Archives de Tag: guerre d’Espagne

Le mot du 4 juillet 2015

cinquième colonne

        L’expression « cinquième colonne » est revenue dans l’actualité ces jours-ci.  Elle est née en 1936, utilisée pour la première fois par le général espagnol Emilio Mola (1887-1937), principal instigateur de la conjuration nationaliste  visant à renverser la République après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de Front populaire.

           Alors que les armées nationalistes, divisées en quatre colonnes, convergent vers Madrid,  en novembre, dans une allocution radiodiffusée, Mola affirme qu’une « cinquième colonne », constituée des sympathisants antirépublicains vivant dans la capitale, est prête à s’insurger pour aider à la prise de la ville. Cette allusion à un « cheval de Troie » qui aurait déjà été discrètement introduit au sein de la capitale espagnole relève en premier lieu de l’intoxication psychologique, dit-on. La « révélation » (hum ! les républicains espagnols étaient-ils si naïfs ?) de cette menace représentée par un ennemi intérieur devait conduire les gouvernementaux  à affecter à la surveillance de ce dernier des troupes jusque-là nécessaires à la défense de la ville contre les attaques venues de l’extérieur.

        On considère, le plus souvent, qu’il s’agissait  uniquement d’une « ficelle » psychologique minant le clan républicain, en y semant la suspicion, les soupçons, la défiance… C’est une vision certainement trop réductrice : en cas de guerre civile, il n’est pas très plausible (sauf exceptionnel cas d’espèce) de croire que dans telle région ou dans telle ou telle ville il y aura 100 % de partisans d’une faction, d’un camp.  Plus vraisemblablement y habiteront des personnes – en majorité ici, en minorité là – fidèles au pouvoir en place, au régime politique et à la Constitution. En tout lieu il y a donc, potentiellement, des groupes qui peuvent œuvrer à la désagrégation d’un pays, à son pourrissement par l’intérieur.

    Les « cinquièmes colonnes » ne sont pas une vue de l’esprit, nées exclusivement de l’imagination de cerveaux fragiles atteints de parano, ou agitées, dans un but politicien, par tel ou tel parti politique.  L’aveuglement, la candeur, la niaiserie, la crédulité, l’ingénuité, n’ont jamais été des qualités… Pour autant, la psychose irraisonnée ne doit pas obnubiler chacun, faire perdre le sens de l’objectivité,  surtout en période de difficultés socio-économiques.

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La question du jour :

   

            « Auriez-vous la gentillesse de me dire si super est invariable ? Faut-il écrire : « des prix super fantastiques », « des prix superfantastiques » ou « des prix supers fantastiques »  ? »

 

            Super est un préfixe latin employé (à l’excès !) comme adjectif dans le langage courant familier. C’est un mot invariable :  des prix super, des chaussures super, des gens super !  (Mais : des supers, pour dire « des supercarburants », le mot devenant alors un substantif variable.)

            En tant que préfixe, super est agglutiné sans trait d’union dans la quasi-totalité des mots où il entre en composition : un supermarché, être en superforme, des superphosphates…  Cela,  même  quand il  s’agit  de termes non « lexicalisés », c’est-à-dire ne figurant pas dans les dictionnaires contemporains usuels… mais, dans ce cas, on a aussi le droit de préférer mettre un trait d’union : des prix superfantastiques, des prix super-fantastiques.

            Quelques exceptions : a) avec trait d’union = disputer le super-géant (ou le super-g) [des super-géants, des super-g] ; tourner en super-8 (ou super-huit), des caméras super-8 (ou super-huit) ;  b)  avec  ou  sans trait d’union = un super(-)léger, des super(-)légers ; un super(-)lourd, des super(-)lourds.

 

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La citation du jour :

            « Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison. »   (Pascal.)

 

 

 

 

 

 

 

Le mot du 9 janvier 2015

debout

           Né en 1875, le journaliste et enseignant Jacques (Joseph, dit) Péricard est mobilisé, en 1914, compte tenu de son âge, comme sergent réserviste au 62e RI. Sur sa demande, ce patriote convaincu est versé en octobre 1914 dans une unité d’active : le 95e RI. Il va combattre notamment à Verdun…

          Le 8 avril 1915, alors qu’il est devenu adjudant, il lance, pour encourager ses hommes, ivres de fatigue après des jours et des jours de combats acharnés, et qui prenaient, épuisés, quelques instants de repos, un étonnant « Debout, les morts ! », parce que l’ordre d’attaquer a été donné. Et les « poilus » se lèvent, et repartent en première ligne…

           Ce « mot historique », dont je relate l’histoire dans le Petit Abécédaire de la Grande Guerre  –  Ces mots qui racontent l’Histoire (Le Courrier du livre, septembre 2014), a fait florès, au point d’être mis à toutes les sauces, jusqu’à nos jours, avec une verve emphatique dans la bouche de journalistes et d’animateurs. Voire d’entraîneurs sportifs voulant « réveiller » des joueurs amorphes, apathiques, manquant de combativité !

       Dans le contexte de la Grande Guerre, Maurice Barrès, en particulier, va reprendre la formule, et la monter en épingle pour exalter le sentiment patriotique et nationaliste. Péricard lui-même utilisera ce cri comme titre d’un des nombreux livres qu’il consacrera à la Première Guerre mondiale.

        Jusqu’à sa mort, en 1944, Péricard, journaliste, créateur de l’Almanach du combattant,  sera un militant nationaliste engagé, aux activités multiples. C’est lui qui proposera de ranimer tous les jours la flamme du tombeau du Soldat inconnu, à l’Arc de triomphe. Il est le père du journaliste (de télévision) et homme politique Michel Péricard (1929-1999).

         L’adverbe debout (de de et de… bout ! ; « qui se tient sur un bout ») est un mot invariable, de par sa nature grammaticale : quelques-unes étaient assises, les autres étaient debout ; trente places assises et quatre-vingts debout…

        Les événements dramatiques qui frappent la France depuis mercredi ont remis au premier plan ce mot de debout, qui figure dans de nombreuses expressions employées par des personnages historiques ou par des écrivains, entre  autres.  Généralement,  le  terme  apporte  une  connotation  valorisante  : « L’instinct, c’est l’âme à quatre pattes ; la pensée, c’est l’esprit debout » (Victor Hugo) ; « Un paysan debout est plus grand qu’un gentilhomme à genoux » (Benjamin Franklin)… Et chacun reprend en ce moment le propos de Charb, directeur de  Charlie   Hebdo  : « J’aime mieux mourir debout que vivre à genoux ». Mais les commentateurs et journalistes devraient rappeler que cette formule, sous la forme « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux », revint dans les allocutions de la fameuse « Pasionaria » de la guerre d’Espagne, Dolores Ibarruri, qui reprenait alors elle-même une phrase du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata… Et je n’aurai pas l’imprudence de chercher à attribuer à qui que ce soit la paternité de l’expression : combien de combattants de la liberté, à toutes époques et en tous lieux, républicains, démocrates, libertaires, anarchistes, libres penseurs… ont eu l’occasion de prononcer cette formule !?  Mais on a assurément le droit de préférer une autre formulation : « Mieux vaut combattre, vaincre et vivre debout que survivre à genoux ».

 

JE SUIS CHARLIE