Archives de Tag: M. Hollande

Le mot du 30 juin 2015

Correcteurs (suite)…

 

        Alors que Formacom, seule école de formation habilitée à délivrer le titre de correcteur reconnu par le ministère du Travail et enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles, est menacée de fermeture faute d’aides publiques pour les demandeurs d’emploi qui souhaitent devenir correcteurs, il n’est peut-être pas inutile de reproduire ci-dessous deux textes concernant une profession méconnue qui contribue grandement à assurer à la langue française le niveau qui doit être le sien…

a)  En mars 2012, le futur président de la République, M. Hollande, en réponse à la question d’une correctrice, dans une coopérative d’activités et d’emploi, déclara : « Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel, on ne va pas corriger simplement par des logiciels, il y a ce qui s’appelle tout simplement l’intervention humaine, parce que ce n’est pas simplement l’orthographe, c’est la qualité de la langue et la clarté de l’expression. C’est ça, votre rôle. »

b)  Dans sa chronique du mercredi 18 juin 1997, intitulée « La maison de correction », Pierre Georges, rédacteur en chef du Monde, à propos d’une coquille  laissée dans un article consacré au… bac philo, assumait la responsabilité de la rédaction, et dédouanait les correcteurs, auxquels, faute de temps, l’article imparfait n’avait pas été soumis. Il en profitait pour dresser avec verve  et  talent  un  bel hommage à ces « pêcheurs de perles » scrupuleux, à ces « nègres littéraires » discrets, surtout indispensables, qui sauvent même des réputations d’écrivains et de journalistes.

            « […] Et les correcteurs, direz-vous ? Les correcteurs n’y sont pour rien. Les correcteurs sont des amis très chers. Une estimable corporation que la bande à Colignon ! Une admirable entreprise de sauvetage en mer. Toujours prête à sortir par gros temps, à voguer sur des accords démontés, des accents déchaînés, des ponctuations fantaisistes. Jamais un mot plus haut que l’autre, les correcteurs. Ils connaissent leur monde, leur Monde même. Ils savent, dans le secret de la correction, combien nous osons fauter, et avec quelle constance. Si les correcteurs pouvaient parler !

            Heureusement, ils ont fait, une fois pour toutes, vœu de silence, nos trappistes du dictionnaire. Pas leur genre de moquer la clientèle, d’accabler le pécheur, de déprimer l’abonné à la correction. Un correcteur corrige comme il rit, in petto. Il fait son office sans ameuter la galerie. Avec discrétion, soin, scrupules, diligence. Ah ! Comme il faut aimer les correcteurs, et trices d’ailleurs. […]  Parfois, au marbre, devant les cas d’école, cela devient beau comme un Rembrandt, la Leçon* de correction !  »  

* Le L majuscule indiqué par Pierre Georges renvoie à l’un des chefs-d’œuvre de Rembrandt : la Leçon d’anatomie du docteur Tulp (c’est le titre le plus employé à propos de ce tableau).

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Le mot du 14 juin 2015

prétexte

            L’actualité, en France, a été dominée, ces derniers jours, par l’aller-retour éclair, en avion gouvernemental, de M. Valls à Berlin, l’autre samedi, pour rencontrer M. Platini, afin de parler de l’UEFA et de l’Euro 2016 en France. Profitant de ce déplacement dit « professionnel » (qui, rapporte la presse, n’était pas noté dans l’agenda officiel du Premier ministre), M. Valls a pu assister ainsi, avec deux de ses enfants, à la finale de la  Ligue des champions entre la Juventus de Turin et le FC Barcelone, cher au cœur du Premier ministre français. Effectivement, M. Valls et M. Platini se sont donc vus, au moins au stade.

            Depuis, M. Valls a reconnu une « erreur de communication » : « Si c’était à refaire, je ne le referais plus », et a promis de rembourser l’équivalent des deux allers-retours de ses fils pour cette virée footballistique, soit, dit-on, 2 500 euros.

            Près de 70 % des Français, d’après les derniers sondages, ne se satisfont pas de ces excuses, peu convaincus par la justification officielle de ce déplacement express en Falcon gouvernemental. La rencontre au sujet de l’Euro 2016 était-elle d’une si considérable importance et d’une urgence si aiguë qu’elle justifiait un aller-retour ultrarapide (tout en prenant le temps d’emmener les deux fils), pour un coût équivalant au salaire annuel de beaucoup de Français : selon la presse, entre 18 000 et 25 000 euros (il est manifestement impossible d’accéder à la vérité, s’agissant de ce type de dépenses, le Premier ministre devant être accompagné d’agents des services de sécurité, d’un médecin, d’un spécialiste des télécoms)… ?

