Archives de Tag: « Les Misérables »

Le mot du 7 décembre 2015

La question du jour  +  l’articulet « dico » du jour + la citation du jour  +  le proverbe du jour

Lundi 7 décembre 2015

 

La question du jour

            « Peut-on utiliser un féminin de jockey ?… »

            Des familiers de Longchamp, Deauville, etc., utilisent parfois « jockette », mais ce terme appartient au jargon des courses, à l’argot du turf… À mettre entre guillemets, et à ne pas utiliser dans des textes où seule la langue classique serait admise.

 

*****

 

L’articulet « dico » du jour

jordonner   v. intr.

            Ce verbe d’emploi rare (Victor Hugo, dans les Misérables : « La femme […] rédige les baux, dicte les contrats, se sent souveraine, vend, achète, règle, jordonne, promet et compromet, […] » signifie : « commander à son entourage, à sa famille », « vouloir tout contrôler »…

            Il s’écrit en un seul mot, bien que dérivant d’un nom propre / surnom en deux mots : « C’est une Madame J’ordonne ! », « le chef de la maisonnée était un Monsieur J’ordonne petit-bourgeois »… (pas de majuscule à ordonne).

*****

 

La citation du jour

            « Il en est des défauts comme des phares d’une automobile : seuls ceux des autres nous aveuglent. »  (Maurice Druon.)

 

*****

 

Le proverbe du jour

            « Un menteur est toujours prodigue de serments. »

Publicités

Le mot du 31 juillet 2015

chassé-croisé

 

            Parmi les « marronniers » de l’actualité figure inévitablement le fameux et sempiternel chassé-croisé des 31 juillet et 1er août qui entraîne des centaines de kilomètres d’embouteillage(s)… Ceux dont les vacances sont terminées croisent en effet ceux qui entament leurs congés et qui, en quelque sorte, vont les chasser des campings, de la plage, etc.

            De formation tardive (milieu du XIXe siècle), chassé-croisé est un terme de danse, de chorégraphie : le chassé consiste à glisser une jambe sur le côté, et celle-ci sera rejointe par l’autre jambe, qui prend sa place. Chassé-croisé, issu de chassez-croisé (voire de chassez-croisez), désigne une figure au cours de laquelle les danseurs d’un quadrille passent alternativement l’un devant l’autre. Au figuré, vers 1850-1860, le mot composé va être utilisé avec une connotation généralement dépréciative : « ensemble de démarches confuses qui se croisent sans coordination », « suite de démarches imprécises qui se contredisent, se neutralisent, sans aboutir au moindre résultat »… Aussi : « échange réciproque et simultané de places, de postes, de fonctions »  –  avec souvent la nuance critique d’« échange sans signification ou sans grand intérêt » : « Ce changement de ministres n’est qu’un chassé-croisé ! ». 

            Notre   chassé-croisé  des vacanciers automobilistes  de   fin   juillet-début   août   correspond,   lui,  à   un « mouvement simultané de deux flux se déplaçant dans des directions inverses ». Le pluriel, logique, est : des chassés-croisés.

 

*****

 

La question du jour :

            « Il est bien licite de dire : « Blaise Cendrars, alias Frédéric Sauser » ?… »

            Non ! L’adverbe alias, qui signifie « autrement dit », doit toujours précéder le surnom, le pseudonyme, et suivre le patronyme, le vrai nom de famille. Ainsi, la forme correcte, licite, est de dire : « Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière » (et non l’inverse : « Molière, alias Jean-Baptiste Poquelin »).

            Aujourd’hui, on ne met plus l’adverbe en caractère italique dans un texte en caractère romain, ni en romain dans un texte en italique. C’est un usage tombé en désuétude…

 

*****

 

La coquille du jour :

            « S’il était encore de ce monde, l’auteur des Misérables rierait de tous ces commentaires […]. » Mais y aurait-il vraiment de quoi « rier », sinon de quoi RIRE, quand on relève chaque jour davantage une méconnaissance affligeante de la conjugaison des verbes du troisième groupe ?…

 

*****

 

La citation du jour :

            « La plupart des gens répètent comme des perroquets ce qu’ils ont entendu dire à des demi-savants qui, n’ayant que des connaissances imparfaites, raisonnent le plus souvent de travers. » (Vauban.)

