Archives de Tag: Joseph L. Mankiewicz

Le mot du 14 février 2016

« Les dents qui rayent (ou : qui raient) le parquet »

Cette expression familière est fort usitée à propos d’arrivistes forcenés (hommes et femmes) qui veulent accéder au pouvoir ou à l’argent, aux deux de préférence pour certains. Et à la célébrité…

Balzac aurait pu employer la formule à propos de son Rastignac, et Joseph L. Mankiewicz pour sa Ève (All about Eve, 1950, avec Bette Davis et Anne Baxter ; d’après la nouvelle de Mary Orr, The Wisdom of Eve, parue en mai 1946 dans Cosmopolitan).

De la notion d’ « être affamé » au sens propre on est passé au sens figuré d’avoir faim d’honneurs, d’argent, de pouvoir, d’être ambitieux et avide. Pour atteindre cet objectif, il faut avoir les dents longues, si longues, même – bien plus longues que celles d’un vampire (le carriériste est une sorte de vampire, d’ailleurs) – , qu’elles en viennent à… rayer le parquet !

Habileté, intrigue, flatteries, magouilles, duplicité, etc., les carriéristes ont tout un arsenal à leur disposition pour arriver à leurs fins, s’appuyant la plupart du temps sur les intérêts, rivalités, arrière-pensées d’autrui, notamment en politique ou au sein des grands médias.

 

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La citation du jour

            « Il n’y a pas d’homme cultivé. Il n’y a que des hommes qui se cultivent. » (Maréchal Foch.)

 

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Le proverbe du jour

            « Quand ma fille est mariée, tout le monde la demande. » ( = Quand une affaire jusqu’alors dédaignée a été conclue, parce que quelqu’un s’y est intéressé, quantité d’autres personnes s’y intéressent soudainement.)

 

 

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Le trait d’esprit du jour

            Un jeune photographe avait été envoyé pour tirer le portrait de Winston Churchill, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’homme d’État. Impressionné, le jeune homme dit au vieux lion : « Sir Winston, je suis vraiment enchanté de vous prendre en photo pour vos quatre-vingts ans, et j’espère que je serai encore là pour vos cent ans ». Pince-sans-rire et malicieux, Churchill répliqua gentiment : « Mais, jeune homme, vous me semblez en pleine forme et de bonne constitution. Je ne vois donc pas pourquoi ce ne serait pas le cas. »

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Le mot du 9 mars 2015

figurant 

            Les médias concentrent de plus en plus leur attention sur les stars, sur les vedettes « kankables » (de l’anglais to bank, « rapporter de l’argent »). Cela concerne principalement le cinéma, où, censés attirer des foules de spectateurs, des actrices et acteurs en vue sont courtisés par les réalisateurs… et par les producteurs. Ce comportement finit par brider les scénaristes, par influencer les choix de distribution, par imposer à l’excès des comédiens et comédiennes au jeu parfois réduit à de sempiternelles mimiques rebattues…

             Par ailleurs, les énormes exigences financières des stars, ou les ponts d’or qu’on leur consent spontanément, accaparent les budgets, que ce soit au théâtre ou pour le grand écran. Exunt alors, trop souvent, les excellents seconds  ou troisièmes rôles tenus par de formidables acteurs, et qui donnent de la chair, et bien plus d’intérêt, à une histoire. (Ils sont rares, les longs-métrages de qualité reposant uniquement sur quelques acteurs exceptionnels, tel, assurément, le Limier, de Joseph L. Mankiewicz, avec Laurence Olivier et Michael Caine.) Quant aux petits rôles, qui, multipliés, pourraient assurer du travail à nombre de comédiens, ils sont réduits à la portion congrue…

            Il ne faudrait pas oublier les figurants et figurantes… Comme son nom l’indique, le figurant (la figurante) n’interprète pas un personnage, mais il (elle) le représente, il (elle) le figure. Les figurants… figurent donc dans une ou deux scènes, généralement sans prononcer la moindre parole, mais ne… figurent pas au générique, ni sur les programmes.

            Destinés à « faire nombre », à compléter un groupe, une assistance, une armée, une foule, les figurants sont donc des acteurs dits « de complément », qui sont rarement complimentés, puisqu’on ne leur donne pas l’occasion de se mettre en valeur, en évidence (surtout s’ils doivent porter un masque, une cagoule, etc. !). Au théâtre, le figurant est appelé « hallebardier », par allusion, dit-on, aux nombreux emplois muets de porteurs de hallebardes, de piques, de lances, au sein des tragédies classiques se déroulant dans l’Antiquité gréco-romaine ou bien au Moyen Âge.

          Si le figurant ou la figurante a, comme on dit, une « gueule » ou un physique intéressant, un réalisateur peut décider d’insister sur son visage ou sur toute sa personne. Ainsi, ces modestes acteurs pourront-ils « camper une silhouette », ce qui sera peut-être l’amorce d’une brillante carrière… Le stade suivant consisterait à leur confier le soin de lancer une ou plusieurs répliques, ce qui pourrait les lancer eux-mêmes. Dans ce cas, on dira qu’ils font de la « figuration intelligente ».

            Mais, ensuite, il ne faudrait pas que leur carrière tombe en… pannes, c’est-à-dire se résume à interpréter des rôles sans importance, peu gratifiants à tous points de vue : des « pannes » ou « panouilles », à l’image des personnages joués par Marcello Mastroianni et Jean Rochefort dans Salut l’artiste, d’Yves Robert.

      Au-delà du cinéma et du théâtre, figurants et figurantes, ainsi que les expressions comportant ces termes, ont été repris dans tous les milieux pour parler de personnes dont la présence relève de la décoration, qui se conduisent en potiches… ou qui ne se montrent pas très actives dans leur travail : « Alors, cette nouvelle secrétaire ?…  –  Oh ! Elle a fait beaucoup de cinéma les premiers jours ! Maintenant, elle fait de la figuration… »

            On a traduit par le Figurant le titre anglais, Spite Marriage, d’un des longs-métrages muets de Buster Keaton. Même en noir et blanc, le génial mime, comédien et cinéaste ne se cantonnait pas à un rôle incolore de figurant.