Archives de Tag: François Hollande

Le mot du 14 avril 2016 (1)

résilience

 

Quelques commentateurs, s’exprimant sur l’étonnement  – voire l’incompréhension  –  que suscite la volonté prêtée au chef de l’État de se représenter à la présidentielle de 2017, parlent de sa résilience. Même s’il n’y a, officiellement, aucune ébauche d’esquisse de début d’annonce, certains politologues ou assimilés se disent certains de cette nouvelle candidature, à partir de ce qu’ils voient comme des indices, ainsi une émission télévisée « face à des Français » (… quatre, semble-t-il).

Alors que tous les sondages entérinent l’opposition d’environ 80 % des Français à l’égard de M. Hollande, cette hypothétique volonté de rester à l’Élysée ne peut, naturellement, inspirer que l’ébahissement ou la perplexité, entre autres.

Des médias évoquent donc la résilience du président… On ne retiendra pas l’acception qu’a ce terme en zoologie : « Capacité de reproduction d’une espèce animale inemployée en raison d’une ambiance hostile, mais susceptible d’une expansion soudaine si cette ambiance s’améliore ». Non, c’est une autre signification qui s’impose : « force morale, qualité de quelqu’un qui ne se décourage pas, qui ne se laisse pas abattre ».  Mais cela ne dit rien sur la lucidité, le bon sens, la clairvoyance…, qui, intrinsèquement, ne sont pas incompatibles, bien sûr.

Résilience vient de son homographe anglais, « fait de rebondir » (de resilient, « rejaillissant, rebondissant »).

 

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Le mot du 8 janvier 2016

entorse

             Une entorse consiste en une lésion traumatique articulaire due à la distorsion brutale d’une articulation, et qui s’accompagne d’une élongation ou d’un arrachement ligamentaire. Ce n’est pas une broutille, même s’il s’agit d’une entorse simple. Alors, au figuré, le mot conserve un sens fort, pour désigner le fait de détourner un texte, de contourner une loi, de faire du tort à quelqu’un : entorse aux règlements, entorse à la vérité, entorse aux principes… ; « C’est un homme  qui ne doit rien à l’intrigue, à la combinaison, à l’entorse et à la violence » (Alexandre Arnoux, les Crimes innocents).

              La journaliste de France 3 qui a utilisé le mot pour qualifier la démarche de M. François Hollande présentant ses vœux, pour la première fois, depuis la préfecture de police,  aux forces de sécurité, à l’occasion du triste anniversaire des événements de janvier 2015, n’a pas fait un choix heureux de vocabulaire. Cet hommage rendu par le président de la République à ceux qui, au risque de leur  vie, veillent    sur   la  nôtre  ne  méritait  certainement  pas  d’être  qualifié  d’ « entorse », c’est-à-dire d’acte critiquable.

        Il s’agissait d’une « première », d’une « première manifestation de ce type », d’une « manifestation inédite de reconnaissance de la nation »…

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La question du jour

            « Je trouve, dans un texte sur Rilke, l’adjectif  larique. Connaîtriez-vous la définition de ce mot ? »

            Je l’ai déjà dit : je ne suis pas omniscient.  Je n’ai jamais rencontré ce mot… Je connais peu l’œuvre de Rilke. Comme celui-ci a écrit un recueil intitulé Offrande aux lares, où il évoque sa Prague natale, j’avance l’hypothèse d’un adjectif lié aux dieux lares.

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Le proverbe du jour

            « Connaître son ignorance est la meilleure part de la connaissance. »

           

 

Le mot du 8 octobre 2015

vice-chancelier

 

            Mme Marine Le Pen « a fait le buzz »  mercredi 7 : tous les journalistes se sont précipités sur son emploi sarcastique, au Parlement européen, de l’expression « vice-chancelier administrateur de la province France » au sujet de M. François Hollande, laissant entendre que ce dernier était à la remorque de l’Allemagne et de sa chancelière, Mme Angela Merkel.

