Archives de Tag: Elizabeth II

Le mot du 5 octobre 2014

Gémeaux

           Charlène de Monaco, princesse du «  Rocher », a annoncé à un magazine britannique, Hello, qu’elle attendait des jumeaux… L’information est évidemment reprise par les médias français, et l’on peut noter que ces derniers adoptent de plus en plus la graphie francisée Charlène, avec un accent grave, au sujet de Charlene Lynette Wittstock, native de Bulawayo, au Zimbabwe.

            Si ces mêmes médias français n’ont jamais francisé Beatrix (des Pays-Bas) en Béatrice, et rarement Elizabeth II en Élisabeth II, l’attitude est différente avec les prénoms où un e précède une syllabe finale muette. Ceux qui ont fréquenté notamment les cassetins de correcteurs et les salles de rédaction savent combien de longues réflexions (☺) ont été entraînées par le prénom, à l’anglo-saxonne, de Marlene1 (née Maria Magdalena) Dietrich !… L’inoubliable interprète de Lili… Marlene2, réfugiée aux États-Unis, portera le prénom sans accent. Ses liens avec Jean Gabin pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l’immédiat(e) après-guerre en feront quasiment une Française, et l’on sait qu’elle vivra à Paris des années 1975 jusqu’à son décès, en 1992. Son prénom, prononcé « marlène » bien sûr, était donc familier à bien des gens, et conduisait à franciser l’orthographe en Marlène. On trouve donc souvent en concurrence les deux formes, mais les dictionnaires ne retiennent que Marlene.

            Jumeau (féminin : jumelle, pluriel : jumeaux) vient du latin gemellus, au même sens. Pour certains, sans doute majoritaires, deux jumeaux est un pléonasme, car, s’il y a plus de deux enfants nés d’un même accouchement, on doit parler de triplés, de quadruplés, etc. ; pour d’autres, y compris des lexicologues et lexicographes, il est licite d’employer jumeaux pour qualifier plusieurs enfants, au-delà de deux. Pour échapper aux critiques, on réservera cependant l’utilisation de jumeaux à DEUX… gémeaux.

            Bien connu de ceux qui consultent les horoscopes, le mot Gémeaux est le nom d’un des signes du zodiaque, c’est-à-dire d’une des constellations. Il s’agit donc d’un nom propre, qui par conséquent doit s’écrire avec une majuscule : le signe des Gémeaux. Cette orthographe – une majuscule et le pluriel – est obligatoire en toutes circonstances : Ma femme est Gémeaux ; Mes deux sœurs sont des Gémeaux ; C’est un Gémeaux … puisque, à chaque fois, il y a une ellipse pour  « du signe des » : Ma femme est [du signe des] Gémeaux.

          Pour les Grecs, ces Gémeaux étaient Castor et Pollux; pour les Romains, il s’agissait de Remus et Romulus.

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1. Des disques allemands anciens comportent la graphie « Marleene« .

2. Il ne faudrait pas oublier, pour autant, que cette chanson, sous la graphie Lili Marleen, fut enregistrée, créée, par la comédienne et chanteuse allemande Lale Andersen en 1939. Cet air, adopté comme indicatif par la radio allemande de Bucarest en 1940, deviendra alors seulement très populaire, d’abord auprès des troupes du Reich, puis dans le monde entier.

Le mot du 2 juin 2014

Abdication

        Le roi d’Espagne Juan Carlos Ier, monté sur le trône en 1975, a annoncé lundi 2 juin qu’il allait abdiquer au profit de son fils Felipe, 46 ans. Âgé de 76 ans, le monarque ibérique s’efface donc après un règne d’environ huit lustres tandis que la reine Elizabeth II, elle, n’entend pas, semble-t-il, d’après les informations venant constamment d’outre-Manche, céder la place, à 88 ans (née le 21 avril 1926), ni à son fils ni à un autre membre de la famille…

      Très apprécié durant de nombreuses années en tant que monarque démocrate, Juan Carlos Ier se retire sur une fin de règne beaucoup plus contestée, marquée par les soucis de santé, mais aussi, et surtout, aux yeux des Espagnols, par des scandales divers.

          Tout en soulignant que Juan Carlos Ier a été « le plus grand promoteur de notre démocratie », le Premier ministre, Mariano Rajoy, a souhaité que même si le processus d’abdication doit être approuvé auparavant par une loi organique le Congrès espagnol approuve rapidement la nomination comme roi de Felipe.

            Au sens juridique d’ « action de renoncer à de hautes fonctions, à une dignité, à une charge », la première datation relevée se trouve dans André Thevet, les Vrais pourtraits et vies des hommes illustres grecz, latins et payens, recueilliz de leurs tableaux, livres, médailles antiques et modernes (1584), 541 v°, Delboulle dans Quémada, Datations et documents lexicographiques : matériaux pour l’histoire du vocabulaire français  : « Mais pour son abdication volontaire [de la dignité de chancelier] ne peut-il adoucir le cœur ulcéré du roy ».

           Dans un contexte devenu difficile, Juan Carlos Ier ne s’est pas enfermé dans l’obstination, mais a opté à raison pour un désistement, une renonciation, qui ainsi ne prend pas l’allure d’un abandon pénible, d’une chute affligeante .