire, quand même serait-il de personnalité forte, attachante et respectée, rejoint – aux yeux de l’opinion publique, voire de certains de ses propres amis  –  les individus pusillanimes et frileux. Ce qui peut être très injuste… Démission peut être qualifié de « mot Janus »* !

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*Janus est un dieu romain à deux visages opposés. C’est le dieu des Commencements et des Fins, ayant un visage tourné vers le Passé et l’autre vers l’Avenir.

 

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La question du jour :

            « Est-il correct d’écrire : « Rome se montre soucieux de ménager la France » ? Ne faut-il pas dire : « se montre soucieuse » ? »

            On écrit : « Rome était moins ensoleillée que de coutume ». Il s’agit de la cité, de la ville, et aujourd’hui, quelle que soit la terminaison du nom, on considère que le mot ville est sous-entendu. Donc on écrit : « Oslo était envahie par la brume ; Ottawa a été très embellie par l’aménagement de jardins fleuris. »

            En revanche, quand le nom d’une capitale est employé pour désigner un État, le gouvernement d’un pays, c’est le masculin qui est de règle : « Londres se montre très préoccupé par la situation au Moyen-Orient ».  

 

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La citation du jour :

            « Tout le monde peut faire des erreurs, et les imputer à autrui : c’est faire de la politique. » (Georges Clemenceau.)

Le mot du 11 mars 2015

gérontin

            Pour écarter de leur route des rivaux, les postulants à telle ou telle haute fonction, à telle ou telle sinécure de la République, à tel ou tel mandat électif, dénoncent mezza voce l’âge avancé de certains de leurs concurrents…

            Certes, on entendra rarement, surtout si des micros sont présents, des amabilités comme « vieille barbe », « vieux birbe », « vieille baderne », « vieux fossile », « barbon »,  « vieux débris », « dinosaure »…, mais, en petit comité, les propos se lâcheront. Ouvertement, les remarques venimeuses sont enrobées de malignité narquoise, de rosserie rouée, de malice moqueuse : on salue la longévité de carrière, on rend hommage aux (sous-entendu : trop) nombreuses fonctions assurées par les « anciens ». À l’intérieur d’un même parti politique, par exemple, les « camarades », les « compagnons », les « collègues » en situation de rivalité useront, inspirés entre autres par l’abbé Troubert de Balzac (il faut lire le Curé de Tours !), d’allusions perfides à petites touches…

            Il y a quelque quarante ans, des médecins inventèrent le mot gérontin, qui, à l’époque, fut alors mentionné dans plusieurs recueils de « mots dans le vent ». Par ce vocable, les membres de la Faculté entendaient établir une distinction entre les personnes du troisième âge demeurant en pleine forme (en moyenne, jusqu’à soixante-quinze ans) et les « grands vieillards » (au-delà de quatre-vingts / quatre-vingt-cinq ans).

            Gérontin était formé de géronte et de la terminaison –tin, qui rappelait lutin, voire le nom propre Tintin, patronyme du héros de la BD dû à Hergé. Le vocable se voulait valorisant et allègre… mais il fut ressenti, au mieux, comme une blague sans intérêt, au pis comme un terme déplaisant où ressortait surtout géronte, mot très employé par les auteurs classiques pour qualifier un vieillard ridicule. Aux yeux de ses créateurs, familiers de termes médicaux comme gérontologue, gérontologie et gérontisme, gérontin n’avait évidemment pas de connotations péjoratives.

            Le compositeur et chanteur fantaisiste Henri Salvador fut jusqu’à la fin de sa longue vie un vrai gérontin. (Avec lui, on avait même droit au… « chant des gérontins » ; pardon, Alphonse Varney, Alexandre Dumas et Auguste Maquet, pour ce jeu de mots facile sur votre fameux Chant des girondins !)

            Georges Clemenceau (SANS accent aigu sur le premier !), appelé au pouvoir à… soixante-seize ans, en 1917, démontra que des seniors d’âge certain pouvaient, énergie et esprit caustique à l’appui, se montrer capables d’exercer de lourdes responsabilités.

Le mot du 31 mai 2014

 Noir, c’est noir…

            M. François Hollande a inauguré à Rodez, le vendredi 30 mai, en tant que président de la République, le musée Pierre-Soulages. Le peintre a donc, de son vivant, un musée à sa gloire, dans sa ville natale. Le coût définitif de ce bâtiment dédié à la couleur noire paraît… très obscur pour les contribuables de base, car les chiffres donnés ces jours-ci dans les médias divergent énormément. Il serait bon que les institutionnels fournissent eux-mêmes un bilan chiffré incontestable.

            Puisque nos « mots du jour » se veulent liés à l’actualité, on mentionnera que pour cette inauguration les fumigènes lancés par les forces de l’ordre pour maintenir à distance des manifestants représentant des catégories de Français en difficulté (ouvriers métallurgistes, intermittents du spectacle, agriculteurs…) ont ajouté de la couleur et de la fumée.

            Les interviews du type micros-trottoirs ont fait ressortir ˗ pour autant que, comme pour les sondages divers publiés à foison sur n’importe quel sujet, ils reflètent bien l’opinion publique ˗ un sentiment très mitigé sur l’aspect extérieur du musée, « métal rouillé » selon plus d’un visiteur.

            Quant aux œuvres présentées, elles suscitent depuis longtemps des controverses, et il est irréaliste de songer à rapprocher les points de vue. Pour les admirateurs de Vermeer, Rembrandt, Poussin, Toulouse-Lautrec, Boudin, Velasquez, Van Gogh, Fragonard…, les peintures de Soulages ne sont que de l’esbroufe pour snobs, de l’épate facile pour mondains argentés, etc. Pour les amateurs d’art dit contemporain, pour les passionnés de recherches nouvelles, l’œuvre de Soulages est le résultat d’un long et véritable travail et relève bel et bien de l’art, au sens absolu.

            Yasmina Reza a brillamment mis en scène cette confrontation, mais autour d’un tableau blanc (« une toile d’environ 1,60 m sur 1,20 m, de couleur blanche, avec de fins liserés transversaux blancs ») dans sa pièce à succès Art, interprétée par un trio exceptionnel : Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini.

            À la mort de son vieil ami Claude Monet, en 1926, Georges Clemenceau aurait refusé que l’on mette un linceul noir sur le cercueil… Le Tigre se serait exclamé : « Non, non, pas de noir sur Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! », et, après avoir arraché le funèbre drap, lui aurait substitué les rideaux fleuris de la chambre. Tout s’est-il déroulé exactement comme cela, surtout rideaux compris ? Il y a eu plusieurs témoins, sans doute, donc l’anecdote est plausible…

           Noir vient du latin niger, « noir », « sombre », « funèbre », « funeste »…