            Peu importe la couleur politique des dirigeants qui se conduisent ainsi.  Mais la petite histoire ne doit pas cacher les questions de fond : un déplacement, même vraiment « professionnel », de ce genre ne peut-il pas être tout bonnement remplacé par un entretien téléphonique, même long ?  Si de tels voyages de ministres, de secrétaires d’État, de hauts fonctionnaires, sans doute ou peut-être inutiles car facilement remplaçables par d’autres moyens modernes de communication, sont multipliés par cent, par mille, etc., à longueur d’année, on peut voir quel gouffre financier supportent là encore les citoyens de la République.

            De plus, comment ce voyage « professionnel » éminemment important et urgent se justifie-t-il quand, quatre jours plus tard, M. Platini vient à Paris voir M. Hollande… pour lui parler de l’Euro 2016 !?

            Prétexte vient du latin praetextus, qui a la même signification. Dans son remarquable dictionnaire français-anglais écrit au XVIe siècle, le linguiste anglais Cotgrave définissait ainsi le terme : « motif spécieux mis en avant pour cacher le motif réel d’une action ». Le sens n’a pas varié, avec comme synonymes : faux-fuyant, excuse, allégation, couverture, échappatoire, argument…

            « Faux prétexte » est évidemment un pléonasme, à ne pas dire ni écrire !

 

La question du jour :

            « Comment faut-il accorder derrière la plupart ?… »

            La plupart (+ complément) entraîne l’accord au pluriel : La plupart ont participé aux jeux ; La plupart des congressistes avaient tombé la veste en raison de la chaleur.

 

La citation du jour :

            « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort.)

 

Rappels :

La prochaine dictée animée sera celle de Leucate (Port-Leucate), le mercredi 29 juillet.  Entre-temps, je serai présent au Salon du livre de Honfleur (Calvados), le 4 juillet, où une fine équipe d’académiciens Alphonse Allais proposera un spectacle-animation. Avec mon illustrateur et ami Claude Turier, lui aussi membre de ladite académie, nous pourrons y dédicacer Sacré Napoléon ! (éditions Trédaniel), un recueil d’anecdotes sur l’Empereur qui paraît pour le bicentenaire de Waterloo, donc ces jours-ci.

Le mot du 22 novembre 2014

huée

         MM. Hollande et Juppé ont eu droit au même traitement samedi 22 novembre 2014 : l’un à Lille, en arrivant au restaurant pour y déjeuner avec Mme Martine Aubry ; l’autre en son fief pourtant, à Bordeaux, lors du meeting de l’UMP, dans un lieu appelé le Hangar 14, sur les quais. Tous deux ont été sifflés, hués… La part de la spontanéité est contestable,  surtout dans le second cas.

            Huée est un vieux mot, et l’acception de « cri, vocifération, marquant la désapprobation, l’hostilité » remonte à plusieurs siècles. À l’origine, il y a eu… hu, « bruit, clameur confuse », d’où huée, tout d’abord terme employé dans le domaine de la chasse, pour désigner les cris poussés par des chasseurs (voire par des pêcheurs !) levant, rabattant, poursuivant un gibier. Avec des intentions contradictoires : il s’agissait soit de faire apparaître et déguerpir les bêtes ; soit de les figer, de frayeur, en un lieu circonscrit. L’objectif, de toute façon, étant de les capturer ou de les tuer.

            L’emploi au singulier, au sens de « clameur générale », est quasiment sorti de l’usage, et chacun utilise aujourd’hui le pluriel : être accueilli par des huées, sortir sous les huées de l’assistance.

            Maurice Genevoix, qui maîtrisait bien, entre autres, le vocabulaire des régions, de la terre et des forêts, de la faune, a employé huée avec l’acception de « cri des oiseaux nocturnes » : « Ce sont […] des huards, aussi virtuoses dans la plongée que dans la huée » (Route de l’aventure). Cela rejoint les hululements, ou ululements – venus de hurlement – des oiseaux rapaces nocturnes…

            C’est du même hu mentionné plus haut qu’est venu le mot invariable hue !,  cri poussé par les charretiers pour faire avancer un cheval… ou que l’on emploie à l’égard d’individus afin de les encourager. Ainsi le caporal mentionné par Henri Barbusse dans son chef-d’œuvre témoignage sur la guerre de 1914-1918, le Feu : « « Tout le monde y est ? Hue ! », dit le caporal. »

