Archives de Tag: Gaston Lagaffe

Le mot du 24 avril 2016 (1)

bidule

 

Le général de Gaulle se gaussa, en septembre 1963,  des « comité Théodule », « comité Gustave », etc. : « L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays » (à Orange, le 25 septembre 1963). Il se moquait ainsi des multiples comités, selon lui peu représentatifs, ou inféodés à des intérêts partisans et médiocres.

Familier du « truc » consistant  –  pour marquer l’opinion, mettre les rieurs de son côté ou détourner l’attention  –  à ressortir un vieux mot peu employé ou un terme insolite, voire à créer une expression, il aurait pu employer, pour désigner l’ONU, bidule et non pas machin (« Ce machin qu’on appelle l’ONU », à Nantes, en septembre 1960)…

C’est ce bidule qui apparaît, ces jours-ci, dans l’expression « bidule(s) attrape-tout » employée par un certain nombre de commentateurs au sujet de mouvements, de partis, d’unions, de rassemblements, de comités, de groupes, d’assemblages divers s’engouffrant, au nom du « dépassement des clivages », dans la vie politique française.

Synonyme de « chose, truc, machin », bidule est parfois utilisé pour parler d’une personne : « Il y aura bien un bidule (= un gus, un zèbre, un mec, etc.) pour vous répondre ! », mais cela est plutôt rare, cependant.

L’origine de ce mot populaire est des plus obscures. C’est donc avec beaucoup de réserve qu’il faut mentionner l’hypothèse, comme étymon, du picard bidoule ou berdoule,  « boue », d’où serait sortie l’acception de « désordre », notamment reprise dans l’argot militaire des années de la Seconde Guerre mondiale. De là, on aurait associé l’idée de « complexité » à celle de « désordre », d’où l’acception de « chose compliquée », d’ « objet compliqué ». Puis, comme les choses compliquées sont difficiles à définir, ou parce que le mot précis ne vient pas toujours à l’esprit1, bidule aurait été bien commode pour désigner n’importe quel objet ou engin… !

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  1. C’est ainsi que, faute de retrouver le mot salière, lors d’un déjeuner, les dessinateurs Franquin et Peyo inventèrent… les Schtroumpfs. « Passe-moi donc la… heu…  le…heu… schtroumpf », dit Peyo à son ami le génial dessinateur de Spirou, créateur du Marsupilami et de Gaston Lagaffe. Rebondissant sur cette trouvaille, les deux compères vont jusqu’à la fin du repas s’amuser à utiliser le néologisme.  Quelques mois plus tard, quand il lui faudra dénommer les petits lutins bleus qu’il voulait introduire dans la série  Johan et Pirlouit, Peyo se souviendra de ce déjeuner…

 

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Le mot du 3 mars 2015

apartheid

            Regrettable faute de français – en usant d’une impropriété, ou d’une ambiguïté aboutissant à un faux sens –, ou uniquement bourde politicienne, l’emploi du mot apartheid par M. Manuel Valls a suscité nombre de commentaires…

      Si l’on met à part les critiques partiales, systématiques,  émanant sempiternellement d’adversaires politiques qui s’emparent  du moindre prétexte pour critiquer les écrits ou les propos des « concurrents », il est vrai que le message de l’actuel Premier ministre est équivoque. Le double sens a-t-il été voulu, ou s’agit-il d’une maladresse ?…

        Par apartheid, on peut comprendre « politique d’apartheid », soit une démarche antidémocratique imposant, par exemple, de façon plus ou moins claire et volontaire, des regroupements de populations émigrées dans certaines zones du territoire, dans certaines villes.  Mais apartheid peut très bien désigner aussi le comportement antidémocratique de certaines populations se refusant à respecter les lois, us et coutumes du pays qui les accueille, et qui se réfugient, en créant des espaces de non-droit, dans un communautarisme sectaire…

            Si M. Valls a commis un impair, il s’agirait donc d’une gaffe… « Manuel le gaffeur » rejoindrait alors le club des gros maladroits éventuellement déclencheurs de catastrophes, un club principalement constitué de héros de la bande dessinée ou du dessin animé. Au premier rang desquels il faut citer l’incontournable – comme on dit aujourd’hui – Gaston Lagaffe, né du génie du Belge André Franquin.

            En politique, intérieure ou internationale, les gaffeurs et les gaffeuses ont généralement le génie, eux, avec leurs « doreurs de pilule » (spin doctors) et entourage proche, d’allumer sans tarder des contre-feux qui attireront l’attention ailleurs…  Car il n’est pas certain qu’ils partagent l’opinion de l’écrivain Jules Supervielle : « Quand on est riche, toutes les gaffes sont permises ; elles sont même recommandées si l’on veut avoir le sentiment de sa puissance ».

            Emprunté à l’ancien provençal, gaffe, nom féminin, désigne une perche munie d’un ou de deux crocs, qui sert à manœuvrer une embarcation tout comme à accrocher un poisson difficile à remonter à bord. Certains lexicologues avancent que, la perche servant, entre autres, à franchir un gué, on aurait alors nommé « gaffe » la maladresse du piéton englué dans un gué boueux…

             On  pourrait  dire  aussi,  sans doute,  que,   à   l’image  du  poisson   gaffé,   « accroché, empêtré », qui ne sait comment échapper au pêcheur, le gaffeur est ainsi nommé parce qu’il se retrouve englué, piégé, par ses boulettes, ses bourdes, ses bévues, ses impairs.

      Au sens de « surveiller, veiller », gaffer découle certainement d’une métaphore, via « accrocher du regard ».  L’emploi, de niveau populaire, de ce gaffer se retrouve dans l’argotique gaffe au sens de « gardien », de « surveillant de prison », ainsi que dans la très usuelle expression « Fais gaffe ! » (= « Fais attention ! »), beaucoup plus employée que l’infinitif gaffer (= faire attention).

            Celui qui « fait gaffe » – qui surveille les autres… et lui-même – ne peut pas être celui « qui fait des gaffes » !

            On   souhaitera  à   M.   Manuel  Valls,  en  adoptant  le langage des marins, d’ « avaler sa gaffe »  (mourir)  le plus tard possible, en lui recommandant de se « tenir à longueur de gaffe » (= à bonne distance) des fâcheuses gaffes.

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 Rappels de rendez-vous conviviaux :

 

Samedi 21 mars,  dictée de TOURCOING, à la médiathèque André-Malraux, 26, rue Famelart, à 14 heures. Le nombre des places étant limité par la capacité de la salle, l’inscription est obligatoire. 

Tous renseignements et inscriptions : 03 59 63 42 50,   et http://www.tourcoing.fr/mediatheque

 

Samedi 11 avril : création du  concours de culture générale de Paris-7e, au lycée La Rochefoucauld, à 14 heures.

Renseignements et inscriptions : 01 45 55  28 05, et contact.uciap7.com

 

Samedi 18 avril : dictée de TOURS, dans l’amphithéâtre de la D.D.E.C.,  33, rue Blaise-Pascal (tram : arrêt « Gare »), à 14 h 30.  Le nombre de places étant limité par la capacité de la salle, il est recommandé de s’inscrire.

Renseignements et inscriptions : 06 83 24 65 33, et communication.dlf.tours@orange.fr