Archives de Tag: Jura

Le mot du 23 février 2015

congère

            Le ton dramatique adopté (volontairement, pour faire le « buzz » ?) par des journalistes peut-être peu aguerris envoyés en reportage dans les Pyrénées ou dans les Alpes doit bien faire rire les habitants de ces régions. Surtout ceux qui, ayant un certain nombre de printemps, ont connu bien des hivers. Eh oui, en hiver il peut faire froid, et il peut neiger, voire geler !…  En effet, en février-mars, il peut y avoir des avalanches !…  Effectivement, des éboulements peuvent se produire, coupant momentanément des chemins, des sentiers ou des routes !

        S’il existe, bien sûr, des épisodes sérieux, des situations passagèrement préoccupantes, où l’approvisionnement de villages n’est pas assuré pendant quelques heures (d’ailleurs, les vrais Savoyards, Jurassiens, Pyrénéens ou Auvergnats savent prendre leurs précautions), où les communications avec des hameaux sont malaisées, cela ne justifie pas une dramatisation excessive servie par des inflexions lugubres grotesques… D’autres événements, eux, méritent d’être traités avec gravité.

            Si l’été est la saison des… glaces (à la vanille et autres parfums !), l’hiver, notamment, s’accompagne de congères. Par congère, on désigne un grand amas de neige tassée par le vent. Les congères (du latin congerere, « entasser, amonceler, amasser »)  peuvent non pas « obturer », comme on le lit parfois, mais obstruer un chemin ou une rue.

            « Congère de neige » est un pléonasme du même type que « dune de sable » ou « hémorragie de sang »  : une dune est uniquement formée de sable ; une hémorragie est un écoulement de sang;  une congère est exclusivement un amas de neige ! L’Auvergnat Henri Pourrat (1887-1959), dont il serait bon qu’on lût encore au moins son Gaspard des montagnes, l’expliquait d’ailleurs dans cet ouvrage : « Sur les plateaux, […] la brise enlève la neige et la roule en grands bancs qu’on nomme congères ».

Publicités