Le mot du 20 janvier 2015

filousophe

            Un correspondant nous interroge sur la signification précise à accorder à filousophe, mot capté récemment sur une radio…

            Ce mot-valise a été créé par Victor Hugo, dans les Misérables, pour qualifier l’ignoble Thénardier, aubergiste fort peu scrupuleux, mais non dénué de prétention intellectuelle : « Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l’air malade, et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il souriait habituellement par précaution, et était poli à peu près avec tout le monde, même avec le mendiant auquel il refusait un liard. Il avait le regard d’une fouine et la mine d’un homme de lettres. […] Il avait des prétentions à la littérature et au matérialisme. Il y avait des noms qu’il prononçait souvent, pour appuyer les choses quelconques qu’il disait, Voltaire, Raynal, Parny, et, chose bizarre, saint Augustin. Il affirmait avoir un « système ». Du reste fort escroc. Un filousophe. »

      Ce terme qui n’a pas fait trop école désigne donc, quelle que soit sa profession, un aigrefin pédant, un carambouilleur porté à enrober sa malfaisance d’une idéologie qui l’excuserait. Entre autres, mais pas uniquement, donc, un soi-disant philosophe porté sur le fla-fla, l’esbroufe, la fumisterie.

            Ce mot est formé du substantif filou, quasi-paronyme des deux premières syllabes de philosophe,  et de la finale –sophe, directement issue du grec sophia, « sagesse », et empruntée à ce dernier vocable. Filou est un mot que l’on trouve dès le XVIe siècle dans le parler de l’Ouest, au sens de « fileur de laine ». D’où, via « tirer  sur   la  ficelle »,   « tirer  sur  la  corde »,   « appâter  en  tirant sur le fil », « emberlificoter », l’acception de « voler avec ruse et adresse ». Au féminin, on trouve aussi bien filou que filoute, comme nom ou comme adjectif : « Elle est filou(te), cette gamine ! », « Quelle filoute ! ».

            Le personnage de Thénardier a été notamment interprété, au cinéma, par le regretté Bourvil, dans le film de Jean-Paul Le Chanois (1958). Dans la très bonne version de Raymond Bernard sortie en 1934, l’ignoble couple Thénardier se composait de Charles Dullin et de Marguerite Moreno. Harry Baur y était Jean Valjean ; Charles Vanel, Javert.

      Obnubilés par le souci de faire court, les lexicographes de certains dictionnaires induisent en erreur leurs lecteurs en donnant, à l’article calembour, l’exemple suivant : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole (Victor Hugo) ». C’est-à-dire en attribuant à l’Homme-siècle un propos critiquant les jeux de mots… « Hénaurme » contresens ! Quiconque connaît un tant soit peu l’œuvre et la vie de l’auteur des Misérables ne peut l’imaginer avoir tenu un tel propos !  Ce jongleur de mots ne reculait pas devant les pirouettes telles que son invention très probable (on ne la trouve nulle part dans la Bible) de la ville de « Jérimadeth »   (la Légende des siècles, « Booz endormi »),    pour « j’ai rime à –dait », ou la fameuse charade : « Mon premier est un vagabond ; mon deuxième est un assassin ; mon troisième ne rit pas jaune ; mon dernier n’est pas rapide. Mon tout est un grand écrivain français. » Réponse : Victor Hugo ! (vic, parce que « vic erre » (vicaire) ; tor, parce que « tor tue » (tortue) ; u, parce que « u rit noir » (urinoir) ; go, parce que « go est lent » (goéland). On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

           Hugo n’a donc jamais critiqué les jeux de mots. En fait, ce qu’on lui attribue faussement est extrait du long propos d’un de ses personnages des Misérables : Tholomyès, qui, à la suite d’un calembour qu’il vient de faire sur le nom du marquis de Montcalm, ultime défenseur du Canada français, dit effectivement : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole ». D’ailleurs Hugo, qui, lui, n’en pense pas un mot, fait dire ensuite à Tholomyès, dans la même tirade : « Loin de moi l’insulte au calembour ! ».

