Archives de Tag: Commerson

Le mot du 15 mai 2015

crapule

            L’emploi du mot crapule offre un éventail fort large… Par antiphrase affective, on l’utilise notamment à propos d’enfants espiègles, roublards, qui font des bêtises, qui abusent de leur statut de « petits rois de la famille » pour obtenir  tel ou tel cadeau, tel privilège, ou l’indulgence pour une sottise.

            Sinon,   la   fourchette sémantique « normale »  de  crapule  va de « filou » à « fripouille»,   de   « forban » à « canaille »,   de   « voleur »  à   « gibier de potence »,   de   « gredin » à « vermine », d’ « escroc » à « racaille »… Le terme est  donc  associé à des malfrats, à des bandits, à des malfaiteurs appartenant au « milieu » traditionnel comme aux concussionnaires et aux prévaricateurs, et, licitement aussi,  aux fricoteurs et aux magouilleurs qui profitent de leur fonction, de leur mandat,  pour « arrondir » leurs revenus et s’accorder des privilèges exorbitants aux frais de l’État… c’est-à-dire des contribuables.

            Par opposition à « élites », « bourgeoisie », « nantis », crapule a été utilisé comme synonyme de « peuple », de « couche inférieure, pauvre, de la population », de « populace ». Dans la langue populaire, le suffixe -ard , comme d’habitude, a apporté une connotation encore plus dépréciative : « L’apache, la frappe, le crapulard ! » (Henri Barbusse, le Feu).

            Crapulerie est sorti de l’usage… Pourtant, ce que ce mot désigne – une action crapuleuse, l’association de la malhonnêteté et de la bassesse – est toujours d’actualité ! Comme son synonyme canaillerie, peu usité également. L’adjectif crapuleux(-euse) est, lui, couramment employé dans les médias : « un crime crapuleux », et aussi, en particulier, dans la locution égrillarde sieste crapuleuse (une sieste coquine, une sieste pendant laquelle on fait l’amour).

            … Au commencement était le vin ! Soit le latin crapula, qui signifie « excès de vin », et qui vient peut-être, ou sans doute, du grec kraipalê, « abus de boisson », d’où le « mal de tête qui résulte d’un excès de boisson ».

            Après être passé par des sens tels que « ivrognerie » et « débauche débridée », crapule en est venu à qualifier des débauchés, des viveurs, des noceurs,  etc. C’est  vers  le milieu du XIXe siècle que le mot a pris l’acception de « fripouille, coquin, individu malhonnête », avec l’accent mis sur la bassesse morale.

            Le verbe crapuler, « boire comme un trou », puis « vivre de crapuleries », est tombé en désuétude, comme crapulos, mot de l’argot de la fin du XIXe siècle désignant le « cigare de la crapule », un cigare bon marché. On a employé aussi les formes argotiques crapulados et crap’s : « Il s’appelait Paul Martin, mais on l’avait baptisé Cigare, parce qu’il fumait des crapulos » (Rosny).

*****

 

La question-réponse du jour :

            Parmi les questions des internautes de ces dernières quarante-huit heures, un problème d’accord :

            « Il s’agit d’une compagnie qui s’appelle Tracton [j’ai changé le nom]. Voici le problème : « Tracton s’est diversifié… ou s’est diversifiée » ? Est-ce que l’on fait l’accord en sous-entendant le mot « compagnie » ? Idem pour : « Les Jardins de vos rêves vous accueille… ou vous accueillent » ? Y a-t-il une règle particulière ? »

            Le français n’est pas réglementé par un code strict. L’usage joue un grand rôle. Dans le cas qui est soumis ici, et qui s’apparente à celui des titres d’œuvres, l’usage le plus général est le suivant pour l’accord en nombre :

  • Si un article défini précède le substantif, on accorde avec eux le verbe qui suit : « les Misérables ont été adaptés maintes fois au cinéma », « les [ou : Les] Nouvelles Galeries ont ouvert exceptionnellement dimanche » ;
  • S’il n’y a pas d’article, on neutralise l’accord, c’est-à-dire qu’on laisse la phrase au singulier : « Quatre de l’infanterie a remporté un grand succès», « Moët et Chandon est une très importante société productrice de champagne ».

         Mais l’usage cité ci-dessus est souvent transgressé, et, dans le cas posé ici, qui est la question de l’accord en genre, « Tracton », que ne précède pas un article défini, peut être accordé ad libitum au masculin (neutre) ou au féminin (sous-entendu : compagnie).L’important est de se tenir constamment à la forme adoptée. Si l’on opte pour l’accord sous-entendu, le justifier si possible en employant le mot compagnie la première fois, au début du texte.

*****

 

La citation du jour :

            « Le passé, c’est la lampe qui éclaire l’avenir. Il y a des gens toujours prêts à souffler dessus pour l’éteindre. » (Jean-Louis Auguste Commerson [1802-1879].)