Archives de Tag: France 3

Le mot du 10 août 2017(2)

La bourde du jour

 

Sur France 3,  ce jeudi 10 août, dans un reportage parlant du navigateur Yvan Bourgnon tentant le passage du Nord-Ouest à bord d’un simple petit catamaran,  une incrustation parlait des « brises glaces »… Il manquait donc le trait d’union de ce mot composé, et s’y ajoutait la grosse faute « brises », alors que le premier élément est une forme conjuguée, donc invariable, du verbe briser.  Écrire « des brises-glace(s) »,  c’est comme écrire « des portes-parapluies » ou des « perces-neige(s) » !

Enfin, si le pluriel à « glaces » est accepté aujourd’hui, il n’en est pas moins vrai que c’est un illogisme au même titre que si l’on écrivait « des terres-pleins ».  Ces talus ne sont pas PLEINS de « terres », mais de terre, matière indénombrable, d’où la graphie logique et intelligente des terre-pleins.  La même logique devrait conduire à ne retenir que des brise-glace et des perce-neige : les bateaux spécialisés sont destinés à fendre LA glace et ces fleurs percent LA neige.

 

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Le mot du 24 novembre 2015

La bourde du jour + compléments + réponses au concours

La bourde du jour

            Grâce à une journaliste de France Inter de la tranche du 5-7 (heures), nous avons appris, mardi 24 novembre au petit matin, qu’il y avait « de grandes chances » d’être atteints de la maladie d’Alzheimer si nous aimions les facéties du comique britannique Benny Hill, qui fut très en vogue outre-Manche dans les années 1955 à 1989, par son émission « The Benny Hill Show ». En France, cette émission à l’humour potache fut diffusée de 1980 à 2000 sur FR3-France 3 (Benny Hill étant doublé par le talentueux Roger Carel).

            Une équipe de chercheurs britanniques vient en effet d’arriver à la conclusion que LES RISQUES d’être touché par la maladie neurodégénérative étaient plus grands pour les fans de Benny Hill (comique du premier degré) que pour ceux qui lui préfèrent les Mounty Pythons (humour décalé, du second degré)…

            Si chance a pu concerner, autrefois, un événement aussi bien heureux que malheureux, en français moderne le seul emploi correct implique le caractère favorable de quelque chose : Vous avez de grandes chances d’être élu ; Vous avez des chances de gagner  un prix d’un million d’euros…  Il est plus que choquant de dire et écrire : « Vous avez de grandes chances d’avoir un cancer » !

        En revanche, il est licite d’utiliser une antiphrase relevant de l’humour… du premier ou du second degré, et l’on peut toujours dire : « Avec ma chance habituelle, je vais bien tomber en pleine grève des transports ! ».

 

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Complément à « mot du jour » précédent 

            Grand connaisseur de l’art des mets et des vins, l’ami Gérard Chevalier appartient à la famille des vrais correcteurs-réviseurs professionnels –  ceux que, dans l’édition et en presse, on surnomme les « dictionnaires sur pieds », les « encyclopédies sur pattes ». Il  m’a confirmé l’emploi familier de « l’Alphonse », de « du Lavallée » par les viticulteurs au sujet du muscat Alphonse Lavallée, et son propos recoupe ma réponse.

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Suggestion de « mot du jour »

            Un autre ancien du Monde, Didier Papeguay  –  non correcteur mais spécialiste, entre autres, de l’armée, de l’aviation, des armes  –  attire mon attention sur l’emploi d’ « armes lourdes » et sur le genre de kalachnikov.  Son propos argumenté mérite d’être repris dans une très prochaine chronique.

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Réponses au concours d’octobre

1° W (initiale du mot allemand Wolfram)

2° « à court d’idées »  (« A » court, dix D)

3°   lisse  et lice.

Le mot du 23 octobre 2014

chipoterie

            Pour parler comme le préposé aux chroniques de jardinage sur France Inter : Alain Baraton, qui raffole de cet adjectif, Mme Marisol Touraine a utilisé un mot « délicieux » alors qu’elle était interviewée sur France 3 à l’occasion, mercredi 22, d’une retransmission des « questions au gouvernement », en direct de l’Assemblée nationale.

            Chaque épisode de ce que j’ai, personnellement, du mal à appeler une « émission » (contrairement à France Télévisions) débute par quelques minutes d’interview politique d’un(e) élu(e) ou d’un(e) ministre, à qui succède environ une heure de retransmission des questions des partis politiques et des réponses du gouvernement.

            La ministre de la Santé, des Affaires sociales et des Droits des femmes du ministère Valls II, répondant à une question sur les divergences entre socialistes, principalement sur la politique socio-économique, a recouru à l’atténuation, à l’euphémisme, en utilisant le mot inusité, mais licite, de chipoteries.

            « Le système constitutionnel [..], c’est le gouvernement du juste-milieu, de la médiocrité, des chipoteries » (Balzac, Petites misères de la vie conjugale). » Par chipoterie, on a désigné – on peut encore désigner – une discussion, voire une dispute, sur des vétilles. Une chicane ou chicanerie mesquine et inutile…

            N’en déplaise à Mme Touraine, les contestations formulées de plus en plus vivement par ceux qu’on a pris l’habitude, dans les médias, d’appeler les « frondeurs » ne relèvent pas du domaine des futilités, des broutilles, des points de détail, mais bien des questions de fond et non de « chipoteries ». Mais il n’est pas question de faire injure à la ministre en lui attribuant une certaine méconnaissance du vocabulaire : on est ici dans la pirouette politicienne, dans l’exténuation au sens rhétorique, c’est-à-dire dans la langue de bois version amoindrissement, version litote.