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Le mot du 3 décembre 2014

sapin

            Nous ne sommes qu’au début du mois, à trois semaines de Noël, mais partout, déjà, cela « sent le sapin » ! Que l’on se rassure, l’expression est à prendre au premier degré et non en son acception populaire, argotique, équivalant à : « ça sent une mort prochaine… ».

            Je parle bien du « beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta verdure », etc., autrement dit  du conifère (du latin sappinus) particulièrement lié aux fêtes de fin d’année selon des traditions païennes anciennes qui furent parfois christianisées.  La mode moderne du « sapin de Noël », ou « arbre de Noël », ou « arbre des réjouissances », est à attribuer à la Grande-Bretagne, qui, au faîte de sa puissance, sous le règne de Victoria et de son époux Albert (c’est ce dernier qui aurait importé de sa Saxe natale cette tradition), donnait souvent le la des nouveautés.

          Sylviculteurs et fleuristes ne savent plus où donner de la tête pour satisfaire les familles qui d’ores et déjà installent dans le jardin ou dans l’appartement l’arbre – un sapin de Nordmann, très souvent, ou un épicéa –  qui, quelle que soit sa taille, sera abondamment décoré et illuminé.

          Arbre fort abondant, et de coût peu élevé, le sapin a été très utilisé dans la fabrication des cercueils. Aujourd’hui, les familles adoptent généralement des essences de bois plus nobles, en dépit du prix souvent élevé des cercueils, et même si l’on doit procéder à une incinération.

       Ce recours généralisé au sapin, autrefois, a justifié la popularisation de l’expression « redingote (ou costume, pardessus, paletot…) en sapin » désignant un cercueil, et l’expression « sonner le sapin » au sens d’ « annoncer la mort » : Ces violentes quintes de toux sonnent le sapin ! C’est également parce que le bois de cet arbre entrait dans la fabrication de la caisse des véhicules que les voitures de place, les fiacres, furent surnommés des « sapins ». « Il fallait d’abord trouver un fiacre, opération pénible et chanceuse, surtout quand il pleuvait. Si l’on était heureux, au bout d’un quart d’heure ou de vingt minutes, on arrêtait un sapin à rideaux rouges, monté par un vieux cocher à carrick, qui conduisait une haridelle boiteuse, ou, pour parler plus proprement, un horrible canasson » (Anatole France, la Vie en fleur). Pendant quelque temps, le surnom de « sapin » resta attaché aux taxis non hippomobiles et où ne subsistait plus la moindre planche venant du conifère résineux…