           On peut être persuadé que Hugo aurait participé avec entrain à la rédaction du désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.) des académiciens de l’Association des Amis d’Alphonse Allais.

Hommes et femmes d’esprit

Le premier des « égos »

           Génie littéraire, Victor Hugo ne montra pas toujours de la modestie. C’était connu… Un jour, il rencontra Leconte de Lisle (1818-1894), autre rimeur de qualité, comme l’on sait. L’auteur des Misérables demanda alors au chef de file des poètes parnassiens :

            « Vous ne devineriez jamais à quoi je pensais !?…

            –       Sans doute à quelque œuvre nouvelle, maître…

           –       Non : je songe à ce que je pourrai dire à Dieu quand je me trouverai en sa présence…

            –       Oh ! Vous lui direz : « Cher confrère… ». »

___

 

 

Logique !…

            « On ne perd jamais rien à être poli, dit un jour quelqu’un à Raymond Bernard (1891-1977), fils du fameux romancier, dramaturge et très brillant homme d’esprit Tristan Bernard (1866-1947).

              –  Si : sa place dans l’autobus ! », rétorqua le scénariste et cinéaste, notamment réalisateur des Misérables, des Croix de bois et du Miracle des loups.

___

Casino « ducal »

          Michel d’Ornano (1924-1991), industriel du parfum, fut député, président de conseil général, président de conseil régional, ministre…Il fut donc l’homme fort de la Basse-Normandie pendant plusieurs décennies, et, pour cela, surnommé « le duc de Normandie ». Par ailleurs, il fut maire du « 21e arrondissement de Paris » (c’est l’un des surnoms-slogans de l’élégante station balnéaire de Deauville, fort connue pour son Festival du cinéma américain, ses courses hippiques, ses « planches »-promenade, etc.). Son épouse, Anne d’Ornano, lui succéda à l’hôtel de ville en 1977.

          Un esprit curieux demanda un jour à Michel d’Ornano pourquoi Rip (1884-1941) – chansonnier, revuiste, auteur de comédies musicales et dessinateur qui fut très coté ; à l’état civil : Georges-Gabriel Thenon – avait une rue à son nom à Deauville. Celui qui était alors le premier magistrat de la ville répondit avec finesse : « Il a tellement perdu au casino ici que la municipalité du temps a cru lui devoir une… plaque ! ».

27 juin 2014.

___

Le « bourreau de mes thunes », version d’outre-Manche

L’écrivain et humoriste George Bernard Shaw, comme tous les contribuables britanniques, devait remplir une déclaration (non « des impôts », comme le disent couramment un certain nombre de personnes, mais de revenus). Le formulaire contenait entre autres la question suivante : « Partagez-vous vos revenus ? Avec qui ? ».

            Chaque année, Shaw répondait donc : « Oui : avec mon percepteur. »

(« Bourreau de mes thunes » est un calembour dû, sauf erreur, au chansonnier Jean Rigault, sur le sobriquet d’un des catcheurs qui, à l’époque, furent très médiatisés par des émissions télévisées sportivo-comiques  : le Bourreau de Béthune.)

—-

L’écrivain Oscar Wilde…

Un auteur, déçu par l’accueil très réservé que l’on… réservait à ses oeuvres (mais l’accueil était peut-être à la hauteur du « talent » de l’individu), s’en plaignit un jour à Oscar Wilde :

« On a sûrement organisé contre moi une conspiration du silence ! Que puis-je faire !?

