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Le mot du 25 juin 2016 (3)

La bévue du jour

 

            « Sur cette route, la distance entre chaque arbre est la même » (sic)… Il faudrait, semble-t-il, renvoyer au C.E. ou au C. M. un certain nombre d’auteurs et de rédacteurs qui n’ont pas bien compris la notion d’intervalle !   ☺

Dans l’espace, un intervalle est la distance plus ou moins longue entre un point et un autre, entre DEUX choses. Or « chaque arbre » veut dire : « chacun des arbres », et ne désigne donc qu’une chose… Il relève du non-sens, de l’absurdité, de parler d’une distance qui serait entre une chose !

La formulation sensée est : « Sur cette route, la distance entre les arbres est identique », ou : « Sur cette route, la distance entre deux arbres est toujours constante »…

Cette bévue grossière est récurrente…  Jacques Dumeunier, qui fut correcteur, notamment au Monde, l’a relevée récemment dans un quotidien national, et me l’a signalée tout récemment.

 

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Le mot du 30 juin 2015

Correcteurs (suite)…

 

        Alors que Formacom, seule école de formation habilitée à délivrer le titre de correcteur reconnu par le ministère du Travail et enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles, est menacée de fermeture faute d’aides publiques pour les demandeurs d’emploi qui souhaitent devenir correcteurs, il n’est peut-être pas inutile de reproduire ci-dessous deux textes concernant une profession méconnue qui contribue grandement à assurer à la langue française le niveau qui doit être le sien…

a)  En mars 2012, le futur président de la République, M. Hollande, en réponse à la question d’une correctrice, dans une coopérative d’activités et d’emploi, déclara : « Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel, on ne va pas corriger simplement par des logiciels, il y a ce qui s’appelle tout simplement l’intervention humaine, parce que ce n’est pas simplement l’orthographe, c’est la qualité de la langue et la clarté de l’expression. C’est ça, votre rôle. »

b)  Dans sa chronique du mercredi 18 juin 1997, intitulée « La maison de correction », Pierre Georges, rédacteur en chef du Monde, à propos d’une coquille  laissée dans un article consacré au… bac philo, assumait la responsabilité de la rédaction, et dédouanait les correcteurs, auxquels, faute de temps, l’article imparfait n’avait pas été soumis. Il en profitait pour dresser avec verve  et  talent  un  bel hommage à ces « pêcheurs de perles » scrupuleux, à ces « nègres littéraires » discrets, surtout indispensables, qui sauvent même des réputations d’écrivains et de journalistes.

            « […] Et les correcteurs, direz-vous ? Les correcteurs n’y sont pour rien. Les correcteurs sont des amis très chers. Une estimable corporation que la bande à Colignon ! Une admirable entreprise de sauvetage en mer. Toujours prête à sortir par gros temps, à voguer sur des accords démontés, des accents déchaînés, des ponctuations fantaisistes. Jamais un mot plus haut que l’autre, les correcteurs. Ils connaissent leur monde, leur Monde même. Ils savent, dans le secret de la correction, combien nous osons fauter, et avec quelle constance. Si les correcteurs pouvaient parler !

            Heureusement, ils ont fait, une fois pour toutes, vœu de silence, nos trappistes du dictionnaire. Pas leur genre de moquer la clientèle, d’accabler le pécheur, de déprimer l’abonné à la correction. Un correcteur corrige comme il rit, in petto. Il fait son office sans ameuter la galerie. Avec discrétion, soin, scrupules, diligence. Ah ! Comme il faut aimer les correcteurs, et trices d’ailleurs. […]  Parfois, au marbre, devant les cas d’école, cela devient beau comme un Rembrandt, la Leçon* de correction !  »  

* Le L majuscule indiqué par Pierre Georges renvoie à l’un des chefs-d’œuvre de Rembrandt : la Leçon d’anatomie du docteur Tulp (c’est le titre le plus employé à propos de ce tableau).

