Archives de Tag: Hémicycle

Le mot du 21 juillet 2015

chroniques du 21 juillet 2015

La question du jour :

            « Faut-il mettre une majuscule à hémicycle quand on fait allusion à l’Assemblée nationale ?… »

 

            Oui, car le mot est alors un surnom, donc un nom propre. Cas comparables : «  Botte » pour l’Italie,  « Hexagone » pour la France…  Dans l’Hémicycle,  jeudi, les députés ont échangé des noms d’oiseaux.

 

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La bourde du jour :

            Certain(e)s journalistes jettent, hélas, le discrédit sur la profession, qui devrait être un des plus beaux métiers du monde, consistant à dire avec courage et honnêteté ce qui est, à informer avec rigueur et équité, à expliquer et instruire, et aussi à distraire intelligemment.

            Les lacunes de vocabulaire et de culture, l’absence de vérifications, conduisent quelques-un(e)s à des approximations, à des à-peu-près qui désinforment les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs…

            Pour une journaliste d’une chaîne nationale dédiée aux régions, un sémaphore serait un… « camp militaire » !  Avec combien de régiments, de bataillons installés dans des baraquements ou des tentes, de champs de manœuvre… ?  Non, un sémaphore est, dans le contexte en question, un poste de signalisation et de surveillance de faible superficie installé sur la côte, et tenu par quelques hommes. Leur rôle est de signaler la présence dans cette zone de bateaux ou individus suspects, de veiller à la régulation du trafic maritime et de la pêche, et aussi d’alerter les secours quand ils aperçoivent en mer des bateaux et des personnes en danger. Il est alors en principe plus facile pour des terroristes de s’attaquer à de tels petits détachements plutôt qu’à un camp. D’où l’obligation de renforcer particulièrement la sécurité des guetteurs sémaphoriques de la marine nationale.

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Le mot du 12 juin 2015

guignol

 

            Le bouclage concomitant, et très prenant, de plusieurs livres, ces derniers jours, n’a pas permis de rédiger aussi des chroniques « Mot du jour » (depuis le 5). Je reprends aujourd’hui leur envoi…

            « Faire le guignol » se dit aujourd’hui, et depuis un certain nombre d’années, dans la fameuse langue dite « des banlieues », « bouffonner ». En français plus classique, si l’on peut dire car cela est également familier et populaire,  c’est « faire l’imbécile, faire l’idiot, faire le crétin », voire « faire le con », « débloquer ».

            L’avatar   contemporain   du   guignol   serait   donc   le   « bouffon »   (et la « bouffonne »), penserez-vous… Eh (eh, et non « et », comme une erreur d’orthographe le fait souvent écrire) bien, non !  Dans la tchatche des cités, l’acception  de  « bouffon(ne) »   ne  correspond  pa s à « plaisantin », « rigolo », « gugusse », charlot », mais à « nul(le) », « moins que rien », « con(ne) » et autres amabilités du même tonneau, ou du même caniveau.

            D’une façon générale, attention aux acceptions et à l’emploi de guignol : ce vocable s’applique aussi bien à quelqu’un qui, volontairement, en toute conscience, fait le rigolo, veut amuser, qu’à des personnes involontairement ridicules ou comiques. En particulier, le terme est utilisé à propos d’individus qui, par leur incompétence, leur incurie, leur nullité, ont perdu tout crédit.

            Des phrases comme « Quels guignols ! », « Que faire avec un pareil guignol !? », etc., sont donc ambiguës, et, à l’oral, le contexte et la prononciation devront être explicites. À l’écrit, le contexte, la ponctuation et le recours aux guillemets ou à l’italique doivent éclairer le lecteur.

          Ce nom commun de guignol découle du nom propre de la marionnette créée par le Lyonnais Laurent Mourguet en 1797. Né dans une pauvre famille de tisseurs, Mourguet fera mille métiers avant de se mettre arracheur de dents. On pense que c’est pour attirer les clients qu’il crée alors un petit théâtre de marionnettes, type de spectacle déjà en vogue à Lyon.

            En 1804, il renonce à arracher les quenottes et à vendre des antidouleurs pour se consacrer à ses marionnettes, aidé par le père Thomas, un cordonnier et joyeux buveur qui lui aurait donné spontanément la réplique, et qui, ensuite, serait devenu véritablement un associé de Mourguet.

            Le premier personnage du théâtre de Mourguet aurait été Polichinelle, puis Gnafron aurait été créé, à partir du vrai savetier-comparse, notamment pour remplacer le père Thomas les jours où celui-ci était absent. Guignol n’est apparu qu’ensuite, en 1808 ou 1810. Les historiens sont divisés quant à l’origine du nom adopté par Mourguet et à la physionomie de la marionnette : pour certains, Mourguet aurait sculpté un voisin canut d’origine lombarde, Jean Siflavio Chignol ; pour d’autres, le marionnettiste se serait inspiré de sa propre physionomie, et le nom viendrait de « C’est guignolant ! » (= « C’est tordant ! »), expression d’un ami canut de Mourguet. Ou du père Thomas, peut-être.

            Guignol représentait le canut –  les ouvriers, les petits employés… –, et les textes de Mourguet raillaient la maréchaussée, symbole du pouvoir et des nantis, ainsi que le pouvoir lui-même. Marionnettiste, Mourguet était donc aussi un chansonnier qui eût pu, quelque cent ou cent cinquante ans plus tard, faire les beaux jours du Caveau de la République, du Théâtre des Deux-Ânes, et autres lieux où, en principe, l’on ne se soumet pas à l’autocensure, à l’hypocrisie ni à la veulerie du politiquement correct et du consensus mou

              Par « guignols », on désigne, au Palais-Bourbon, deux loges situées au-dessus des entrées latérales de l’Hémicycle, en raison de leur revêtement de feutrine rouge qui évoque les théâtres de marionnettes. D’autant plus que seules dépassent les têtes de ceux qui y prennent place (photographes, techniciens de télévision…) !

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La question du jour :

            « Doit-on mettre une majuscule au mot maison, par exemple  dans « la maison X… », quand  il désigne une firme, un établissement commercial ou industriel, un magasin… ? »

            Non, il n’y a aucune raison, dès lors que maison n’est pas le premier terme de la raison sociale, n’appartient pas à la dénomination officielle de l’entreprise.  Cela, quelle que soit l’importance de l’entreprise…  La firme Trucmuche n’est pas la firme « Maison Trucmuche ». (De plus, on peut se demander si cela ne pourrait pas poser des problèmes juridiques…)

 

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La citation du jour :

« On passe les trois quarts de sa vie à vouloir sans faire, et le dernier quart à faire sans vouloir. » (Diderot.)