Archives de Tag: maillot jaune

Le mot du 13 juillet 2014

galopin

           À la veille du 14-Juillet, comme les choses sont bien faites, c’est un coureur français qui se retrouve maillot jaune du Tour de France : gloire, donc, à Tony Gallopin, de l’équipe Lotto-Belisol ! Et, s’agissant alors d’un garçon… de courses, l’occasion était trop belle : parlons donc du substantif galopin (avec un p), dont la première acception fut celle de « jeune garçon chargé de faire les courses »…

            Ce mot découle du verbe galoper : il faut probablement y voir un surnom familier donné aux personnes, surtout des jeunes garçons, chargées de faire des commissions ; en particulier de porter ou d’aller chercher des messages…

            Un sens dérivé a été celui de « petit marmiton », de « gamin servant dans les cuisines », qu’il conviendrait peut-être d’affiner en « jeune garçon chargé de livrer, de porter, des plats »…

            La signification la plus populaire, la plus vivante, est, comme on le sait : « garçon effronté, mal élevé, qui court les rues, qui traîne dans la rue », avec d’abord un sens péjoratif assez fort, qui s’est atténué dans l’usage jusqu’à devenir un synonyme de « chenapan, garnement, titi, polisson, gamin espiègle… ». Si traiter quelqu’un de galopin fut quasiment une insulte, de nos jours c’est à peine une apostrophe réprobatrice, plutôt même une appellation affectueuse.

            Le féminin – galopine – est quasiment inusité, et il faut chercher dans des textes d’hier pour trouver quelques emplois : « Désirée, une galopine de quinze ans » (Joris-Karl Huysmans, les Sœurs Vatard).

            On peut s’étonner de trouver, dans des textes du domaine historique, notamment portant sur les XVIIIe et XIXe siècles, et, cela, au sein de plusieurs armées, le mot galopin semblant désigner un grade assez élevé. En fait, le vocable s’est répandu – n’oublions pas qu’à l’époque la langue française, reflet de la puissance politique, intellectuelle, économique, diplomatique du pays, était parlée par l’élite européenne – au sens d’aide de camp, d’estafette, donc désignant des militaires jouant un rôle important auprès des états-majors.

            Autre sens de galopin, un peu moins vieilli que certains lexicographes (qui ne doivent pas souvent aller, par exemple, dans les Pays de la Loire) ne le prétendent : « petit verre de vin », et, plus usité, « petite chope de bière ». Dans certaines régions, « galopin de bière » est d’ailleurs quasiment un pléonasme.

            La dernière signification découle probablement (?) du fait qu’il s’agit d’un petit verre, d’un contenant de faible capacité, d’un verre « gamin », juste bon pour de jeunes garçons. Des [verres à / de] galopins… Ou peut-être faut-il y voir un « p’tit verre » rapidement « éclusé » par des garçons de courses censés être pressés et faire rapidement leur tâche ?… Dans ce cas, à l’origine, ce serait aussi des « [verres de] galopins ».

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Le mot du 5 juillet 2014

sprint

            « Et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent ! » Il est trop tôt pour savoir si la Mannschaft (tout bêtement, en allemand : « l’équipe » ; ici, le mot étant le surnom de l’équipe nationale allemande : « l’Équipe ») va remporter l’édition 2014 de la Coupe du monde de football. Rappelons que cette épreuve fut créée à l’initiative d’un Français, Jules Rimet, qui fut durant de longues années président de la Fédération française de football, et président de la Fédération internationale de football association. Ancien combattant de 1914-1918, dès les années 1920 il voulut faire du football un outil au service de la paix, notamment par l’organisation d’une Coupe du monde. La première édition, en 1930, disputée en Uruguay par treize équipes, vit la victoire de… l’Uruguay.

           On pourrait ajouter, en ce 5 juillet : « Au début, ce sont les Allemands qui gagnent ! ». C’est en effet un cycliste d’outre-Rhin, au prénom bien français, Marcel Kittel, qui a gagné la première étape de la Grande Boucle 2014, en Grande-Bretagne, plus précisément en Angleterre, dans le Yorkshire. Cela à l’issue de cet effort bref et intense que l’on désigne par un mot… anglais depuis longtemps intégré à la langue française : un sprint !

            C’est dans les années 1860 que le terme apparaît en France, au sens de « bref et intense effort de pleine vitesse fourni au cours d’une épreuve sportive », notamment à proximité de l’arrivée.

            Le verbe sprinter (de l’anglais to sprint, « sauter, s’élancer ») s’est intégré au français depuis le début du XXe siècle via des journaux comme l’Auto. (Si le maillot du premier du Tour au classement général est jaune, c’est par référence à la couleur des pages de ce journal, dont le rédacteur en chef, Henri Desgrange, créa le Tour de France cycliste.) Une des bibles des amateurs de sport fut durant plusieurs décennies Miroir Sprint, un journal attaché à la figure de son directeur Maurice Vidal et à celle du fameux dessinateur Pellos (bien connu, par ailleurs, comme illustrateur des aventures des Pieds-Nickelés*). Prenant le sous-titre de Miroir du Tour pendant que se déroulait la Grande Boucle, et célèbre pour ses pages vertes, bleues, ou bistre ou sépia, et ses très nombreuses photos, Miroir Sprint atteignit des tirages remarquables dans les années 1950-1960 : de l’ordre de 400 000 exemplaires.

*  Ou : Pieds Nickelés, sans trait d’union. Les auteurs et éditeurs n’ont pas suivi une unique graphie. Rappelons qu’ « avoir les pieds nickelés », en argot de naguère, signifiait : « être paresseux », « ne rien faire, comme si l’on avait les pieds rivés au sol » !