Le mot du 3 juin 2015

négligence 

         L’éducation nationale a le chic pour attirer l’attention, ces derniers temps. Mais  pas  pour  ses  qualités…   Je  ne  reviendrai  pas  sur  le  jargon  grotesque,  « guignolesque »  oserai-je,   des   fonctionnaires   pédants   qui  ont  rédigé   (cf.  « Phébus », chronique du 11 mai 2015) des définitions telles que : « se déplacer de façon autonome, plus longtemps et plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé » pour le trop simple, sans doute, « nager en piscine »…

         J’imagine combien l’ami Alain Rey a dû s’esclaffer à la lecture de ce charabia affecté, et combien Jacques Cellard, instituteur, linguiste et romancier,  qui tint avec humour et talent la chronique « Langue française » du journal le Monde – et notamment grand spécialiste de la langue populaire, de l’argot  –  se serait étranglé de rire…

       En ce début juin, les fonctionnaires de l’éducation nationale ont dû avoir les oreilles qui sifflaient : le… buzz s’est fait autour de deux grossières fautes d’orthographe laissées l’une dans la convocation aux épreuves ES du baccalauréat de l’académie de Besançon, l’autre émanant des académies de Créteil-Paris-Versailles, au sujet du « Diplôme National du Brevet » (= majuscules pleines de bouffissure, et totalement injustifiées !).

      Dans le premier cas, on a pu lire : « Aucun numéro d’inscription ne sera communiquer », et, dans le second, « L’utilisation des téléphones portables, Smartphones ou tout autre appareil électronique est interdites ». Bien évidemment, il n’est pas question de parler de fautes dues à l’inculture, à l’ignorance.   Chacun   voit   bien qu’on ne pourrait pas dire : « ne sera transmettre »,   mais   bien : « ne sera transmis », et que le sujet est au singulier : « L’utilisation »…  d’où : « est interdite ».

       Non, il y a, en l’occurrence, du relâchement, de la désinvolture, du laisser-aller, de la négligence…  Ce qui est très regrettable, fâcheux, s’agissant de textes émanant de l’éducation nationale.

       Il ne faut pas faire toute une montagne de deux fautes d’orthographe, et vouer aux gémonies, en conséquence, toute l’éducation nationale, enseignants compris. Mais le rapprochement entre les deux faits survenus à quelques semaines de distance conduit à faire le constat suivant : d’un côté, on passe sans doute beaucoup de temps à chercher midi à quatorze heures, à couper les cheveux en quatre, pour aboutir à la rédaction de textes prétentieux, amphigouriques, pédants, cuistres, alors que, d’un autre côté, on n’assure pas le minimum des règles de base, fondamentales, essentielles.

         Si les fonctionnaires de l’éducation nationale n’ont pas le coup d’œil lors de la saisie et – ou – de la relecture de leurs textes avant publication, il est alors peut-être bon de rappeler à Mme Vallaud-Belkacem qu’il existe des correcteurs-réviseurs, de vrais professionnels rompus à la relecture rigoureuse de tous textes : livres, journaux, articles sur le Web, etc.  Il n’y a jamais de honte à faire relire ses textes par d’autres paires d’yeux, dès lors que cela assure la qualité des écrits au service des lecteurs, au service des usagers de la langue française, au service des citoyens.

        Négligence vient du latin negligentia (ou : neglegentia), « insouciance, manquement, faute, péché, oubli de ses devoirs… ».

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La citation du jour :

            « Le sot a un grand avantage sur l’homme d’esprit : c’est qu’il est toujours content de lui ! » (Napoléon Bonaparte.)

Le mot du 31 janvier 2015

incurie

            Plus d’un désastre, politique ou économique,  est dû* au laisser-aller, à l’insouciance,  à la négligence, à l’incompétence, à la sous-estimation aveugle des problèmes, voire à la dissimulation volontaire de difficultés.  Ce manque total  d’attention, de soin, de souci, de courage, dans l’accomplissement d’une tâche, dans l’exercice d’une fonction importante, s’appelle l’incurie. Ce terme vient du latin incuria, qui a la même signification.

            Le mot revient souvent dans les médias aujourd’hui au sujet des dirigeants grecs de ces dernières décennies, quel que soit leur parti.

            Il faut alors, obligatoirement, à un moment ou à un autre, « nettoyer… l’incurie d’Augias » ! Calembour, évidemment, sur les écuries d’Augias… à l’origine de l’expression « nettoyer les écuries d’Augias » = adopter une mesure radicale pour remettre de l’ordre.

            Dans la mythologie grecque, Augias, roi d’Élide corrompu, aurait possédé plusieurs milliers de bœufs le plus souvent parqués dans d’immenses étables… jamais nettoyées en trente ans ! Prenant tout de même conscience de l’ignoble saleté de ses étables/écuries, Augias chargea Héraclès (Hercule pour les Romains) de les nettoyer. Cela contre un dixième du troupeau, une fois ce travail titanesque, censé même être utopique, accompli. Nettoyer les écuries d’Augias fit donc partie de ce que l’on appelle les douze travaux d’Hercule.