            Vice-chancelier est plus aimable que « sous-ministre », couramment utilisé à l’égard d’un(e) secrétaire d’État dont l’utilité n’apparaît pas comme évidente au sein de l’ « armée mexicaine » constituée par un gouvernement aux effectifs pléthoriques…

            Des dictionnaires ne donnent que le masculin, mais on ne voit pas pourquoi vice-chancelière ne serait pas licite, à l’image de chancelière. Comme son nom l’indique, un vice-chancelier seconde ou remplace un chancelier. Au pluriel, seul le second élément varie : des vice-chanceliers (idem pour : des vice-présidents, des vice-amiraux, des vice-rois…).

            Chancelier a donc pour équivalent féminin, aujourd’hui admis, chancelière, un substantif qui ne désigne plus (en tout cas, rarement !) l’épouse d’un chancelier. Les lexicologues font remonter au XIe siècle l’apparition du mot, issu du bas latin cancellarius, qui a donné chancel, ce dernier terme ayant pour  acceptions,  entre autres : « emplacement entouré d’une balustrade où était conservé le sceau royal », « lieu fermé de grilles où se scellaient les actes royaux ».

            Chancelier a eu, et a encore, plusieurs significations… Tout d’abord, ce fut l’équivalent de « garde des Sceaux » : le chancelier de France, le chancelier royal, ou même, au sens absolu (sans majuscule pour autant) : le chancelier. C’est-à-dire le grand officier de la Couronne chargé de la garde du sceau royal, voire de l’administration de la justice.

            Le vocable a désigné, aussi, un chanoine responsable des études, qui conférait les degrés et remettait les diplômes. Chancelier désigne toujours un dignitaire responsable de la garde du sceau et de l’administration d’un corps ou d’un ordre militaire : le grand chancelier de la Légion d’honneur.

            Certaines sociétés savantes ont adopté le terme pour désigner leur président(e) : l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire a eu pour chanceliers successifs M. Jean de Malestroit, M. Jean-Yves Paumier et, actuellement, Mme Noëlle Ménard.

            Dans certains pays, chancelier est le titre porté par le Premier ministre ou chef de gouvernement : Bismarck a été le premier chancelier de l’Empire allemand.  Aujourd’hui, chancelier fédéral  –  ou chancelier (chancelière) tout court  –  désigne le chef du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne.

            Le ministre des Finances britannique est dénommé par une expression qui, en français, est traduite par : le chancelier de l’Échiquier. Au Moyen Âge, les banquiers, les comptables faisaient leurs comptes à l’aide de tableaux quadrillés, et eschekier a désigné le Trésor royal…

Le mot du 30 juin 2015

Correcteurs (suite)…

 

        Alors que Formacom, seule école de formation habilitée à délivrer le titre de correcteur reconnu par le ministère du Travail et enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles, est menacée de fermeture faute d’aides publiques pour les demandeurs d’emploi qui souhaitent devenir correcteurs, il n’est peut-être pas inutile de reproduire ci-dessous deux textes concernant une profession méconnue qui contribue grandement à assurer à la langue française le niveau qui doit être le sien…

a)  En mars 2012, le futur président de la République, M. Hollande, en réponse à la question d’une correctrice, dans une coopérative d’activités et d’emploi, déclara : « Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel, on ne va pas corriger simplement par des logiciels, il y a ce qui s’appelle tout simplement l’intervention humaine, parce que ce n’est pas simplement l’orthographe, c’est la qualité de la langue et la clarté de l’expression. C’est ça, votre rôle. »

b)  Dans sa chronique du mercredi 18 juin 1997, intitulée « La maison de correction », Pierre Georges, rédacteur en chef du Monde, à propos d’une coquille  laissée dans un article consacré au… bac philo, assumait la responsabilité de la rédaction, et dédouanait les correcteurs, auxquels, faute de temps, l’article imparfait n’avait pas été soumis. Il en profitait pour dresser avec verve  et  talent  un  bel hommage à ces « pêcheurs de perles » scrupuleux, à ces « nègres littéraires » discrets, surtout indispensables, qui sauvent même des réputations d’écrivains et de journalistes.

            « […] Et les correcteurs, direz-vous ? Les correcteurs n’y sont pour rien. Les correcteurs sont des amis très chers. Une estimable corporation que la bande à Colignon ! Une admirable entreprise de sauvetage en mer. Toujours prête à sortir par gros temps, à voguer sur des accords démontés, des accents déchaînés, des ponctuations fantaisistes. Jamais un mot plus haut que l’autre, les correcteurs. Ils connaissent leur monde, leur Monde même. Ils savent, dans le secret de la correction, combien nous osons fauter, et avec quelle constance. Si les correcteurs pouvaient parler !

