Archives de Tag: Henry de Monfreid

Le mot du 31 juillet 2014

trompe-la-mort

          Aller-retour Paris-Leucate (Aude), plus précisément Port-Leucate, une des quatre composantes de cette vaste commune du Languedoc-Roussillon : à savoir la marina édifiée il y a quelques décennies… Cela, pour une première dictée organisée dans la région, et dédiée à l’étonnant aventurier et écrivain Henry de Monfreid (1879-1974), né « Henri », avec un « i », à la Franqui, autre entité de la commune. La médiathèque de Port-Leucate rend hommage à ce trompe-la-mort qui fut surnommé, au soir de sa longue vie, le « vieux pirate » ou le « sacré vieux corsaire ».

          Des photographies prises le plus souvent par Monfreid lui-même, dont des clichés stéréoscopiques, constituent de remarquables témoignages sur la corne de l’Afrique et la mer Rouge des années 1915-1940. Par ailleurs, des tableaux montrent que notre homme, tout comme son père, avait des dons artistiques… George (sans « s ») de Monfreid (1856-1929), né à New York d’une mère française et d’un père américain, et qui adopta ensuite le prénom de George-Daniel, ne fut pas, en effet, sans talent, tant dans les portraits que dans les paysages. Collectionneur d’art, mécène grâce à la fortune familiale, le père d’Henry de Monfreid fut proche des pointillistes, puis des nabis, et devint un grand ami de Gauguin.

          Trafiquant d’armes, de perles et de hachisch, contrebandier, espion, le fluet Henry de Monfreid ne supportait pas le cocon petit-bourgeois que la fortune familiale eût pu lui assurer. Il l’explique ainsi dans une lettre à sa femme, en 1914 : « [C’est] évidemment émaillé de vagues risques, mais c’est diablement passionnant et cette existence d’imprévus est absolument indispensable à ma raison de vivre ». Les « vagues risques » sont, il va de soi, une belle litote !

      Il est proprement ahurissant, « bouleversifiant », comme aurait dit le producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier, que cet aventurier sans armée, certes très musclé mais à la carrure bien peu imposante, ait pu vivre quasiment un siècle alors que tous les jours, pendant des décennies, il risqua sa vie, face au vent mauvais, face à une mer peu amicale, face à de nombreux concurrents ou ennemis… La lecture de ses très nombreux et passionnants ouvrages montre à combien de dangers mortels Monfreid échappa. Le terme de trompe-la-mort (mot composé invariable, puisqu’il est issu d’une phrase : « qui trompe la mort » ; donc : des trompe-la-mort) lui est par conséquent tout à fait adapté !

          Le mot s’applique à une personne très âgée, que la mort semble oublier ; ou bien à une personne qui échappe à de multiples grands dangers ou qui réchappe d’une grave maladie. Le terme est assez souvent employé avec une connotation plaisante, humoristique ! Alphonse Daudet est l’un des premiers écrivains à l’avoir employé, dans le Petit Chose.

          … Nouveau déplacement, les 2-3 août, pour répondre à l’aimable invitation des organisateurs du très vivant Salon du livre de Kercabellec (Mesquer-Quimiac), en presqu’île guérandaise (Loire-Atlantique), qui nous ont fait l’honneur de nous demander de présider l’édition 2014.

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Le mot du 26 juillet 2014

sauvagerie

            Les familiers de ce site l’ont compris : la rubrique nommée « Le mot du jour » ne signifie pas qu’il s’agit d’une chronique quotidienne, rédigée 365 jours sur 365… Du moins, pour l’instant. Ainsi, l’enchaînement de l’organisation d’une première dictée à Leucate (Aude) mercredi 30 juillet, en hommage à l’écrivain et aventurier Henry de Monfreid, et de la présidence d’honneur du Salon du livre de Kercabellec (Mesquer), en Loire-Atlantique, dimanche 3 août, va « manger » du temps.

            Mais certains « mots du jour » peuvent servir plusieurs fois ! Prenez machette, tout récemment traité : un nouveau  fait-divers survenu à Roquemaure ce samedi 26 juillet, montre la banalisation de l’emploi de ce sympathique instrument, non pour couper la canne à sucre, mais pour blesser ou peut-être tuer autrui. Des « bandes » se sont affrontées dans cette commune du Gard où naquit… Placide (!) Cappeau, auteur du texte de Minuit, chrétiens, cantique mis en musique par Adolphe Adam. Disposant de tout un arsenal de haches, de battes de base-ball, de marteaux, de barres de fer, peut-être même d’armes à feu selon des témoignages, les frustes belligérants s’en sont pris aussi, comme toujours, aux voitures, aux poubelles…

            La brutalité, la violence, la bestialité – employons les mots justes ! – déployées par ces individus sont à des années-lumière de la France des… Lumières et des idéaux démocratiques. Sauvagerie est également un terme approprié, non pas au sens de « comportement d’une personne qui fuit les contacts et recherche la solitude », mais avec l’acception de « caractère inhumain, barbare, d’une personne ». Victor Hugo semble avoir été le seul utilisateur-créateur (dans sa correspondance) du synonyme sauvagisme…

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            Un de nos fidèles correspondants s’interroge sur le trait d’union dans fait-divers, mentionné dans un récent « Mot du jour ». Je maintiens cette graphie, parce que, selon moi, ce syntagme est devenu le plus souvent un nom composé spécialement employé au sens journalistique. Ce n’est plus un simple fait banal, varié, divers, mais un événement entrant dans la rubrique des faits-divers. De plus, le trait d’union à fait-divers permet d’unifier avec le nom composé à trait d’union obligatoire faits-diversier(s), terme de journalisme avéré. Faits-divers étant un mot au pluriel quand il s’agit de dénommer la rubrique spécialisée consacrée aux accidents, aux crimes, etc., le journaliste affecté à cette rubrique doit donc traiter LES faitsdivers. Cela entraîne forcément et logiquement le maintien du pluriel à faits dans un faits-diversier, des faits-diversiers.