            Les personnes huées trouvent-elles dans ces manifestations d’hostilité un surcroît d’énergie, de combativité, proportionnel à l’intensité des sifflets ?…

 

 

 

Le mot du 17 novembre 2014

confident

         M. Jouyet, incontournable membre, semble-t-il bien,   de  l’oligarchie des « 2 000 familles », intrigue par ses amitiés multicartes, multipartis,  un jour ministre de M. Sarkozy, un autre jour secrétaire général de l’Élysée, et confident depuis de nombreuses années de M. Hollande. (Seulement  de M. Hollande ?…) L’ « affaire » du déjeuner avec M. Fillon ne devrait pas cesser d’intéresser les journalistes d’investigation… et les citoyens avides de clarté et d’honnêteté.

            Des romanciers en panne d’inspiration, en proie à la peur, à l’angoisse de la page blanche – la leucosélophobie  –,  ne devraient pas être en peine d’aller  à la « pêche à la ligne » à partir des multiples pistes, hypothèses, suppositions qui imposent évidemment à l’esprit des termes extrêmement variés : duplicité, camaraderie complice, convivialité excessive, caquet inconséquent, double jeu, « billard à deux, trois bandes », clan d’anciens de l’ENA, tactique politicienne, roueries implicites, manipulations tous azimuts… Reste à en tirer, si possible, LA vérité.

            La confidentialité consiste à maintenir le secret sur des informations, sur des intentions, sur des sentiments… Le terme est évidemment de la famille de  confidence – terme emprunté au latin confidentia, « confiance, assurance ».

            Confidence a donc eu l’acception, au sens classique, de confiance entre amis proches, avant de prendre la signification de communication d’une chose sous réserve du respect du secret (mettre dans la confidence).

            Au théâtre, confident(e) désigne, certes, celui ou celle à qui l’on confie un secret, mais, en fait, ce personnage secondaire évite au personnage principal, le protagoniste1, de multiplier les apartés, les discours à la cantonade, les apostrophes à l’adresse du public. Le spectateur est mis dans la confidence, est amené à partager les sentiments les plus intimes des différents personnages. Éventuellement, le procédé des confidences permet de rappeler au public distrait ou peu perspicace le résumé de l’action écoulée, les motivations de chacun, etc.

            Si, dans l’Histoire, des confidents ont joué – ou jouent – un rôle non négligeable (le père Joseph du Tremblay, « éminence grise » de Richelieu ; saint Éloi pour Dagobert Ier ; Olivier Le Daim, ou le Daim, pour Louis XI…), au théâtre ils ne jouent que les « seconds couteaux » : leur rôle n’est pas… tranchant ! En effet, indispensables auprès des héros des pièces de théâtre, à seule fin de renseigner le spectateur sur les faits et gestes de chacun, y compris sur les desseins les plus obscurs des personnages principaux, ils se risquent rarement à donner avec fermeté et autorité des conseils enjoignant au protagoniste de modifier son comportement ou de prendre de nouvelles décisions.

          Ce manque d’énergie interdit de voir dans ces confidents ou confidentes du théâtre d’authentiques amis, puisque les véritables amis, dit-on, sont ceux qui parlent avec la plus grande franchise, sans ménager, éventuellement, leurs proches.

___________

1.À l’origine, protagoniste était figé au singulier au sein d’une histoire, d’un conte, d’une pièce de théâtre, etc., parce que dans le théâtre grec antique il y avait UN acteur principal, en grec « le premier acteur » (de prôtos, « premier », et agônizesthai, « concourir »), face au chœur. On  ne  pouvait  pas  parler de(s) « protagonistes » d’une affaire. Aujourd’hui, le pluriel est licite et très employé.

 

 

Le mot du 28 octobre 2014

dissolution

          Prenant sans nul doute leurs désirs pour des réalités, des adversaires du président de la République et – ou – du gouvernement laissent entendre qu’une dissolution de l’Assemblée nationale interviendrait bientôt. Ils expriment là, en fait, plus un souhait qu’une conviction : on voit mal M. Hollande précipiter sa majorité dans le désastre, dans la débâcle ! Des politologues, des journalistes politiques, vont jusqu’à prédire que le Parti socialiste y perdrait neuf députés sur dix…

          Les députés dits « frondeurs » en sont bien conscients, qui savent jusqu’où ils peuvent aller, en se résignant à avaler des couleuvres.

