Archives de Tag: Italie

Le mot du 21 décembre 2015

« victoire à la Pyrrhus »

      Qu’il s’agisse des récentes élections régionales en France ou bien des élections générales en Espagne de ce dimanche 20 décembre 2015, les commentateurs tout comme un certain nombre de dirigeants politiques parlent de « victoire(s) à la Pyrrhus ». Cela, à propos du ou des partis réputés être sortis vainqueurs des urnes…

             Considéré comme étant l’un des plus grands hommes de guerre de son temps  –  après Alexandre  –,  le roi d’Épire (puis de Macédoine et de Thessalie) Pyrrhus Ier faillit vaincre Rome et imposer la suprématie de l’hellénisme. Les querelles et rivalités entre cités grecques le privèrent à plusieurs reprises des réserves en hommes et en moyens matériels qui eussent été nécessaires face à la puissance romaine.

            Pyrrhus Ier (vers -312 av. J.-C.  –  -262 av. J.-C.) menaça en effet Rome en Italie même, en intervenant dans la Grande-Grèce, c’est-à-dire dans la partie méridionale de la Botte où les Grecs avaient établi des colonies, notamment à Tarente. C’est cette dernière cité, qui, craignant des attaques romaines, appela à l’aide Pyrrhus… Ce dernier vainc les Romains à Héraclée (-281), puis les met en déroute à Ausculum (-279), mais au prix de telles pertes qu’il aurait constaté, lucide (les versions varient, mais l’idée est identique) : « Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains… je rentrerai seul en Épire ».

            Ce « mot historique » a alors donné naissance à l’expression victoire à la Pyrrhus, qui s’applique à des succès trompeurs, aux résultats très aléatoires, quel que soit le domaine.

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Des soucis ont entraîné, entre autres, le retard de la publication du concours de fin d’année. Ce sera chose faite dans la journée. Les réponses devront être envoyées avant le 3 janvier à minuit. Les cinq premières réponses exactes, complètes, seront récompensées (à défaut, les réponses les plus approchantes).

           

 

Le mot du 11 août 2015

médaille

 

     Après quelques journées de chauvinisme quelque peu exalté, de commentaires pleins d’un enthousiasme  sympathique ou par trop entaché d’enflure, un certain nombre de médias reviennent à plus de mesure, de sobriété, de justesse, au sujet du nombre des médailles remportées par les nageurs français aux championnats du monde qui viennent de se dérouler à Kazan, en Russie.

            La France est revenue avec 6 médailles sur les quelque 120 distribuées. Les États-Unis en ont remporté 23, l’Australie 16, la Chine 13, la Grande-Bretagne et la Hongrie 9, la Suède 6 aussi, l’Italie 5, et une demi-douzaine de pays 4 médailles chacun…

            Versant tout à coup, à l’inverse, dans le pessimisme, certains mettent alors en évidence que les nageuses françaises sont revenues bredouilles et que les médailles masculines sont dues aux mêmes athlètes, qu’il n’y a pas de relève à l’horizon, etc. Ils ne voient plus, ces commentateurs, que les… revers des médailles !

            Médaille est issu de l’italien medaglia, qui a désigné une petite monnaie ancienne d’une valeur d’un demi-denier, qui fut en usage dans les États pontificaux, dans le nord de l’Italie, à Malte… En français, le terme est donc apparu, à la fin du XVe siècle, pour dénommer une pièce d’or circulant en Italie et au Levant. Puis le mot désignera une pièce de métal précieux attribuée en récompense de services, de certains mérites, et aussi une plaque de métal décernée aux membres de certaines professions (médaille de garde champêtre).

            De nos jours, on ne traite plus de « vieille médaille » une femme âgée, mais médaille en chocolat se dit toujours pour parler d’une récompense de peu de valeur…

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La bourde du jour

            Personne n’est omniscient, je l’ai dit très souvent…  Toutefois, quand on est journaliste, la réflexion et le bon sens devraient inciter au doute, à la méfiance, et permettre d’éviter de dire ou d’écrire de grosses bêtises. Une journaliste de France 3 Bretagne aurait, ainsi, pu ne pas… désinformer les téléspectateurs,  les  induire  en  erreur.   En  effet, affirmer que La Fayette avait « commandé » l’Hermione est une énormité : le marquis n’a été qu’un passager de la fameuse frégate, car jamais il n’a été marin, jamais il n’a suivi de formation militaire dans le domaine de la navigation…

            Celui qui a testé l’Hermione, puis l’a commandé, emmenant La Fayette en Amérique, est évidemment un marin, lui, qui sera sans doute le plus grand marin du Consulat et finira vice-amiral : Latouche-Tréville (Rochefort, 1745 – mort à bord du Bucentaure, 1804).

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L’articulet « dico » du jour

durer   verbe intransitif

Le participe passé de durer reste toujours invariable : les travaux ont duré trois ans ; les deux semaines qu’ont duré les assises. Le complément n’est pas un complément d’objet direct, mais un complément circonstanciel de temps, qui n’implique pas l’accord.  Il ne peut pas y avoir de réponse aux questions « a duré quoi ? » ou « a duré qui ? ».

Ne pas se laisser influencer par endurer, verbe transitif, lui, qui peut avoir des compléments d’objet directs : les souffrances qu’il a endurées.

 

 

Le mot du 18 juin 2015

rétropédalage

 

            Les commentateurs font ces jours-ci de Mme Ségolène Royal la reine du rétropédalage… Puisque le terme appartient, en premier, au domaine du cyclisme, on pourrait dire de la ministre de l’Écologie qu’elle en est la « petite reine » ! Je précise, pour les Béotiens en cyclisme, que « petite reine » désigne depuis plusieurs décennies la bicyclette des coureurs, en raison du succès énorme remporté par les courses cyclistes, l’essor des grandes classiques et des compétitions par étapes au XXe siècle.