–  … Entrer dans la conspiration ! »

—-

Mme de Sévigné…

La célèbre épistolière pouvait avoir la dent dure… Alors qu’on vantait devant elle l’esprit d’un homme… auquel elle-même ne portait pas beaucoup d’admiration, elle fit remarquer :

« Oh oui ! Il a certainement beaucoup d’esprit… puisqu’il en dépense si peu… »

—-

Talleyrand, encore et toujours…

Le « Diable boiteux » fit un jour convoquer un fournisseur militaire cossu… Mais on revint lui dire que ce dernier était parti « prendre les eaux ». Talleyrand laissa alors tomber :

« … Il faut donc qu’il prenne toujours quelque chose… »

—-

Georges Feydeau…

Le célèbre vaudevilliste fut imité, copié, pillé, par des auteurs qui se servaient sans pudeur des gags scéniques et des bons mots figurant dans ses pièces… Celles-ci étaient une vraie mine pour les médiocres à court d’idées. Un jour, un de ces plagiaires  –  qui était aussi un flatteur : cela va souvent de pair  – se confondit en compliments devant Feydeau :

 » Maître, votre théâtre est pour nous tous, la jeune génération, un enseignement très précieux… Heu… Une véritable école de…

–  … une école, oui : une école des… Mines… »

—-

La comédienne et cantatrice Sophie Arnould…

Actrice de la Comédie-Française, Mlle Beaumenard reçut d’un de ses admirateurs, un fermier général, une somptueuse rivière de diamants, qu’elle ne manqua pas d’exhiber très largement…  Comme une autre comédienne faisait remarquer que la rivière descendait très bas, au-delà du décolleté profond, Sophie Arnould s’exclama : « C’est qu’elle retourne à sa source ! »

—-

Talleyrand…

Lors d’une partie de cartes entre nobles, à Vienne, Talleyrand avait été « rincé » par le comte de Palfy, qui lui avait gagné, en une soirée, une somme colossale, suffisante pour faire construire et meubler un château…

Par délicatesse, et non par ironie, le comte en fit les honneurs au « Diable boiteux », en lui demandant ce qu’il en pensait. Mi-figue mi-raisin, Talleyrand marmonna : « Pas mal… Pas mal, pour un château… de cartes ! ».

—-

L’acteur François Périer…

Alors jeune élève du Conservatoire national d’art dramatique, il se fait reprendre sarcastiquement par son professeur Louis Jouvet : « Si Molière voit comment tu interprètes Dom Juan, il doit se retourner dans sa tombe ! ».

Sans se démonter, l’apprenti comédien réplique du tac au tac : « Comme vous l’avez joué avant moi, ça le remettra en place ! »

—-

L’épouse du maréchal de Boufflers…

Les combats, les amours, la bonne chère et la boisson ont tenu le maréchal de Boufflers très souvent loin du logis conjugal… Quand il décède, sa veuve ne semble pas des plus affligées, car, alors qu’on lui fait remarquer : « Le maréchal va sans doute beaucoup vous manquer », elle réplique : « Peut-être. Mais maintenant, au moins, je saurai où il passe ses nuits… »

—-

L’écrivain, auteur dramatique, Marcel Achard…

Peu confraternel à l’égard d’un « collègue », il l’exécute (à juste raison, peut-être) en répondant, à un ami qui lui demandait : « As-tu aimé sa pièce ? »« Non, pas beaucoup. Il faut dire que je l’ai vue dans de mauvaises conditions : le rideau était levé… ».

—-

L’homme d’Etat britannique Benjamin Disraeli…

William Gladstone et Benjamin Disraeli furent de farouches ennemis : ces deux hommes d’Etat furent sans cesse en concurrence pour le poste de Premier ministre du royaume. Leurs échanges verbaux étaient inspirés par la haine, et les propos constamment venimeux…

Un jour, Gladstone lança : « Vous, vous finirez pendu ou miné par une maladie vénérienne ! ».

Impavide, Disraeli répliqua : « Cela dépendra, cher ami, de qui j’aurai épousé : vos principes, ou votre maîtresse… ».