          De dissolution à dissoudre, il n’y a évidemment qu’un pas. Je rappelle que ce verbe se conjugue comme absoudre. Il faut donc dire : « J’attends que ce comprimé se dissolve », et non « se dissoude », bien que Scarron ait employé ce subjonctif présent incorrect, et que Victor Hugo en ait fait autant – pour la rime avec coude – dans son poème Dieu (« Au seuil du gouffre ») : « Jusqu’à ce qu’il s’en aille en cendre1 et se dissoude ».

          À la 3e personne du singulier du présent de l’indicatif, la lettre finale est un t, et non un « d » : il/elle se dissout. Notez, aussi, le s final du participe passé, dissous, bien que son féminin soit : dissoute.

          … Il serait plaisant qu’un jour une Assemblée soit dissoute pour avoir été dissolue (dévergondée, dépravée, débauchée) !  ☺

 1. Oui : cendre, au singulier.

Le mot du 11 septembre 2014

anathème

 

            Plusieurs confrères des médias estiment que M. Manuel Valls lance des anathèmes contre les « frondeurs » (voir « mot du jour » précédent) qui, même seulement en s’abstenant, se mettraient, selon lui, en dehors de la solidarité due au Parti socialiste, au président de la République et au Premier ministre… Lesdits « frondeurs », du moins les plus critiques d’entre eux, parlent, eux, de « trahison » des électeurs et des idéaux socialistes par MM. Hollande et Valls.

            Tout en multipliant les mises en garde, le locataire de Matignon se défend d’être « dans la menace » ou « dans le caporalisme ». Le ton est tout de même très ferme, du type semonce, réprimande, remontrance, condamnation… D’où l’emploi d’anathème (du latin chrétien anathema) par des journalistes et commentateurs.

          Quoique aujourd’hui synonyme, par extension, dans le vocabulaire général, de « réprobation énergique », anathème reste marqué par son appartenance au lexique religieux. Les acceptions d’autrefois se rattachant à l’Antiquité et à ses croyances sont bien oubliées : « offrande faite à une divinité » et « objet détruit, ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité ». En revanche, la signification en usage dans la religion catholique – « sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique », « peine ecclésiastique consistant à excommunier publiquement quelqu’un en le maudissant » – n’est pas ignorée des usagers de la langue française…

            Frapper quelqu’un d’anathème, lancer l’anathème contre quelqu’un, sont donc des expressions fortes se rapportant à des mercuriales, à des admonestations sévères. Les derniers propos de M. Manuel Valls sont-ils bien dans ce registre, et annoncent-ils, en cas d’ « accident(s) » lors du vote de confiance du 16, des « retombées » sévères ?…

Le mot du 4 septembre 2014

crédibilité

            Au-delà du Landerneau des médias qui vont s’en repaître pendant des semaines, probablement, l’ouvrage de Mme Trierweiler a déclenché une « fièvre acheteuse » chez un grand nombre de Français. Faut-il dénoncer un voyeurisme méprisable qui ne donnerait pas une haute idée des citoyens de ce pays ?… Il doit bien y avoir, parmi ces nombreux acheteurs, des personnes respectables, des femmes et des hommes par ailleurs lecteurs, espérons-le, de Zola, de Balzac, de Maupassant, trois auteurs qui ont dépeint avec talent et une grande véracité la comédie humaine…

          Faut-il taxer d’  « indécence » l’ex-compagne du président de la République, une femme qui semble être sous l’emprise du ressentiment, de la rancune, de l’aigreur, de la rancœur… ? D’où ce « déballage » que beaucoup jugent inconvenant, indigne, répugnant. À la vue des réactions qui se déversent de tous côtés, on constate cependant qu’un certain nombre de Français, de Françaises sans doute, estiment que c’est un « retour à l’envoyeur », comme dit la langue populaire, justifié par la façon dont Mme Trierweiler a été « congédiée » par son compagnon élyséen.

            On souhaite que ce brûlot publié alors que le climat socio-politique est… délétère (voir le précédent « mot du jour » ! ☺ ) ne relève que du « débinage » vachard, et non du mensonge. La crédibilité de l’auteure en serait, sinon, définitivement atteinte.

            Mais il est grave pour l’image de M. Hollande que l’on trouve crédible le fait qu’il se serait livré, en privé, à des plaisanteries faciles et à des jeux de mots éventuellement calamiteux sur les pauvres, sur les « sans-dents »… si l’on en croit Mme Trierweiler. La crédibilité du locataire de l’Élysée, elle, est d’ores et déjà plus qu’atteinte, depuis des mois – tous les sondages, toutes les enquêtes, tous les micro-trottoirs le montrent. L’avenir et l’Histoire diront si les Français auront été injustes, ou non, à son égard.