            Adoptant une solution à la hauteur du problème, Hercule détourna le cours des fleuves Alphée et Pérée, et leur fit traverser les écuries pleines de fumier et de bouses (mais vides de bétail…). En cinq sec (si l’on ose dire), tout fut nickel !  Mais l’escroc Augias, qui pensait bien que ce travail ne serait pas effectué, refusa de payer son dû à Hercule. Celui-ci estourbit donc définitivement le malhonnête. Bien fait !

*Avec plus d’un(e), on accorde  « à l’oreille », au singulier – contrairement à la logique, certes – , sur le mot un(e) : plus d’une heure s’était écoulée, plus d’un enfant portait des baskets…  (Et  avec  moins  de deux l’accord se fait au pluriel, « à l’oreille », également, sur deux : moins de deux appartements étaient en bon état.)

Deux exceptions, avec accord au pluriel : a) quand il y a répétition  de plus d’un(e) : plus d’un cadre, plus d’un employé, plus d’un ouvrier se sont mis en grève ; b) quand la signification du verbe comporte très nettement l’intervention de plusieurs personnes : plus d’une cliente s’arrachaient les robes en solde.

 

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            Sur internet et ailleurs, on trouve des affirmations où l’à-peu-près s’associe à l’inculture. Prenant ces pseudo-informations pour argent comptant,  des personnes naïves répètent alors ces approximations sans se donner la peine de les vérifier…

     Gérard Chevalier, qui, comme bien des correcteurs professionnels (il appartint, notamment, au « cassetin » du journal le Monde), est un puits de culture ne manquant pas d’humour, nous signale avoir vu dans des textes que, selon d’aucuns, squelette serait « le seul mot en -ette de genre masculin ». Que nenni, bien sûr ! C’est oublier, excusez du peu :

lette : langue parlée en Lettonie

transpalette (on dit aussi : un tire-palette) : petit chariot de manutention

magnétocassette : magnétophone à cassettes

exosquelette : formation squelettique externe

Encore : porte-serviette, chauffe-assiette, fume-cigarette, bébé-éprouvette…

Le mot du 2 janvier 2015

timbres-poste

           Les responsables de La Poste (avec son fameux « L » majuscule indiquant que l’on a abandonné, dans les faits, le service public – la Poste – pour passer à une entreprise commerciale bancaire) viennent d’annoncer des hausses non négligeables des tarifs postaux, bien au-delà (plus de 15 % pour les lettres prioritaires de moins de 20 grammes) de l’inflation. Le prétexte serait la chute des volumes de courrier, qui mettrait en difficulté l’entreprise… mais cette diminution du trafic ne serait-elle pas due, déjà depuis plusieurs années, à des tarifs trop souvent augmentés et mettant en difficulté le porte-monnaie des Français moyens ?…  Les responsables de La Poste-et-son-L-majuscule (pour écrire en recourant plaisamment aux traits d’union, comme le grand humoriste Cami, que Charlie Chaplin vénérait) se rendent-ils bien compte de la cherté des envois de colis pour bien des usagers ?…  La poule ou l’œuf : qui l’emporte, de la désaffection entraînée par les tarifs trop chers ou de l’augmentation desdits tarifs en raison de la désaffection ?…

            Le désintérêt constaté à l’égard de la philatélie  (attention  :  il  n’y  a  qu’un « h » dans le mot !) n’est pas niable et correspond sans doute à l’évolution des goûts du public, qui se tourne vers d’autres loisirs, vers d’autres passe-temps, mais les collectionneurs n’ont-ils pas été découragés par la valeur faciale des timbres dits « de collection », justement, et par le nombre de vignettes émises ? Ce désamour à l’égard des timbres-poste est fort regrettable, car la philatélie permet l’acquisition par les enfants d’une forte culture générale en géographie, en histoire, en arts, etc.

            Timbre-poste fait au pluriel timbres-poste, ce qui est logique : il s’agit de timbres de LA poste, à usage de LA poste.

            Si vignette peut être employé comme synonyme de timbre-poste, le terme désigne aussi des étiquettes publicitaires ou de propagande pouvant avoir l’aspect d’un timbre mais qui n’ont aucune valeur d’affranchissement. La collection de telles vignettes s’appelle l’érinnophilie.

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 Spécial « copinage » (n’ayons pas peur des mots) en liaison avec cette philatélie qu’il faut défendre :  deux confrères et amis journalistes du Monde, Pierre Jullien et Jean-Claude Rouy, publient aux éditions Timbropresse, 6, rue du Sentier, 75080 Paris cedex 02 (24,45 euros port compris) 160 ans de timbres-poste, un ouvrage ludique et pédagogique riche d’anecdotes et d’informations.

