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Le mot du 3 février 2016

La question du jour  +  la bourde du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour

Mercredi 3 février 2016

ujour03022015

 

La question du jour

            « Comment faut-il écrire : « le jour de l’an », « le Jour de l’an » ou…. ? »

            Fondée sur la logique, le bon sens, les usages implantés, les normes récurrentes du français, l’orthotypographie ne suscite pas trop de débats si l’on considère les centaines et les centaines de cas où elle intervient. L’orthographe de « jour de l’an » fait partie des questions qui sont continuellement en débat…

Ou bien l’on banalise complètement : le premier de l’an, le nouvel an, le jour de l’an…, ou bien l’on considère qu’il s’agit d’une date exceptionnelle de l’année. Dans ce cas, on écrit : le Nouvel An (la majuscule à An entraînant celle de Nouvel, puisque l’adjectif épithète précède le substantif ; c’est la norme en français [à part quelques exceptions] : le Moyen Âge, la Petite Ourse, le Petit Caporal, la Longue Marche…). L’obligation d’assurer l’unification graphique entraîne alors l’adoption de la majuscule à an dans le jour de l’An. La version « Jour de l’an » détruirait l’unification du texte, et, la « majusculite » ne sévissant pas trop en français, il est déconseillé d’aller jusqu’aux deux majuscules : « le Jour de l’An ».

 

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La bourde du jour

            Consciencieusement répétée sur France 3 à propos de fouilles archéologiques à Rennes, la locution « mettre à jour » (qui, en bon français, signifie « actualiser ») employée fautivement en lieu et place de mettre au jour, c’est-à-dire « mettre à la lumière, révéler… ».

 

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La citation du jour

            « Un modéré, c’est un monsieur qui s’occupe modérément des intérêts d’autrui. » (Jules Renard.)

 

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Le proverbe du jour

 

            « Quand ce que tu as à dire n’est pas mieux que le silence, tais-toi ! » (proverbe indien)

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Le mot du 16 janvier 2016

La question du jour + la bourde du jour  + la citation du jour  + le proverbe du jour

 

La question du jour

            « Comment faut-il écrire : « Je veux le cent vingtième de la somme », ou bien : « Je veux le cent-vingtième de la somme » ? »

            On écrit : « Le cent vingtième coureur vient de franchir la ligne d’arrivée », de même que : « J’ai droit à la cent vingtième part du butin », parce que, dans ces deux exemples, cent vingtième est un adjectif.

            Mais, si on le substantive, deux cas se présentent : 1° ou bien le mot composé garde sa fonction ordinale, et il continue à ne pas prendre de trait d’union : « C’est le cent vingtième à répéter la même phrase ! » ; 2° ou bien il exprime une fraction, et dans ce cas seulement il prend un trait d’union : « J’exige le cent-vingtième des fonds ! ».  C’est donc ce 2° qui fournit la réponse à votre question.

 

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La bourde du jour

            Dénoncée entre autres par le Canard enchaîné, il s’agit d’une bévue de ponctuation qui a fait beaucoup parler ces tout derniers jours, parce qu’elle touche un point sensible de l’actualité… Sur la plaque déposée en hommage aux victimes des attentats terroristes de Paris, Montrouge et Saint-Denis, le texte gravé en majuscules se termine par : « Ici même le peuple de France leur rend hommage ». Faute de ponctuation, ce texte est ambigu, car on peut comprendre : « Ici, même le peuple de France leur rend hommage » (avec une virgule derrière ici ) ! La signification serait alors : « C’est extraordinaire ! Non seulement les dirigeants, les hommes politiques, les élites rendent hommage aux malheureuses victimes, mais le bon peuple, la « France d’en bas » disait M. Raffarin, s’y joint aussi… »

Pour exprimer au mieux les sentiments de la nation, il aurait fallu tout simplement mettre une virgule après ici même : « Ici même, le peuple de France leur rend hommage »… Une fois de plus (après la faute d’orthographe sur le nom de Wolinski dans le texte d’une plaque officielle), je signale à toutes les « élites » chargées de la signalétique en tous ses états, de la réalisation d’affiches, de panneaux, de plaques, etc., qu’il existe de vrais professionnels aguerris à la relecture et à la révision de tous textes, sur tous supports, et qui s’appellent des correcteurs. Si, entre autres, l’Administration, des organismes officiels, ou non, sont en peine de trouver ces « chasseurs de perles et pêcheurs de coquilles », ils peuvent me contacter.

L’ami Gérard Chevalier, lui-même correcteur, me signale une « hénaurmité » sortie par une personne à qui, justement, il expliquait en quoi consistait l’erreur de ponctuation ci-dessus évoquée : « Mais, monsieur, il n’y a pas de ponctuation dans les textes en majuscules ! ». Cette dame doit sans doute aussi être persuadée qu’il ne faut pas mettre d’accents sur les majuscules. Pour elle, peu importe qu’on écrive « PALAIS DES CONGRES » pour PALAIS DES CONGRÈS, « UN SOLDAT TUE » pour UN SOLDAT TUÉ, « ALAIN JUPPE » pour ALAIN JUPPÉ…

 

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La citation du jour

            « On ne comprend pas plus la vie à quarante ans qu’à vingt, mais on le sait, et on l’avoue. C’est ça, la jeunesse. » (Jules Renard.)

