Archives de Tag: Elysée

Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.

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Le mot du 28 juin 2014

alizé

            La championne de tennis française Alizé Cornet a créé la sensation, à Wimbledon, en battant la très athlétique Américaine Serena Williams, numéro 1 mondiale, en trois manches (et non en « trois jeux », comme disent par erreur certaines personnes). Avec 60 kilos pour 1,73 mètre, la jeune Française se classe dans la catégorie des « poids légers », en adéquation avec son prénom aérien !

        Alizé est en effet le nom (masculin) de vents réguliers des zones intertropicales : l’alizé de l’hémisphère Nord, l’alizé de l’hémisphère Sud. Le terme est le plus souvent employé au pluriel, seul ou bien comme adjectif au sein du syntagme vents alizés.

                                    Ils allaient conquérir le fabuleux métal

       Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

   Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

Aux bords mystérieux du monde occidental.

           (José Maria de Heredia, les Trophées, « Le Moyen Âge et la Renaissance. – Les conquérants. »)

             L’origine du vocable est très controversée, et c’est avec la plus grande prudence que l’on mentionne, entre autres hypothèses, l’éventualité d’un lien avec les dérivés du latin lixare, « lessiver », « lisser » : d’où un temps lisse, doux, marqué par des vents eux-mêmes doux et légers…

            La graphie avec un salisé –, parfois rencontrée dans des textes de naguère, voire d’autrefois, n’est plus en usage. La proximité avec Élysée entraîne de temps à autre une bévue d’orthographe, à savoir « alizée »… graphie qu’il ne faut pas craindre de dire fautive !

            Tous les noms de vents étant des noms communs (à part les noms de vents des mythologies qui sont en même temps des dieux ou des demi-dieux), il n’y a aucune raison de mettre de majuscule ni à alizé, ni à mistral, simoun, tramontane, noroît, fœhn, sirocco, harmattan, etc.

               L’adjectif dérivé alizéen, alizéenne, est couramment employé.