            Heureusement, ils ont fait, une fois pour toutes, vœu de silence, nos trappistes du dictionnaire. Pas leur genre de moquer la clientèle, d’accabler le pécheur, de déprimer l’abonné à la correction. Un correcteur corrige comme il rit, in petto. Il fait son office sans ameuter la galerie. Avec discrétion, soin, scrupules, diligence. Ah ! Comme il faut aimer les correcteurs, et trices d’ailleurs. […]  Parfois, au marbre, devant les cas d’école, cela devient beau comme un Rembrandt, la Leçon* de correction !  »  

* Le L majuscule indiqué par Pierre Georges renvoie à l’un des chefs-d’œuvre de Rembrandt : la Leçon d’anatomie du docteur Tulp (c’est le titre le plus employé à propos de ce tableau).

Le mot du 29 juin 2015

battre la campagne

            Depuis de nombreuses semaines,  le président de la République parcourt la France et le monde à un rythme soutenu, très soutenu…  « Excessivement »,  disent de plus en plus ouvertement certains, qui mettent en parallèle l’absence de résultats tangibles dans le domaine de l’emploi et de l’économie, entre autres,  et le nombre des heures consacrées à des déplacements : commémorations diverses, inaugurations de chrysanthèmes, manifestations de compassion au moindre accident,  ruban à couper pour l’érection d’un bâtiment,  multiples décorations à distribuer…

        Faut-il voir dans ces très fréquents déplacements, notamment ceux effectués en France,  un excès condamnable, déraisonnable, qui nuit à l’exercice des lourdes tâches incombant au chef de l’État, sous la Ve République ?…  Doit-on y déceler l’attitude d’un président sortant déjà en campagne électorale en vue d’une éventuelle réélection ?…  Ou bien s’agit-il du comportement normal, bien naturel, d’un hôte de l’Élysée ?… À chacun sa réponse, sans doute.

       S’ils sont entrés, deux ans avant l’échéance électorale, en campagne politique, on dit alors d’un homme ou d’une femme politique qu’ils se mettent en campagne, qu’ils battent la campagne, au sens de « battre le terrain » afin de rencontrer, et de convaincre, les électeurs.  Dans le domaine de la chasse, battre la campagne signifie parcourir les terres çà et là afin de faire lever le gibier, et l’expression a été étendue au sens de « chercher quelqu’un qui s’y terre, qui s’y est caché… voire qui s’y est perdu » (cf. faire des battues). Les électeurs peuvent-ils être assimilés à du gibier à poil ou à plume ?

            Quand un locuteur ou un scripteur se perd dans son propos, dans ses raisonnements, quand il s’égare aussi  çà et là dans des digressions de plus en plus oiseuses, on dit également qu’il bat la campagne (ou que son esprit, son imagination, son discours, ses livres… battent la campagne). Commentant la maladresse de la follette Perrette emportée par ses rêveries  (la Laitière et le Pot au lait), La Fontaine ne dit-il pas : « Quel esprit ne bat la campagne ? / Qui ne bâtit châteaux en Espagne ? »

 

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 Information qui suscite l’émotion au sein de tous les défenseurs de la langue française :

 

            Seul organisme habilité à délivrer un titre de correcteur reconnu par le ministère du Travail et enregistré au répertoire national des certifications professionnelles, Formacom (naguère Coforma), école de formation au simple statut d’association, est menacée de disparaître…

            Que se passe-t-il donc ?…  Alors que les bilans de placement des dernières années montrent toujours des chiffres réguliers et très satisfaisants : 50  à 70 %  six mois après le stage, plus de 90 % un an après la formation, et alors que de nombreux candidats, notamment des demandeurs d’emploi désireux de se reconvertir, souhaitent bénéficier de cette formation qualifiante, ces derniers sont privés de financements publics (alors même que la lutte contre le chômage est la première des causes nationales).

