Archives de Tag: Erik Satie

Le mot du 16 mars 2015

gymnopédie

      Le compositeur honfleurais (= de Honfleur, dans le Calvados, donc compatriote d’Alphonse Allais et d’Eugène Boudin) Erik Satie (1866-1925) est surtout connu pour sa musique de ballet Parade et pour ses Gymnopédies, constamment réenregistrées par des pianistes, et très souvent diffusées par des chaînes de radio dédiées à la musique. Ce mot insolite revient donc régulièrement dans les présentations d’extraits musicaux…

            Personnage qualifié d’excentrique et de fantasque, Éric Alfred (ou Alfred Erik) Leslie Satie (dit Erik, avec un k !) sort de l’ordinaire, en tant que précurseur du dadaïsme et du surréalisme, préposé à l’harmonium et chef d’orchestre au cabaret du Chat-Noir, compositeur d’œuvres pour les rosicruciens (ordre de la Rose+Croix), fondateur (et unique adepte) de l’Église métropolitaine d’art de Jésus-Conducteur, passant d’une « messe des pauvres » au répertoire du café-concert, du music-hall, s’attaquant à diverses formes du registre musical.

            Le répertoire de nombreuses cantatrices contemporaines telle Patricia Petibon s’enrichit de plusieurs musiques de Satie, notamment  la Diva de l’Empire (sur des paroles des compères Dominique Bonnaud, chansonnier et journaliste, et Numa Blès, chansonnier et « goguettier », deux personnalités marquantes du café-concert)…

            Politiquement, Satie ira un temps du Parti radical-socialiste au Parti communiste, en passant par la SFIO… Vivant, très discrètement, dans le dénuement, d’où son installation hors de Paris même, à Arcueil-Cachan (où se constitua autour de lui un cercle de musiciens que l’on appelle « l’école d’Arcueil »), Satie donnera des cours de solfège aux enfants défavorisés.

            Personnage déroutant, intrigant, attachant, Erik Satie mérite d’être connu des mélomanes, voire au-delà… Ses œuvres musicales, quand bien même porteraient-elles des titres bizarres, insolites (Trois morceaux en forme de poire, Gnossiennes, Vexations…), ne sont certainement pas à ignorer.

            Les Gymnopédies sont trois œuvres pour piano que Satie aurait composées après avoir lu Salammbô, de Gustave Flaubert. Le mot était de création récente : les linguistes retiennent la date de 1865. Il est emprunté au grec gumnopaidia, nom donné à des fêtes annuelles données à Sparte en l’honneur d’Apollon. Ces fêtes étaient marquées par de grandes danses d’enfants ou d’adolescents nus (gumnos, « nu », et pais, paidos, « enfant »). L’hypothèse d’une musique pour des marcheurs ou des coureurs, d’après le grec pedon, « sol », et le latin pes, pedis, « pied », est donc à écarter.

            Le rythme lent, la nature quasiment austère, de ces danses composées par Satie sont bien loin de l’accompagnement d’une gymnastique tonique et énergique. Les Gymnopédies dépouillées, sévères, spartiates (!), d’un caractère sacré dirait-on, conviendraient mieux à la pratique du stretching (de to stretch, « s’étirer ») ou de la gymnastique douce chinoise : le tai-chi (ou tai-chi-chuan).

            Des hellénistes, se fondant sur la mentalité rugueuse, sévère,  militariste, des Spartiates, préfèrent traduire gumnos par « sans armes ». Aux yeux des habitants de la grande rivale d’Athènes, toujours prêts à se battre pour la sauvegarde ou la suprématie de leur cité, un individu désarmé devait en effet paraître bien nu… Une opinion assurément partagée par tous ces messieurs du milieu : ces derniers ne disent-ils pas qu’il faut toujours sortir « couvert », c’est-à-dire avec sur soi une ou deux armes à feu !

*****

La finale du Championnat national du Maroc de langue française et d’orthographe est fin prête, et les quelque 500 finalistes seront bien présents à Casablanca en cette fin de semaine.

Le quota des inscriptions pour la dictée de Tourcoing, samedi 21, à la médiathèque André-Malraux, est quasiment atteint, compte tenu de la capacité de la salle. Que les retardataires se dépêchent de s’inscrire !

Le mot du 19 décembre 2014

coasser

            La talentueuse et spirituelle soprano colorature Patricia Petibon, à qui l’on peut  appliquer  le  titre d’une des compositions les plus connues d’Erik Satie : la « belle excentrique », interprète  notamment  avec  une  virtuosité ébouriffante « Aux  langueurs  d’Apollon,  Daphné  se refusa », un air de Platée, le désopilant « ballet bouffon » – requalifié de comédie lyrique – de Jean-Philippe Rameau.

           À plusieurs reprises ces dernières années, et c’est à chaque fois un bonheur, cette œuvre très originale qui narre les prétentions grotesques de Platée, nymphe batracienne et laide régnant sur les marais, est diffusée pour les fêtes. Cette grenouille a la folie de prétendre inspirer de l’amour à Jupiter lui-même. Cela se terminera sous les quolibets pour la malheureuse qui avait voulu évincer Junon.

            Présenté souvent erronément sous le titre d’ « air de la folie », avec un « f » minuscule , le… délirant « Aux langueurs d’Apollon… » est, en réalité, l’air de bravoure du personnage de la Folie, avec un « F » majuscule. Patricia Petibon y excelle par sa fantaisie et sa virtuosité, mais d’autres cantatrices telles Simone Kermes récemment, Sabine Devieilhe et surtout Mireille Delunsch ont interprété de façon remarquable, avec des nuances, ce morceau  qui exige une classe… folle.

    Un des chœurs drolatiques, qui accompagne au premier acte les récriminations de Platée, imite, par des « Quoi ? Quoi ? » répétés, le coassement (et non le croassement) de la gent grenouille. Ces deux paronymes sont en effet parfois confondus, et l’on attribue alors aux batraciens le cri des corvidés, ou inversement…