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Le mot du 11 décembre 2014

cadeau

            La course aux cadeaux de fin d’année est déjà amorcée depuis plusieurs jours, voire quelques semaines.  De multiples raisons expliquent cette précipitation : souci d’éviter la foule,  possibilité de trouver plus facilement les objets et les jouets convoités, besoin de répartir les dépenses sur deux mois ou plus…

            En dépit des soucis qui frappent un grand nombre de Français, la somme moyenne consacrée aux achats de cadeaux, si l’on en croit les médias qui effectuent des sondages ou qui rapportent les sondages effectués par des organismes spécialisés, reste importante (plus de 500 euros)… Les sondés, dans leurs réponses, embellissent-ils par amour-propre la réalité ?…  La moyenne obtenue ne dissimule-t-elle pas une grande disparité ?… Le nombre et la situation des sondés sont-ils vraiment fiables et suffisants pour en tirer des chiffres ?…

            Tout cela justifie de consacrer une chronique à cadeau  sans attendre Noël ni le jour de l’An !

            Le sens moderne de cadeau découle d’une suite d’analogies : à l’origine, le provençal capdel, issu du latin capitellum, « petite tête », « extrémité ». Capdel, donc, était employé au sens de « capitaine », de « personnage placé en tête ». Les scribes reprirent ce mot, ou sa variante cadeau, pour désigner une initiale ornementée figurant en tête d’un alinéa ou d’un chapitre. Cette sorte de lettrine, cette lettre capitale (ou lettre cadelée) comportait souvent une tête de personnage.

          Cette ornementation s’est étendue à des lettres richement décorées figurant dans les marges, les blancs de bas et haut de pages, etc. Cadeau a ensuite été utilisé à propos de dessins machinalement tracés sur le sable ou dans des cendres, et des développements (textes ou dessins) faits par des maîtres d’écriture autour des exemples donnés à leurs élèves… Et, encore, pour qualifier, au XVIIe siècle, le verbiage inutile, les enjolivures superflues dans un propos ou dans un discours. Enfin, cadeau a désigné une fête galante, avec banquet et musique, offerte à une dame…

            De cette notion globale de « choses jolies, mais inutiles » on est arrivé à l’idée de « présent offert à quelqu’un, soit en hommage, soit par amitié et affection ». Édouard Herriot, homme politique français qui ne manquait pas d’esprit, a écrit dans ses Notes et maximes : « Les cadeaux sont comme les conseils : ils font plaisir à ceux qui les donnent ». On pourrait ajouter que, comme certains conseils, les cadeaux peuvent rapporter gros, car les « petits cadeaux entretiennent l’amitié », voire les relations utiles.

     Si Flaubert a utilisé le verbe cadoter (ou cadotter), où se mêlaient, involontairement, cadeau et doter, aujourd’hui c’est cadeauter qui est en usage –  en Afrique et aux Antilles –  pour signifier « faire un (des) cadeaux », « gratifier quelqu’un de quelque chose ».

            Plusieurs locutions usuelles comportent le terme. Ainsi : « ne pas faire de cadeau(x) à quelqu’un » (se montrer dur, voire impitoyable) ; « c’est un cadeau du ciel » (aubaine inespérée qui tombe à point ; talent, qualité, qui ne doit rien au travail, mais tout à la providence) ; « c’est pas un cadeau ! » (chose ou personne qui apporte des tracas, qui est pénible ou désagréable), et sa variante ironique « merci du cadeau ! ».

            Savoir offrir un cadeau adéquat exige de la finesse, de la perspicacité. Chez certaines personnes, c’est un véritable… don.

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Le mot du 10 juillet 2014

but

            La Coupe du monde de football, par association d’idées, est une bonne occasion de parler de la locution dans le but de, qui constitue encore un « cactus » (cf. Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc, leur chanson les Cactus… et Georges Pompidou, qui, un jour, fit allusion aux paroles de cette « scie ») dans la vie de ceux qui entendent écrire le mieux possible. Et dans celle des professionnels qui sont chargés de complètement toiletter les textes, à savoir les correcteurs-réviseurs. Faut-il condamner péremptoirement cette locution, tel Littré il y a plus de douze décennies ? Peut-on l’utiliser, sans pour autant se faire traiter de laxiste, voire de mauvais usager du français ?…

            Des puristes, ou se considérant comme tels, continuent d’affirmer que cette formule ne peut ni s’expliquer ni se justifier, reprenant là le propos d’un bon grammairien de naguère, René Georgin. Comme chacun sait, Monsieur et Madame Tout-le-monde emploient de plus en plus généralement naguère (dont la signification : « il n’y a guère longtemps » est méconnue) au sens de jadis et d’autrefois… Face à une évolution généralisée, on ne peut quasiment rien contre ce glissement de sens erroné. Des centaines de « mauvais emplois » de… naguère sont avalisés aujourd’hui par les grammaires et par les dictionnaires : c’est comme cela que le français est une langue vivante, et le « bon usage » une notion évolutive.

            Maurice Grevisse (pas d’accent sur le premier e, mais il faut prononcer « Gré »), il y a déjà de nombreux lustres, affirmait que dans le but de était reçu par le meilleur usage et se justifiait « tout bonnement par l’analogie de dans la pensée, afin de… ». Quelques écrivains que nous avons la faiblesse de considérer comme de bons auteurs soucieux de la langue française – Flaubert, Hugo, Stendhal, Chateaubriand, Gide… – ont employé la locution. De plus en plus rares sont les ouvrages contemporains qui condamnent l’utilisation de dans le but.

            Alors, sur cette question, et aujourd’hui :   Grevisse, 1 – Littré, 0 !