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Le mot du 29 juin 2015

battre la campagne

            Depuis de nombreuses semaines,  le président de la République parcourt la France et le monde à un rythme soutenu, très soutenu…  « Excessivement »,  disent de plus en plus ouvertement certains, qui mettent en parallèle l’absence de résultats tangibles dans le domaine de l’emploi et de l’économie, entre autres,  et le nombre des heures consacrées à des déplacements : commémorations diverses, inaugurations de chrysanthèmes, manifestations de compassion au moindre accident,  ruban à couper pour l’érection d’un bâtiment,  multiples décorations à distribuer…

        Faut-il voir dans ces très fréquents déplacements, notamment ceux effectués en France,  un excès condamnable, déraisonnable, qui nuit à l’exercice des lourdes tâches incombant au chef de l’État, sous la Ve République ?…  Doit-on y déceler l’attitude d’un président sortant déjà en campagne électorale en vue d’une éventuelle réélection ?…  Ou bien s’agit-il du comportement normal, bien naturel, d’un hôte de l’Élysée ?… À chacun sa réponse, sans doute.

       S’ils sont entrés, deux ans avant l’échéance électorale, en campagne politique, on dit alors d’un homme ou d’une femme politique qu’ils se mettent en campagne, qu’ils battent la campagne, au sens de « battre le terrain » afin de rencontrer, et de convaincre, les électeurs.  Dans le domaine de la chasse, battre la campagne signifie parcourir les terres çà et là afin de faire lever le gibier, et l’expression a été étendue au sens de « chercher quelqu’un qui s’y terre, qui s’y est caché… voire qui s’y est perdu » (cf. faire des battues). Les électeurs peuvent-ils être assimilés à du gibier à poil ou à plume ?

            Quand un locuteur ou un scripteur se perd dans son propos, dans ses raisonnements, quand il s’égare aussi  çà et là dans des digressions de plus en plus oiseuses, on dit également qu’il bat la campagne (ou que son esprit, son imagination, son discours, ses livres… battent la campagne). Commentant la maladresse de la follette Perrette emportée par ses rêveries  (la Laitière et le Pot au lait), La Fontaine ne dit-il pas : « Quel esprit ne bat la campagne ? / Qui ne bâtit châteaux en Espagne ? »

 

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 Information qui suscite l’émotion au sein de tous les défenseurs de la langue française :

 

            Seul organisme habilité à délivrer un titre de correcteur reconnu par le ministère du Travail et enregistré au répertoire national des certifications professionnelles, Formacom (naguère Coforma), école de formation au simple statut d’association, est menacée de disparaître…

            Que se passe-t-il donc ?…  Alors que les bilans de placement des dernières années montrent toujours des chiffres réguliers et très satisfaisants : 50  à 70 %  six mois après le stage, plus de 90 % un an après la formation, et alors que de nombreux candidats, notamment des demandeurs d’emploi désireux de se reconvertir, souhaitent bénéficier de cette formation qualifiante, ces derniers sont privés de financements publics (alors même que la lutte contre le chômage est la première des causes nationales).

     Au fil des années, en effet, les financements publics (par les conseils régionaux, par les conseils généraux, par Pôle emploi…) se sont réduits comme peau de chagrin, jusqu’à aboutir à la situation dramatique actuelle : privés de financements publics, de nombreux demandeurs d’emploi, ne pouvant bien sûr pas payer la formation par eux-mêmes, sont dans l’obligation de se désister, ce qui, par voie de conséquence, risque d’entraîner la cessation d’activité de cette école associative ( = qui n’a pas pour objet de faire des bénéfices) et la mise au chômage des deux derniers employés.

            Cela aurait aussi des conséquences néfastes pour la défense de la langue française : la disparition progressive des correcteurs-réviseurs professionnels, qui luttent au quotidien pour que le français reste au niveau qui doit être le sien serait catastrophique.

 

Chacun peut manifester rapidement son soutien, sa solidarité, à :

Formacom, 19, rue Honoré-d’Estienne-d’Orves, 93500 Pantin. Tél. : 01 56 96 07 20 ; secretariat@formacom.net

voire intervenir tous azimuts, dans la mesure de ses moyens, auprès de personnalités, auprès des médias, auprès d’organismes publics. Merci.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mot du 19 mars 2015

épelure

               Le mot maire, épelé, donne, à l’oreille, à peu près : « Aime à y errer »… Alors, il y a quelques décennies, M. Pierre Ziegelmeyer inventa le mot épelure pour désigner les locutions, expressions, voire des phrases entières, plus ou moins drôles, plus ou moins subtiles, plus ou moins sensées, résultant ainsi de l’épellation.

            Avec maire, on peut imaginer un ancien édile qui, battu aux municipales, hante les couloirs de la mairie, car il « aime à y errer » !…

            L’épelure la plus intéressante est sans doute celle que l’on peut faire avec le prénom Mahaut, un prénom qui fut, notamment, celui d’une comtesse d’Artois magnifiquement dépeinte par Maurice Druon dans ses Rois maudits. L’actrice Hélène… Duc (!) y étincela dans la superbe série télévisée que filma, dans les années 1970, Claude Barma sur une adaptation brillante de Marcel Jullian. Variante de Mathilde, Mahaut donne, « en épellation contrôlée » : « Aima à chahuter ».

        Mais cette épelure est surpassée si l’on prend le nom du poète et compositeur Guillaume de Machaut, car on obtient alors un développement plus long… mais plus restrictif néanmoins : « Aime ASSEZ à chahuter » !

            Parmi les épelures possibles, citons : « Aima et rit » pour mari, « S’est hérissé » pour cric, « Ému était » pour muet, « obéi » pour obi, « À chaud, aime, émeut » pour homme. Voire un « Était athée » pour État  (ce qui va conforter les adversaires de la laïcité…) !

            L’épelure est donc le contraire du « condensé » style NRJ pour énergie, FMR  pour  éphémère,  RIC  pour hérissé/hérisser,  etc.  Ce  que  l’on   appelle  le « langage texto », mais qui existait bien des lustres avant l’arrivée des SMS, qui n’ont rien inventé !

            Dans les deux démarches, chacun peut voir à quel point l’on peut jongler avec les mots, car un très grand nombre de ceux-ci présentent des particularités, des singularités inattendues et amusantes. C’est pourquoi maîtriser le français est une nécessité et un plaisir.

La citation du jour :

            « Lynx envers nos pareils et taupes envers nous,

                Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes. »

La Fontaine, la Besace.