     Au fil des années, en effet, les financements publics (par les conseils régionaux, par les conseils généraux, par Pôle emploi…) se sont réduits comme peau de chagrin, jusqu’à aboutir à la situation dramatique actuelle : privés de financements publics, de nombreux demandeurs d’emploi, ne pouvant bien sûr pas payer la formation par eux-mêmes, sont dans l’obligation de se désister, ce qui, par voie de conséquence, risque d’entraîner la cessation d’activité de cette école associative ( = qui n’a pas pour objet de faire des bénéfices) et la mise au chômage des deux derniers employés.

            Cela aurait aussi des conséquences néfastes pour la défense de la langue française : la disparition progressive des correcteurs-réviseurs professionnels, qui luttent au quotidien pour que le français reste au niveau qui doit être le sien serait catastrophique.

 

Chacun peut manifester rapidement son soutien, sa solidarité, à :

Formacom, 19, rue Honoré-d’Estienne-d’Orves, 93500 Pantin. Tél. : 01 56 96 07 20 ; secretariat@formacom.net

voire intervenir tous azimuts, dans la mesure de ses moyens, auprès de personnalités, auprès des médias, auprès d’organismes publics. Merci.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mot du 14 juin 2015

prétexte

            L’actualité, en France, a été dominée, ces derniers jours, par l’aller-retour éclair, en avion gouvernemental, de M. Valls à Berlin, l’autre samedi, pour rencontrer M. Platini, afin de parler de l’UEFA et de l’Euro 2016 en France. Profitant de ce déplacement dit « professionnel » (qui, rapporte la presse, n’était pas noté dans l’agenda officiel du Premier ministre), M. Valls a pu assister ainsi, avec deux de ses enfants, à la finale de la  Ligue des champions entre la Juventus de Turin et le FC Barcelone, cher au cœur du Premier ministre français. Effectivement, M. Valls et M. Platini se sont donc vus, au moins au stade.

            Depuis, M. Valls a reconnu une « erreur de communication » : « Si c’était à refaire, je ne le referais plus », et a promis de rembourser l’équivalent des deux allers-retours de ses fils pour cette virée footballistique, soit, dit-on, 2 500 euros.

            Près de 70 % des Français, d’après les derniers sondages, ne se satisfont pas de ces excuses, peu convaincus par la justification officielle de ce déplacement express en Falcon gouvernemental. La rencontre au sujet de l’Euro 2016 était-elle d’une si considérable importance et d’une urgence si aiguë qu’elle justifiait un aller-retour ultrarapide (tout en prenant le temps d’emmener les deux fils), pour un coût équivalant au salaire annuel de beaucoup de Français : selon la presse, entre 18 000 et 25 000 euros (il est manifestement impossible d’accéder à la vérité, s’agissant de ce type de dépenses, le Premier ministre devant être accompagné d’agents des services de sécurité, d’un médecin, d’un spécialiste des télécoms)… ?

            Peu importe la couleur politique des dirigeants qui se conduisent ainsi.  Mais la petite histoire ne doit pas cacher les questions de fond : un déplacement, même vraiment « professionnel », de ce genre ne peut-il pas être tout bonnement remplacé par un entretien téléphonique, même long ?  Si de tels voyages de ministres, de secrétaires d’État, de hauts fonctionnaires, sans doute ou peut-être inutiles car facilement remplaçables par d’autres moyens modernes de communication, sont multipliés par cent, par mille, etc., à longueur d’année, on peut voir quel gouffre financier supportent là encore les citoyens de la République.

            De plus, comment ce voyage « professionnel » éminemment important et urgent se justifie-t-il quand, quatre jours plus tard, M. Platini vient à Paris voir M. Hollande… pour lui parler de l’Euro 2016 !?

            Prétexte vient du latin praetextus, qui a la même signification. Dans son remarquable dictionnaire français-anglais écrit au XVIe siècle, le linguiste anglais Cotgrave définissait ainsi le terme : « motif spécieux mis en avant pour cacher le motif réel d’une action ». Le sens n’a pas varié, avec comme synonymes : faux-fuyant, excuse, allégation, couverture, échappatoire, argument…

            « Faux prétexte » est évidemment un pléonasme, à ne pas dire ni écrire !

 

La question du jour :

            « Comment faut-il accorder derrière la plupart ?… »

            La plupart (+ complément) entraîne l’accord au pluriel : La plupart ont participé aux jeux ; La plupart des congressistes avaient tombé la veste en raison de la chaleur.

