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Le mot du 23 juin 2015

démission

            L’ancien rugbyman Serge Bianco a démissionné de sa fonction de président  du club de Biarritz : la fusion avec Bayonne, qu’il prônait, n’a pas été ratifiée par les deux tiers de l’assemblée réunie mardi 23 juin…

            Le mot démission peut susciter des commentaires divers…  Une démission consiste à se démettre d’une fonction, d’une charge, d’une dignité, etc., ou à rompre un contrat de travail : donner sa démission, lettre de démission… La démission est donc une rupture, volontaire le plus souvent, de la part de celui qui choisit de rompre. L’acte peut donc s’assimiler, à juste raison parfois ou souvent, à un fait de résistance, à la manifestation d’une âme forte, d’un caractère fier peu enclin aux compromissions ou à l’omerta…

       Mais démission est par ailleurs synonyme d’abandon, de renonciation, d’abdication, de fuite devant des difficultés, et le démissionnaire, quand même serait-il de personnalité forte, attachante et respectée, rejoint – aux yeux de l’opinion publique, voire de certains de ses propres amis  –  les individus pusillanimes et frileux. Ce qui peut être très injuste… Démission peut être qualifié de « mot Janus »* !

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*Janus est un dieu romain à deux visages opposés. C’est le dieu des Commencements et des Fins, ayant un visage tourné vers le Passé et l’autre vers l’Avenir.

 

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La question du jour :

            « Est-il correct d’écrire : « Rome se montre soucieux de ménager la France » ? Ne faut-il pas dire : « se montre soucieuse » ? »

            On écrit : « Rome était moins ensoleillée que de coutume ». Il s’agit de la cité, de la ville, et aujourd’hui, quelle que soit la terminaison du nom, on considère que le mot ville est sous-entendu. Donc on écrit : « Oslo était envahie par la brume ; Ottawa a été très embellie par l’aménagement de jardins fleuris. »

            En revanche, quand le nom d’une capitale est employé pour désigner un État, le gouvernement d’un pays, c’est le masculin qui est de règle : « Londres se montre très préoccupé par la situation au Moyen-Orient ».  

 

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La citation du jour :

            « Tout le monde peut faire des erreurs, et les imputer à autrui : c’est faire de la politique. » (Georges Clemenceau.)

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Le mot du 17 octobre 2014

clown

            Bien que les témoignages soient confus, il semble avéré que plusieurs plaisantins (?) pas très intelligents, déguisés en clowns, s’amusent, dans plusieurs pays, à terroriser les badauds, voire le plus souvent des enfants et des adolescents aux abords des établissements scolaires. Ces individus arborent des armes que l’on pense être toutes factices, ou, plus pacifiquement, des ballons multicolores, et suivent en silence les passants, provoquant crainte, inquiétude, voire angoisse. Plus violemment, et semant alors la panique, ils poursuivent les gens, en arborant batte de base-ball, hache, couteau, etc., avant de mettre subitement fin à ces… clowneries. Ces fines plaisanteries n’ont, jusqu’à présent, sauf erreur, entraîné aucun accident grave : infarctus de personnes cardiaques, malaises graves d’enfants stressés… Mais cela pourrait survenir.

           La ville de Northampton, au nord-ouest de Londres, a été particulièrement victime, depuis septembre, de ces facéties à l’humour très contestable. Le clown   – ou l’un des clowns ? – a été interpellé : il s’agit d’un étudiant en cinéma de 22 ans, Alex Powell. Ce dernier a affirmé qu’il voulait juste s’amuser à faire peur… Lui ne portait que des ballons, semble-t-il. Son costume, comme ceux des autres clowns « farceurs », reprend celui de Pennywise (= Grippe-Sou), le clown maléfique créé par le célèbre écrivain américain Stephen King dans son roman d’horreur Ça. « Ça » désigne une entité venue des profondeurs de l’espace, et qui peut prendre de multiples formes. La plus usuelle est celle de Grippe-Sou le clown, doté de griffes et de crocs quand il attaque des enfants.

            Clown est un mot anglais attesté au milieu du XVIe siècle, au sens de « paysan, homme rustre », puis de « paysan, bouffon, au théâtre ». Ensuite, le terme désignera plus précisément un artiste de cirque aux costume et maquillage exagérés, amusant les spectateurs par des pitreries, par la pantomime.

            Parmi ces artistes du cirque on retiendra Footit et Chocolat, parce qu’on rattache à ce fameux tandem de clowns l’expression « être chocolat » (= être dupé, être roulé)… Dans ce duo, le Britannique Footit (Tudor Hall, dit George Footit) était le clown blanc ; Chocolat (le Cubain Raoul Padilla, issu d’une famille africaine), jouait l’auguste… noir, d’où son nom de scène. Toulouse-Lautrec a représenté Chocolat dansant (1896).

            Dans leurs numéros, comme cela est la tradition, le clown blanc roule dans la farine l’auguste, moins malin. Constatant qu’il avait été joué, Chocolat, penaud, avouait : « Je suis chocolat… », ce qui constituerait donc l’origine de cette expression amusante : « être chocolat », c’est-à-dire être floué, être berné. Mais cela n’est pas satisfaisant et semble bizarre… Il y a sans doute un calembour, un jeu de mots, sur Chocolat/chocolat, à partir d’une expression antérieure, à partir d’une acception particulière du nom commun…

            Il est donc très probable que nos deux clowns aient repris le vocabulaire d’un jeu très populaire à l’époque : le bonneteau. En fait, une arnaque illicite, où le meneur de jeu – le bonneteur – mélange rapidement et très habilement trois cartes. Le joueur-parieur doit deviner où se trouve l’une de ces cartes. Pour attirer les gogos à plumer, le bonneteur a un compère, qui « gagne », évidemment, et joue ainsi le rôle d’appât, de « sucre », de… « chocolat ». De là, « chocolat » en est venu à désigner la dupe qui enrichit les tricheurs en laissant son argent dans le jeu truqué. « Pigeon » égale chocolat !…

Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.