      Les auteurs dédicaceront leur ouvrage lors de la séance de signature organisée le samedi 7 février (de 11 h à 13 h et de 14 h à 16 h) à la librairie spécialisée Le Carré d’encre, 13 bis, rue des Mathurins, Paris (9e).

Le mot du 31 octobre 2014

star

            S’il y a, heureusement, d’authentiques journalistes qui font honneur à la profession, notamment en presse écrite, en respectant la langue française afin de conforter la transmission de l’information avec honnêteté, objectivité, crédibilité, fiabilité – des valeurs quotidiennement appliquées par le Monde d’Hubert Beuve-Méry, de Jacques Fauvet, d’André Fontaine notamment –, cela n’est pas le cas de tous les « journaleux ». Par manque de culture générale, par ignorance ou méconnaissance du vocabulaire, par désinvolture, un certain nombre de ces derniers sont les spécialistes de l’à-peu-près, de l’approximation… Et aussi, par souci de faire du « buzz », de l’enflure, de l’hyperbole, de l’emphase.

            Tous les jours il serait possible d’écrire un gros bêtisier à partir des bourdes, des niaiseries, des âneries, des inepties, écrites ou proférées à la radio et à la télévision, non seulement par ceux qu’au XIXe siècle on appelait des publicistes  (aujourd’hui, un publiciste est un spécialiste du droit public), mais aussi par des animateurs se prétendant chroniqueurs. Sans oublier ceux qui se repaissent de bobards pour alimenter leurs textes, et qu’on appelle pour cette raison des bobardiers.

            Appeler « jeune fille » une fillette de huit ans ne relève pas d’une grande rigueur. Désigner,  sous l’influence du politiquement correct, par « un jeune » un homme de trente-cinq ans habitant une banlieue « difficile » et supposé suivre des études suscite quelque méfiance à propos du crédit à accorder à la totalité de l’article ou du reportage, etc.

            Il apparaît donc aussi comme très inadapté d’accorder, par un abus de langage, le statut de star (littéralement : « étoile »), c’est-à-dire de grande vedette, de grande artiste, de personnalité respectée, à n’importe quelle nymphette vulgaire et inculte mise en avant par des émissions dites de téléréalité.

           

Le mot du 4 août 2014

doléances

          4 août 2014… 4 août 1789 : dans une certaine exaltation euphorique, et surtout prenant en compte la « Grande Peur » menaçante qui s’est répandue à travers le pays, les députés de l’Assemblée nationale constituante votent à l’unanimité ce que l’on a pris l’habitude de désigner par l’ « abolition des privilèges » (vaste programme : abolition des privilèges des classes : noblesse et clergé ; abolition des privilèges des provinces, des villes et des corporations… !). À chacun d’estimer si, dans la France de 2014, il n’y a plus de privilèges de classes ni de corporations, entre autres, et s’il n’y a plus d’injustices ni d’inégalités…

          Louis XVI, en 1788 – pour contenir la colère qui monte dans le pays – convoque les états généraux. Les électeurs, dans les communes, dans les quartiers, dans les paroisses, sont appelés à remplir des « cahiers de doléances », c’est-à-dire à exprimer leurs souhaits, leurs revendications. Diminution et répartition plus équitable des impôts, diminution des droits seigneuriaux, uniformité des poids et mesures, reviennent constamment, évidemment mêlées à d’innombrables réclamations d’ordre très local. Les quelque… 60 000 cahiers recueillis seront condensés au niveau des bailliages, puis à l’échelon national, à raison de 12 cahiers pour chacun des trois ordres. Il en sortira une synthèse globale.

        Doléance, mot féminin plus usité au pluriel qu’au singulier (ce qui démontre qu’il ne manque pas de matières à se plaindre…), vient du vieux français douliance, « tristesse, affliction », lui-même lié au vieux verbe douloir, « souffrir ». L’acception de « souffrance », « état douloureux incitant à se plaindre », s’est effacée devant la signification de « plainte orale ou écrite exposant un malheur, une détresse, une infortune », ou exposant un grief afin d’obtenir compensation, réparation.

          Le mot, au pluriel, est aussi employé avec une connotation péjorative, ou bien humoristique, à propos de jérémiades incessantes et abusives, de plaintes abondantes et rabâchées…

         Ces jours-ci, les médias – ainsi le Monde du 4 août, sous le titre « Les doléances de François Hollande à Angela Merkel »reprennent le mot au sujet des plaintes de la France devant le non-engagement des autres pays européens sur la scène internationale.