 

La citation du jour :

            « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort.)

 

Rappels :

La prochaine dictée animée sera celle de Leucate (Port-Leucate), le mercredi 29 juillet.  Entre-temps, je serai présent au Salon du livre de Honfleur (Calvados), le 4 juillet, où une fine équipe d’académiciens Alphonse Allais proposera un spectacle-animation. Avec mon illustrateur et ami Claude Turier, lui aussi membre de ladite académie, nous pourrons y dédicacer Sacré Napoléon ! (éditions Trédaniel), un recueil d’anecdotes sur l’Empereur qui paraît pour le bicentenaire de Waterloo, donc ces jours-ci.

Le mot du 10 mai 2015

En tournée à La Havane

 

            Le chef de l’État français n’est pas en visite officielle dans les Caraïbes, il n’est pas en déplacement officiel… Non, tous les journalistes, tous les médias, le disent : M. François Hollande est « en tournée ». Le propos peut sembler désinvolte, sarcastique, trop familier, mais seulement, semble-t-il, à certains diplodocus attachés aux nuances du vocabulaire,  au bon usage du français. Est-il nécessaire de dire que j’en fais alors partie ?…  ☺

            Certes, l’acception des mots peut évoluer, s’étendre ou se resserrer, cela est bien normal s’agissant d’une langue vivante. Mais il est légitime de contester des emplois qui confèrent à des vocables ou à des expressions  des significations déformant leur sens, donnant une connotation burlesque ou dépréciative.

            On le sait bien : les visites à l’étranger de responsables politiques de nombreux pays consistent principalement, en dehors des déplacements dus à la situation internationale, en des tournées commerciales de représentants de commerce. N’empêche : il est quelque peu choquant, ou risible, de voir des chefs d’État assimilés à des VRP, à des artistes donnant leur spectacle : Le cirque Badaboum est en tournée en Allemagne, Dupaillon faisait la tournée des cafés, Adalbert Duchose remonte sur les planches pour une grande tournée théâtrale, Les fameux clowns Zeffi et Zeppo entament leur tournée d’adieux

            On ne connaît pas l’origine du nom de Cuba : plusieurs hypothèses sont avancées, mais aucune ne peut être retenue de préférence aux autres. Même incertitude pour La Havane…  Le conquistador espagnol Diego Velasquez de Cuellar (1465-1524), qui fonde La Havane en 1514, sous le nom de San Cristobal de la Habana, fait allusion à Habaguanex, nom du cacique indien de la tribu qui contrôlait la région. D’autres sources disent que Habana était le prénom de la fille dudit cacique. D’autres chercheurs encore y voient, eux, un lien avec le nom commun « port » (moyen néerlandais havene,  anglais ancien haefen, vieil haut allemand hafan, etc., d’où, aussi, le nom du Havre).

 

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Citation du jour :

            « Le travail, c’est la liberté… des autres. Pendant que vous travaillez, vous n’ennuyez personne. »  (Erik Satie.)

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Parmi les questions reçues :

            « Faut-il écrire avoir des centres d’intérêt  ou avoir des centres d’intérêts ?… »

  • Selon moi, l’orthographe correcte est : un/des centre(s) d’intérêt, parce qu’il faut comprendre « le ou les points sur lequel ou sur lesquels converge l’intérêt ».

 

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Rappel : la prochaine dictée est celle d’Asnières-sur-Seine, qui aura lieu le samedi 30 mai. Tous renseignements seront donnés dans la semaine.

Informations : la seconde dictée de Leucate (Port-Leucate), dans l’Aude, se déroulera le 29 juillet. La seconde dictée du Croisic (Loire-Atlantique) aura lieu le samedi 29 septembre. La dictée annuelle de Nantes, le mercredi 28 octobre.

 

Le mot du 21 avril 2015

gag

         M. François Hollande, après avoir été très souvent – trop souvent, disent certains – dans la compassion, avec de nombreux déplacements  –   trop nombreux, jugent d’aucuns, qui y voient un « truc » destiné à remonter dans les sondages –,  intervient fréquemment (excessivement, aux yeux d’une partie des commentateurs), depuis quelques jours, dans des émissions de radio ou de télévision. Cette fois,  ses contempteurs lui reprochent de redevenir l’homme des « petites phrases », des blagues, des jeux de mots, qui élude les questions sérieuses et cherche à  s’attirer la sympathie des jeunes, des « bobos »…

            Naturellement, selon les convictions des uns et des autres, les avis sont très partagés. Et ce qui déplaît souverainement aux uns a l’assentiment des autres.

