Archives de Tag: Louis XIV

Le mot du 27 août 2015

L’articulet « dico » du jour, le proverbe du jour, la citation du jour

 

L’articulet « dico » du jour

 

béchamel ou béchamelle  n. f.

            Ce nom commun aux deux orthographes licites est issu par antonomase du nom propre Béchamel (à l’origine : Bechameil ou Béchameil ). On peut donc écrire : servir du poisson avec une béchamel, ou : avec une béchamelle.

         Louis de Béchameil / Béchamel (1630-1703), marquis de Nointel, gourmand gourmet, fut un maître d’hôtel de Louis XIV.  Comme en maints cas semblables, il est impossible de savoir si ce noble personnage est réellement l’inventeur de la sauce, ou si la création est à mettre au compte de son cuisinier…

       Béchamel reste évidemment un nom propre, avec l’unique graphie Béchamel, dans : sauce Béchamel, une sauce à la Béchamel, au sens de « sauce créée par M. de Béchamel, sauce due à M. de Béchamel, sauce dédiée à M. de Béchamel ». (Cas comparables : un lebel mais un fusil Lebel, un diesel mais un moteur Diesel, des robes en vichy mais des carreaux Vichy, etc.)

            Écrire : « sauce à la béchamel(le) » équivaudrait à dire : « sauce où l’on a(aurait) intégré de la sauce Béchamel ». Il s’agirait alors d’une mixture originale, probablement d’une création culinaire mondiale !…

Le proverbe du jour

            « Si la parole que tu vas dire n’est pas plus belle que le silence, ne la dis pas. »

 

La citation du jour

            « La simplicité a toujours été l’attribut de la vérité. » (Maurice Chapelan.)

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Le mot du 25 octobre 2014

pet(-)sitting

            Comme d’habitude, les psittacidés des médias – pour faire, croient-ils, le buzz, et donner l’impression d’être dans le vent et d’apporter un scoop fabuleux – reprennent de concert un anglicisme lancé par de petits malins ou par les poseurs : pet(-)sitting ! On les verrait presque adopter la fameuse emphase épistolaire de Mme de Sévigné à propos du mariage annoncé de la Grande Mademoiselle (Mlle de Montpensier, cousine germaine de Louis XIV) avec le duc de Lauzun : « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande […] : le pet(-)sitting est arrivé ! ». Avec ses « pet-sitters », bien entendu…

            Quel fabuleux Everest accouchant, une fois de plus dans l’actualité, d’une minuscule souris ! Même pas d’une souris, d’ailleurs, mais du vent, de rien : cette pseudo-nouveauté extraordinaire existe depuis des décennies, mais sous une dénomination bien française, la « garde à domicile d’animaux de compagnie », principalement chats et chiens. Soit au domicile des hôtes, soit en passant au « domicile des animaux » pendant les absences des maîtres pour vacances ou autres motifs.

            L’utilisation de l’anglicisme est tout simplement, et c’est bien loin d’être un cas isolé, une démarche commerciale (ou un comportement snobinard) censée qualifier une intervention nouvelle, des prestations innovantes et supérieures… Il n’en est rien : depuis des lustres, les personnes gardant des animaux proposent différents niveaux d’accueil en famille, plusieurs fréquences de passages à domicile ou de promenades, etc.

            Seuls des naïfs, des personnes crédules, trop confiantes, peuvent croire que la mise en avant d’un anglo-américanisme garantit forcément une originalité ébouriffante et des services de meilleure qualité.

*****

           Avec un retard dû aux nombreuses dictées et aux autres activités concentrées sur octobre, voici les résultats du premier concours mensuel (de septembre). Les habitués de la dictée de Bonsecours (Seine-Maritime) se sont couverts de gloire !

Classement : 1re Mme Marie-Clotilde Barraud de Lagerie, de Charleval (Eure) ; 2e M. Lionel Maurouard, de Bec-de-Mortagne (Seine-Maritime) ; 3e M. Thierry Raulin, de Bonsecours.

           Ces trois lauréats vont recevoir sous huit jours des prix en livres d’une valeur respective de 300, 200 et 150 euros.

            Le concours d’octobre sera mis en ligne demain. Vous aurez jusqu’au 10 novembre pour participer.

Le mot du 8 septembre 2014

Palais-Bourbon

            Rentrée parlementaire demain, à l’Assemblée nationale, pour une courte session supplémentaire (jusqu’au 19), une session de « rattrapage » qui doit permettre aux élus d’examiner et de voter (en principe) des textes laissés en souffrance à la fin de juillet. Le premier texte que les députés étudieront mardi 9 est la « loi sur le vieillissement », qui, même compte tenu du climat politique surchauffé, devrait sinon faire l’unanimité, du moins recueillir un assentiment assez large.

      Pour la première fois au sein de ces chroniques, il sera question d’orthotypographie, c’est-à-dire de cette composante de l’orthographe d’usage qui porte sur l’emploi raisonné, logique, des majuscules, des traits d’union, du caractère italique, des guillemets, etc. En appliquant des règles fondées sur des décennies d’usage, des règles dont chaque francophone devrait connaître l’essentiel. La plupart des familiers du présent site savent sans doute que je rédige dans chaque numéro de Défense de la langue française une chronique détaillée consacrée aux règles orthotypographiques..

          Assemblée nationale s’écrit avec une majuscule au substantif parce qu’il s’agit d’une assemblée unique à l’échelon du pays, et avec une minuscule à l’adjectif parce que celui-ci vient derrière le nom. Pour la même raison, on écrit : le Conseil constitutionnel, l’Académie française, les Années folles, « les Temps modernes », « les Précieuses ridicules », la Ville éternelle, la Ville rose…

       Les surnoms étant des noms propres, la majuscule à Hémicycle est obligatoire : « L’Hémicycle se remplissait peu à peu, et seuls quelques députés s’étant attardés à la buvette se hâtaient encore vers leur siège ». Comme on s’en doute, ce surnom est dû à la forme demi-circulaire de l’amphithéâtre de l’Assemblée nationale.

            Autre façon de dénommer l’Assemblée nationale : le Palais-Bourbon, avec une graphie entérinée par l’usage (deux majuscules et un trait d’union). Ce palais fut construit, au début du XVIIIe siècle, de 1722 à 1728, pour la duchesse Louise Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan. Ce dut donc un « palais de Bourbon », un palais appartenant à la famille de Bourbon… Il n’y avait aucune raison de mettre de majuscule à palais. Puis le de a disparu, et, comme souvent lorsqu’il y a disparition d’un mot de liaison, a été remplacé par un trait d’union. La graphie « palais-Bourbon » n’étant pas jugée régulière, c’est Palais-Bourbon qui s’est imposé.