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Le mot du 12 décembre 2014

conspuer 

          À travers le monde, généralement, les dirigeants politiques ne jouissent pas d’une grande vénération de la part de leurs peuples. Leurs résultats, leur gestion des affaires, ne sont, le plus souvent, guère à la hauteur des besoins et des attentes. Et, si un grand nombre de leurs concitoyens sont prêts à prendre en compte les énormes difficultés qu’éprouvent ceux qui doivent assurer la sécurité intérieure, un niveau de vie décent permettant à chacun d’avoir le vivre et le couvert sans avoir à sacrifier les soins, les loisirs, etc., cette compréhension disparaît quand les hommes et les femmes politiques « se servent » plutôt que de servir…

          On voit donc de plus en plus de politiciens adopter des chemins de traverse, au sens propre, pour rejoindre tel ou tel lieu afin d’y prononcer une allocution, d’y présider une inauguration, d’y tenir un meeting. Cela à des heures qui, parfois, évitent de mauvaises rencontres (manifs de contribuables excédés, d’agriculteurs en colère, de chômeurs exaspérés…), devant des assistances réduites mais bien sélectionnées, et – ou – avec un grand train de gendarmes mobiles (et non de « gardes mobiles », comme disent très souvent certains journalistes ayant 60 ans de retard), de CRS et Cie qui, répartis aux alentours, auront rejeté au loin les éventuels ou probables manifestants.

          Ces événements entraînent donc à utiliser souvent le verbe conspuer : Les salariés licenciés du groupe X… ont conspué le ministre lors de sa visite ;  Les partisans de la laïcité ont conspué le chef de l’État, après ses dernières déclarations… Ces phrases sont très correctes : on conspue des personnes, généralement ; plus rarement des choses, dans la langue courante. Les synonymes ou mots de sens voisin qui s’imposent sont donc : huer, siffler, agonir, couvrir de lazzis (de quolibets, d’injures, d’insultes)…

          Conspuer vient du latin conspuere, de cum, « avec », et spuere, « cracher ». Conspuer, c’est donc, littéralement, « couvrir de crachats à plusieurs » ; plus littérairement : « mépriser ». Le terme, en fait, n’a pas, depuis longtemps, l’acception réaliste : ceux qui conspuent ne couvrent vraiment pas autrui, en principe, d’expectorations, alors que compisser et conchier, dont la signification est suffisamment claire sans qu’il soit besoin de s’y appesantir, ont gardé chacun leur sens… naturaliste.

        Mais nous sommes en pleine incorrection lorsque des médias disent ou écrivent, par exemple : « Le secrétaire général du principal parti d’opposition a conspué, lors du dernier rassemblement des délégués départementaux, la ministre de l’Écologie » ! Un individu isolé ne saurait conspuer, puisque l’action exprimée par ce verbe ne peut être effectuée que par un groupe, une foule, une assemblée, un auditoire, une troupe, un public…  

            Conspuer, c’est « manifester bruyamment, publiquement, et EN GROUPE, contre quelqu’un (ou, parfois, quelque chose) ». En français correct, il aurait fallu, dans le dernier exemple, à la place de conspuer, employer critiquer très vigoureusement, vilipender, railler, blâmer vivement, attaquer, accuser, voire, le cas échéant, d’après la virulence et l’angle des attaques : vouer aux gémonies, maltraiter, insulter… !

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Le mot du 5 novembre 2014

politicien

            Le Canard enchaîné du 5 novembre 2014 reprend les propos tenus par M. Alain de Greef, ancien directeur des programmes de Canal+, dans une interview accordée au Monde daté du 2 novembre : « Quand je regarde les programmes en clair, je suis atterré par la surreprésentation des politicards de tous bords, avec leur propagande nauséabonde et leurs parasites habituels, les éditorialistes, le mot ne voulant plus nécessairement dire quelqu’un qui écrit un éditorial, mais quelqu’un qui ramène son opinion sur le maximum de médias, quitte à la faire fructifier en publiant des livres sans intérêt mais promus sur toutes les antennes ».

            La signification de politicard (d’abord adjectif, puis substantif, la graphie politiquard est inusitée aujourd’hui), avec son suffixe dépréciatif en -ard, est claire pour tout le monde : il s’agit des femmes et des hommes pratiquant la politique sous un angle considéré comme déprécié ou méprisable. En revanche, un certain nombre de personnes ne prennent pas garde à l’acception nettement défavorable attachée à politicien(ne) : ce terme n’est pas neutre, n’est pas un synonyme anodin de « femme (homme) politique », de « personne qui s’occupe de politique »…

            Politicien, quoique moins « popu » que politicard, est tout autant chargé de valeur péjorative. Les dictionnaires contemporains les plus complets définissent ainsi le politicien et la politicienne : « Homme (ou femme) qui fait de la politique son métier, qui en connaît et en utilise toutes les intrigues ; qui mène une politique intéressée, souvent limitée à des considérations de stratégie électorale ou d’intérêts partisans ». Les intérêts « partisans » comprenant bien entendu les intérêts personnels. Le Trésor de la langue française (CNRS) indique d’ailleurs que politicien(ne) est souvent associé à un qualificatif renforçant la nuance péjorative : retors, avide…

 

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            Merci à toutes les personnes qui sont venues concourir, dans l’auditorium – rempli ! – du conseil général de Loire-Atlantique, à la 10e dictée Jules-Verne. Une fois encore, ce fut un après-midi joyeux, convivial ! Cela, en dépit du fait que des manifestations d’agriculteurs, entraînant des barrages de forces de l’ordre, gênaient la circulation dans Nantes. (Cette dernière remarque étant complètement neutre, bien évidemment.)