            Ce qui est indubitable, c’est que le chef de l’État a de l’humour, sans doute de l’esprit, et qu’il aime les calembours…  Nombre de ses propos, depuis des années, l’ont montré, et on peut l’imaginer en « usine à gags ».

            Gag est un mot qui a la particularité d’être un palindrome (terme se lisant de gauche à droite comme de droite à gauche : radar, ressasser, elle, kayak, Laval, Noyon, tôt, serres…). C’est un mot anglais remontant au XVIe  siècle, qui a pris au XIXe la signification d’ « histoire drôle », puis, comme le mentionne Alain Rey dans son passionnant Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert), celles de « partie d’un dialogue improvisée par un acteur » et, en anglo-américain, d’ « objet de moquerie ».

            Au cinéma, gag a pris aux États-Unis, dans les années 1920, l’acception spécialisée de « réplique drôle », puis d’ « effet comique créant une situation cocasse » qui doit provoquer la surprise et faire éclater de rire les spectateurs. Un gag ne doit donc pas être « téléphoné » !

            Il appartient aux scénaristes, aux dialoguistes, de concevoir les gags pour donner du piment à une histoire risquant d’être trop fade, à un scénario manquant de vivacité… Mais de plus en plus, notamment aux États-Unis, on fait appel à des gagmen (singulier : gagman), royalement rémunérés.

            Les gagmen ou « hommes à gags »  –  on n’ira pas jusqu’à « tueurs à gags », même s’ils font… mourir de rire  –  sont d’authentiques professionnels, dont le travail consiste à inventer ou à adapter des effets comiques, uniquement visuels parfois.

           Des ponts d’or sont consentis de nos jours, répétons-le, aux gagmen les plus en vue, les plus inventifs, qui concoctent des gags d’une grande drôlerie, des gags tordants, c’est-à-dire… impayables !

 

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La citation du jour :

 

            « Il y a des gens qui parlent, qui parlent…jusqu’à ce qu’ils aient quelque chose à dire » (Sacha Guitry).

Le mot du 25 février 2015

Philippines

          M. François Hollande se rend aux Philippines pour plaider la cause du combat contre le réchauffement climatique. Cela, alors que se tiendra en France, en décembre, à Paris, et sous l’égide de l’ONU, une conférence mondiale sur ce sujet très préoccupant. Les dirigeants politiques de nombreux pays, se convainquant que leur présence seule ne suffit pas, ou plus, à attirer l’attention des médias et des populations, font dorénavant appel au renfort de personnalités du show-business. Souvent d’accortes vedettes féminines stars du cinéma…

            François Mitterrand, ainsi, avait non pas « apporté », mais emmené avec lui  en  Chine  l’actrice  Sophie  Marceau.  (Autre  perle journalistique à ce sujet : « François Mitterrand s’est entouré de Sophie Marceau » : l’auteur de l’expression a-t-il expliqué comment une seule personne pouvait en « entourer » une autre ?…) François Hollande, sur la suggestion, dit-on, de Nicolas Hulot, a convié Marion Cotillard et Mélanie Laurent à l’accompagner. C’est même la première – engagée depuis longtemps en faveur de l’écologie – qui a lu « l’appel de Manille », et non le chef de l’État français.

            Naturellement, les avis sont très partagés, entre ceux qui se félicitent du surcroît de notoriété, de popularité, apporté à ce déplacement par les deux jeunes femmes, et ceux qui critiquent ce « cinéma » politico-médiatique.

            La République des Philippines est un État assemblant plus de… 7 000 îles ! Une dizaine d’entre elles représentent 90 % de la superficie du pays (assez réduite : 300 000 km2). Environ 2 000 de ces îles et îlots seraient habités… et quelque 2 500 de ces « sols de mer » n’auraient pas de nom !