           

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Le proverbe du jour

            « Nous ne connaissons la valeur de l’eau que quand le puits est à sec. »

Le mot du 11 mai 2015

phébus

            Boileau doit rugir de fureur en se frappant le front tandis que Molière et La Bruyère doivent se pâmer d’aise, voire se taper les fesses par terre,  de même que l’ensemble des humoristes spirituels qui ont fustigé la bêtise,  ridiculisé l’emphase de baudruches,  la bouffissure arrogante, la cuistrerie, l’infatuation, la présomption, la verve pompeuse…  Jules Renard, Alfred Capus, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Cami, Maurice Donnay, revenez : vous avez du grain à moudre, comme disent les politiciens et les dirigeants syndicaux !  Pierre Dac, Jean Yanne, et vous les chansonniers de grande allure qui, en vrais fous du roi, disiez leurs quatre vérités aux gouvernants, revenez aussi : les épigrammes doivent ressortir !…

            Alors que les citoyens ayant les pieds sur terre déplorent, quelles que soient leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, la baisse du niveau scolaire en ce qui concerne les bases fondamentales (lire, écrire, compter) et l’abandon des objectifs républicains : amener la totalité d’une population au plus haut niveau d’instruction et de culture possible, compte tenu des capacités et des aptitudes de chacun, de hauts fonctionnaires de l’éducation nationale, chargés de présenter des réformes utiles, pondent des textes ridicules relevant de l’amphigouri, du pathos, du charabia, du galimatias, du phébus…

            Phébus est un nom commun qui vient du nom propre de Gaston Phébus, plus précisément Gaston III de Foix (ou : de Foix-Béarn), fort brillant seigneur du XIVe siècle, auteur d’un renommé Livre de chasse.  Mais le style en fut jugé pompeux, et creux le contenu. D’où l’expression qui fut fort utilisée : donner dans le phébus :  « écrire et parler dans un jargon incompréhensible et pompeux, afin de masquer la vacuité du propos ».

            À l’issue – peut-on supposer, vu la profondeur abyssale de nombreux  passages des textes produits – de longues cogitations et de réflexions hors du commun, de hauts fonctionnaires censés réfléchir à la meilleure façon de former des têtes bien faites et bien pleines ont délivré le fruit croquignolet de leur transpiration…  Les élèves et leurs parents ont donc appris que l’éducation nationale va dorénavant enseigner aux scolaires comment « se déplacer de façon autonome, plus longtemps et plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé ». Si si !   Il y a trente ans, on aurait dit : « apprendre à nager dans une piscine ».

            Si l’on consulte la colonne « Ressources mobilisables par l’élève », on y apprend que celui-ci devra : «  Construire des points d’appuis efficaces favorisant un déplacement fluide. Maîtriser un effort associé à une respiration  « aquatique ». Prendre des informations sur soi pour favoriser un déplacement efficace et économique. Accepter les conditions particulières de l’apprentissage de la natation : peur de l’eau et exposition du corps au regard . »

            Encore de courts extraits de cette prose, pris çà ou là dans le texte diffusé : pour bien jouer au badminton ou au ping-pong, un élève devra « interpréter seul le jeu pour prendre des décisions et rechercher le gain d’un duel médié (?!) par une balle ou par un volant ». Le scolaire n’apprendra plus à courir, mais, ô nouveauté extraordinaire, à « créer de la vitesse », afin de « l’utiliser pour réaliser une performance mesurée, dans un milieu standardisé ».

            Au concours Lépine de l’amphigouri inutile, ces hauts fonctionnaires à l’indice administratif sans doute très élevé seraient bien placés pour une médaille d’or… J’invite d’ores et déjà mes confrères de l’académie Alphonse Allais à décerner au début de 2016 un « Alphonse » à ces génies du pathos, à charge pour ces derniers de venir chercher leur prix au Théâtre de la Huchette, à Paris.  Peut-être même faudrait-il créer une décoration spéciale, une médaille particulière…

            Nous incitons ces hauts fonctionnaires, en tout cas, à lire Boileau, La Fontaine, Molière, La Bruyère et bien d’autres bons auteurs, en leur suggérant par ailleurs de bien maintenir au programme les œuvres de ces écrivains. Tout est dit, et en une phrase, par Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Et délaissons les Trissotin et Vadius de Molière pour reprendre le portrait d’Acis, dressé par La Bruyère : « Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid. Que ne disiez-vous : « Il fait froid » ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : « Il pleut, il neige ». Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m’en féliciter ; dites : « Je vous trouve bon visage ». – Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et, d’ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant ? Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus ; vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l’étonnement : une chose vous manque, et c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. […] »

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Le clin d’œil du jour :

            Vous avez échappé, dans la précédente chronique du jour « En tournée à La Havane », à la question : « Pourquoi les églises sont-elles fermées, à Cuba ? ». Vous aurez tout de même droit à la réponse : « C’est parce que l’on trouve que les fidèles cassent trop ! ».

Mais vous avez droit ici au dingbat :

                            A6  =  At

certainement aisé à déchiffrer !  ☺