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Le mot du 18 novembre 2015

La bourde (à répétition) du jour (… de tous les jours)

Mercredi 18 novembre 2015

 

          Comment espérer enseigner aux scolaires le bon français, le français correct, d’un bon niveau  moyen, quand la quasi-totalité des journalistes de la radio et de la télévision  (inutile  de parler  des  nombreux présentateurs-animateurs  incultes,  au  vocabulaire, à la culture  et  à   l’ « humour » (sic)  indigents  –  il y a heureusement des exceptions ! )  ne sont pas capables de respecter un accord aussi simple que celui du participe passé de faire suivi d’un verbe à l’infinitif ?…

                 Dernier exemple, seriné en boucle dans la matinée du mercredi 18 : « une femme terroriste s’est faite exploser »…  Si l’on est journaliste, donc en principe capable de raisonner, on voit bien qu’il est absurde de dire : « une femme est devenue exploser ».  En revanche, il faut faire l’accord dans le cas de : « Rosalie s’est faite la porte-parole des mal-logés » =  elle a fait elle-même (= s’) quoi ? la porte-parole…   Accord du participe sur le complément d’objet direct (s’) placé devant le verbe construit avec l’auxiliaire avoir.  

               Il est impossible, car absurde, d’accorder le participe passé fait suivi d’un verbe à l’infinitif :  Laetitia s’est fait faire une robe Ils se sont fait construire une maison.

Le mot du 18 décembre 2014

indécence(s)

            L’indécence n’est pas uniquement le contraire, l’antonyme, de la pudeur, de la chasteté, et un synonyme de lubricité, de stupre, d’obscénité, de débauche, de grivoiserie et compagnie… Elle s’exprime par ailleurs par des comportements moralement vulgaires, par l’immodestie intellectuelle, par une suffisance grossière, par un mépris des convenances, par l’absence d’empathie, par l’indifférence au malheur, aux détresses…

            L’indécence se manifeste tout aussi vulgairement par le comportement de privilégiés de la fortune, qui n’appartiennent aux « élites » que par l’argent et la médiatisation qui l’accompagne. Elle s’oppose à la distinction, à la discrétion, au tact : tout ce qui fait la décence !

         L’indécence éclate aux yeux, aussi, quand elle se manifeste quotidiennement par le sourire béat, épanoui, quasi extatique, de journalistes de télévision chez qui l’autosatisfaction de présenter « le 20 heures » ou ses équivalents l’emporte continûment sur  des sentiments comme la compassion, la bonté, la commisération… Sourire aux lèvres, d’autant plus accentué quand il s’agit d’informations qui vont faire de l’Audimat et les mettre en valeur, certains de ces commentateurs annoncent avec joie, semble-t-il, les attentats meurtriers à répétition, les accidents d’avions ou de cars, les massacres perpétrés par des fanatiques fascistes, racistes et machistes, les drames divers dus à la misère, etc.

          Certes, prenant tout de même conscience, semble-t-il (?), de l’inconvenance de leur jubilation, ces journalistes changent en principe rapidement d’expression pour adopter une attitude neutre. Mais cela ne dure pas – chassez le naturel, il revient au galop ! –, et c’est avec un grand sourire retrouvé qu’ils annoncent, imbus de leur importance, le drame suivant, quittes à emprunter de nouveau pendant quelques instants une mine des plus sérieuses.

            S’agit-il d’un comportement naturellement propre aux narcisses, aux m’as-tu-vu, aux parvenus, aux carriéristes ? Cela est-il sinon provoqué, du moins accentué par des consignes données par les directions des chaînes et/ou les rédactions en chef : ne pas rebuter les sponsors, ne pas démoraliser le téléspectateur-citoyen moyen ?…

            Quelles que soient ses manifestations visibles, ses variantes, ses versions, l’indécence relève toujours d’une détestable, voire haïssable, vulgarité.

 

Le mot du 12 décembre 2014

conspuer 

          À travers le monde, généralement, les dirigeants politiques ne jouissent pas d’une grande vénération de la part de leurs peuples. Leurs résultats, leur gestion des affaires, ne sont, le plus souvent, guère à la hauteur des besoins et des attentes. Et, si un grand nombre de leurs concitoyens sont prêts à prendre en compte les énormes difficultés qu’éprouvent ceux qui doivent assurer la sécurité intérieure, un niveau de vie décent permettant à chacun d’avoir le vivre et le couvert sans avoir à sacrifier les soins, les loisirs, etc., cette compréhension disparaît quand les hommes et les femmes politiques « se servent » plutôt que de servir…