        C’est le navigateur portugais (au service de l’Espagne) Magellan qui découvrit l’archipel, le mardi 17 décembre 1521, jour de saint Lazare (ou : jour de la Saint-Lazare, comme on veut, mais en respectant la différence – logique – de graphie). De ce fait, il baptisa « îles Saint-Lazare » (San Lazaro) ces terres nouvellement reconnues…

            Vingt ans plus tard, c’est un Espagnol, cette fois, qui arrive sur place : Ruiz Lopez de Villalobos. Il confirme la mainmise de son pays, en 1542, sur l’archipel, auquel il donne le nom de l’infant Philippe (Felipe), le futur roi Philippe II : les Filipinas.

          L’expression désuète « Bonjour, Philippine ! » n’a rien à voir avec l’archipel. On pense qu’elle vient de l’allemand vielliebchen, « bien-aimé ». Faire Philippine avec quelqu’un est un jeu consistant, quand, en société, on trouve deux amandes dans une même coque, à en donner une à quelqu’un (de sexe opposé, en principe). Lors de la première prochaine rencontre entre ces personnes, celle qui dit la première : « Bonjour, Philippine ! »  gagne un cadeau à la discrétion du perdant. Si le jeu a eu lieu en famille, entre parents résidant ensemble, chacun des deux doit attendre le lendemain avant de se précipiter pour prononcer la formule gagnante !

 

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Rappel :  la prochaine dictée ludique (+ jeux autour de la langue française) de Sèvres se déroulera le samedi 7 mars dans le majestueux Centre international d’études pédagogiques. Tous renseignements et inscriptions : jp.colignon@orange.fr ou 06 07 59 17 08.

Le mot du 25 novembre 2014

« taupes »

       Il y aurait donc, au palais de l’Élysée, un ou plusieurs individus qui ne seraient pas au… « top » question loyauté, droiture, probité. Profitant de leur proximité avec le chef de l’État, ces employés  félons ou ces hauts fonctionnaires indélicats, héritage du précédent locataire des lieux, dit-on, auraient subrepticement photographié M. François Hollande et l’actrice Julie Gayet, assis à une table sur la terrasse des appartements présidentiels. Ces photos volées, puisque prises à l’insu des deux personnes – nul ne prétend le contraire, sauf erreur : ce ne serait donc pas une « fausse paparazzade »  –,  se sont retrouvées dans l’hebdomadaire Voici.

            Cette « taupe » ou ces « taupes »… observatrices (ce qui est un comble, un oxymore, pour un animal à la vue très basse !)  étaient-elles en service commandé au profit d’un adversaire politique du président de la République ?…  Au service d’un parti politique ou d’un mouvement apolitique ?… Ou bien l’auteur des clichés, sûr de monnayer ceux-ci très cher auprès d’une certaine presse, était-il seulement inspiré par la cupidité, par l’appât du gain ?…  Il faudra attendre un certain temps, peut-être, avant d’avoir le fin mot sur ce qu’il serait excessif d’appeler un « Watergate ». Quoique la démarche du ou des photographes, et du ou des commanditaires, pourrait évoquer quelque peu…

            Taupe a de multiples acceptions,  parmi  lesquelles  celle  d’ « espion »,  de « sous-marin », c’est-à-dire de personne infiltrée au sein d’un quelconque milieu pour l’épier, observer, surveiller, etc. Et cette signification même est multiple, puisqu’il peut s’agir d’un membre des services spéciaux d’un État, ou bien d’une personne qui cherche à nuire en secret à un groupement, à une société, à une firme (espionnage industriel), à une association rivale, à un mouvement politique adverse…

            L’emploi de taupe au sens d’  « espion » semble s’être vraiment répandu seulement à compter des années 1980. Et, de même qu’il existe l’espionnage et le contre-espionnage, et qu’il y a eu, lors des guerres de l’Ouest, les chouans et des contre-chouans, on note l’emploi de « contre-taupes » particulièrement chargées de détecter les « taupes » dormantes ou actives…

            Les expressions liées à l’animal renvoient à son mode de vie : vivre comme des taupes (vivre de façon très casanière), partir pour le royaume des taupes (mourir, se retrouver six pieds sous terre), ou à son aspect : noir comme une taupe ; à ses particularités physiques, aussi : être myope comme une taupe.