            Mme Royal, face aux vives réactions suscitées en Italie par ce que certains appellent sa « Nutellaphobie » (la ministre a accusé le Nutella, produit de la marque italienne Ferrero, de contribuer gravement à la déforestation en raison de son recours massif à l’huile de palme), et alors que les relations entre Rome et Paris sont déjà tendues à cause du problème des migrants bloqués entre Vintimille et Menton, a décidé de faire un pas en arrière, de pratiquer le rétropédalage en présentant ses excuses…

         Pour autant, il semble injuste de faire de Mme Royal la personnification de l’amateurisme en politique, la princesse de l’abandon, l’impératrice de la pirouette, la Palme d’or de la reculade. Depuis des lustres, un grand nombre de politiciens, toutes opinions confondues,  ont pour  démarche « un pas en avant, deux pas en arrière ». Soit parce qu’ils avaient soutenu des dossiers mal préparés, soit parce qu’ils avaient volontairement avancé de pseudo-propositions afin de tester l’opinion publique et de se calquer ensuite sur le sentiment de la majorité. Les reculades découlent aussi, et le plus souvent, de la peur devant les réactions des innombrables groupes de pression et groupes d’intérêt alors que les politiciens sont, dans ce pays, quasiment tout le temps dépendants des multiples campagnes électorales.

        Au sens propre, le rétropédalage (en un seul mot, sans trait d’union) est un système de  freinage sur vélo inventé par l’Allemand Ernst Sachs en 1903 : l’année de la création du Tour de France !  C’est, plus simplement, le fait de pédaler dans le sens contraire au sens normal…

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La question du jour :

« Faut-il dire : « infesté de… » ou « infesté par… » ?

            Les deux constructions sont licites. On dit : « La capitale de ce pays est infestée d’espions… » et aussi : « Cet immeuble est infesté par les cafards ».

La citation du jour :

            « La bravoure procède du sang, le courage vient de la pensée. » (Napoléon Bonaparte.)

 

 

 

 

 

 

Le mot du 10 décembre 2014

principauté

            Le  « Rocher »  est en joie, ainsi que les chroniqueurs (surnommés parfois « les Petits Frères et Petites Sœurs des riches ») férus de châteaux et de titres ronflants : Son Altesse Sérénissime la princesse Charlene de Monaco a donné naissance à des jumeaux !

            La principauté de Monaco suscite, on le sait, des sentiments très divers, antagoniques : paradis fiscal, voire « État voyou », pour certains ; vraie démocratie, séjour paradisiaque pour ceux qui y sont nés, qui sont venus y résider (surtout des privilégiés fortunés), et entretenant le rêve, pour d’autres.

             Il  n’y  a pas de raison de mettre de majuscule à principauté quand  on  dit « principauté de Monaco », même si le terme pourrait relever des cas de majuscules « d’unicité » adoptées lorsque l’on parle de quelque chose n’existant qu’à un exemplaire à l’échelle de la planète, d’un continent, d’un sous-continent, d’un pays, etc. Monaco est en effet – à part quelques micronations anecdotiques peu connues : voir ci-dessous – la seule principauté médiatisée de façon notable. En Europe, en tout cas…

              Employé au sens absolu, pour parler de Monaco, donc, il devrait y avoir cette majuscule dans : la Principauté. Mais les usages orthotypographiques varient, en l’occurrence, et toutes les « marches maison » ne ratifient pas cette capitale.

              Principauté, ce ne saurait être une surprise, dérive de prince et du vieux français principalité, qui aurait évolué sous l’influence de royauté. Le terme eut autrefois l’acception de « dignité de prince, pouvoir d’un prince ». Dans la religion catholique, et selon la classification de saint Thomas, les principautés (ou : les Principautés) constituaient le premier ordre de la troisième hiérarchie céleste…

       De temps à autre, un individu ou un groupe d’individus ont érigé en principauté une parcelle de terre : ainsi la principauté de Hutt River, en Australie-Occidentale, fondée en 1971 par un propriétaire de plusieurs exploitations agricoles en bisbille avec les autorités : Leonard George Casley. Ce dernier, devenu « prince Leonard Ier » et ayant réparti titres nobiliaires et attributions ministérielles entre les membres de sa famille, a émis des timbres, de la monnaie, et même des passeports, sans que le gouvernement australien ne s’émeuve beaucoup. (J’ai raconté l’histoire de ce micro-État dans Curiosités et énigmes de l’Histoire [édit. Albin Michel].)

          Dans les années 1950, en Italie (Ligurie), des habitants de la ville de Seborga revendiquent l’indépendance de leur commune, d’après un statut très ancien de leur localité. Aujourd’hui, cette  principauté de quelque trois cents habitants a pour monarque constitutionnel un promoteur immobilier, Marcello Menegatto, intronisé en 2010 sous le nom de Marcello Ier… La justice italienne n’a pas vraiment tranché l’affaire, car l’État a perdu trois procès contre Seborga, qui, elle, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour faire valoir ses droits à l’indépendance. Cette « comédie à l’italienne » n’est donc pas terminée…

        Le compositeur Edmond Audran est surtout connu pour son opéra-comique, ou opérette, la Mascotte, dont l’intrigue se déroule dans une… principauté italienne imaginaire :   Piombino, où règne Laurent XVII. La « mascotte » en question est une jeune bergère, Bettina, qui porte chance à ceux qui la prennent à leur service, à condition qu’elle reste vierge. Laurent XVII, dont les États ne sont pas au mieux, l’engage, voulant profiter des dons de la jeune fille, et va tout faire pour qu’elle demeure pure !