          On voit donc de plus en plus de politiciens adopter des chemins de traverse, au sens propre, pour rejoindre tel ou tel lieu afin d’y prononcer une allocution, d’y présider une inauguration, d’y tenir un meeting. Cela à des heures qui, parfois, évitent de mauvaises rencontres (manifs de contribuables excédés, d’agriculteurs en colère, de chômeurs exaspérés…), devant des assistances réduites mais bien sélectionnées, et – ou – avec un grand train de gendarmes mobiles (et non de « gardes mobiles », comme disent très souvent certains journalistes ayant 60 ans de retard), de CRS et Cie qui, répartis aux alentours, auront rejeté au loin les éventuels ou probables manifestants.

          Ces événements entraînent donc à utiliser souvent le verbe conspuer : Les salariés licenciés du groupe X… ont conspué le ministre lors de sa visite ;  Les partisans de la laïcité ont conspué le chef de l’État, après ses dernières déclarations… Ces phrases sont très correctes : on conspue des personnes, généralement ; plus rarement des choses, dans la langue courante. Les synonymes ou mots de sens voisin qui s’imposent sont donc : huer, siffler, agonir, couvrir de lazzis (de quolibets, d’injures, d’insultes)…

          Conspuer vient du latin conspuere, de cum, « avec », et spuere, « cracher ». Conspuer, c’est donc, littéralement, « couvrir de crachats à plusieurs » ; plus littérairement : « mépriser ». Le terme, en fait, n’a pas, depuis longtemps, l’acception réaliste : ceux qui conspuent ne couvrent vraiment pas autrui, en principe, d’expectorations, alors que compisser et conchier, dont la signification est suffisamment claire sans qu’il soit besoin de s’y appesantir, ont gardé chacun leur sens… naturaliste.

        Mais nous sommes en pleine incorrection lorsque des médias disent ou écrivent, par exemple : « Le secrétaire général du principal parti d’opposition a conspué, lors du dernier rassemblement des délégués départementaux, la ministre de l’Écologie » ! Un individu isolé ne saurait conspuer, puisque l’action exprimée par ce verbe ne peut être effectuée que par un groupe, une foule, une assemblée, un auditoire, une troupe, un public…  

            Conspuer, c’est « manifester bruyamment, publiquement, et EN GROUPE, contre quelqu’un (ou, parfois, quelque chose) ». En français correct, il aurait fallu, dans le dernier exemple, à la place de conspuer, employer critiquer très vigoureusement, vilipender, railler, blâmer vivement, attaquer, accuser, voire, le cas échéant, d’après la virulence et l’angle des attaques : vouer aux gémonies, maltraiter, insulter… !

Le mot du 31 octobre 2014

star

            S’il y a, heureusement, d’authentiques journalistes qui font honneur à la profession, notamment en presse écrite, en respectant la langue française afin de conforter la transmission de l’information avec honnêteté, objectivité, crédibilité, fiabilité – des valeurs quotidiennement appliquées par le Monde d’Hubert Beuve-Méry, de Jacques Fauvet, d’André Fontaine notamment –, cela n’est pas le cas de tous les « journaleux ». Par manque de culture générale, par ignorance ou méconnaissance du vocabulaire, par désinvolture, un certain nombre de ces derniers sont les spécialistes de l’à-peu-près, de l’approximation… Et aussi, par souci de faire du « buzz », de l’enflure, de l’hyperbole, de l’emphase.

            Tous les jours il serait possible d’écrire un gros bêtisier à partir des bourdes, des niaiseries, des âneries, des inepties, écrites ou proférées à la radio et à la télévision, non seulement par ceux qu’au XIXe siècle on appelait des publicistes  (aujourd’hui, un publiciste est un spécialiste du droit public), mais aussi par des animateurs se prétendant chroniqueurs. Sans oublier ceux qui se repaissent de bobards pour alimenter leurs textes, et qu’on appelle pour cette raison des bobardiers.

            Appeler « jeune fille » une fillette de huit ans ne relève pas d’une grande rigueur. Désigner,  sous l’influence du politiquement correct, par « un jeune » un homme de trente-cinq ans habitant une banlieue « difficile » et supposé suivre des études suscite quelque méfiance à propos du crédit à accorder à la totalité de l’article ou du reportage, etc.

            Il apparaît donc aussi comme très inadapté d’accorder, par un abus de langage, le statut de star (littéralement : « étoile »), c’est-à-dire de grande vedette, de grande artiste, de personnalité respectée, à n’importe quelle nymphette vulgaire et inculte mise en avant par des émissions dites de téléréalité.