Archives de Tag: Mairie du 7e arrondissement

Le mot du 3 février 2015

décryptage

         Un des mots ronflants à la mode, pour se mettre en valeur, chez les journalistes de télévision, voire de radio, c’est décryptage : « Merci, Tryphon Dubidon, de nous faire part de votre décryptage de l’actualité… ».  Et ledit Dubidon, promu ainsi au statut d’individu à la clairvoyance exceptionnelle, à la sagacité inouïe, de se lancer généralement – avec un sourire modeste, mais satisfait – dans un commentaire indigent, dans une paraphrase inutile nourrie des « éléments de langage » quotidiennement et généreusement distribués par les attachés de presse, par les services de communication, etc.

            Les auditeurs, les téléspectateurs, considérés comme des individus peu sagaces, pas très éveillés, même carrément bouchés, doivent alors être éclairés (d’ailleurs, éclairage est un terme également très apprécié par nos élites du petit écran) par l’  « expertise » (sic) du subtil commentateur.

            Hélas, au lieu de révéler un éventuel dessous des cartes que personne encore n’a dévoilé, de mettre au jour des coups (fourrés) à trois bandes ou les véritables intentions de telle personnalité, l’observateur censé être un très sagace analyste se montre atteint d’un psittacisme profond. Son décryptage se résume à une répétition de l’information, enrichie, si l’on peut dire, de remarques d’une grande banalité… Plutôt que de déranger le mot décryptage, chacun devrait se contenter sagement de commentaire, d’analyse,  qui, déjà, seraient souvent bien complaisants !

            Le décryptage, en son emploi exact, correct, consiste à découvrir le vrai sens d’un texte peu clair, ambigu, ou à déchiffrer un texte secret codé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, des cryptanalystes britanniques, reprenant les travaux de spécialistes polonais, ont réussi à décrypter des messages codés de la fameuse machine (en fait, il y eut plusieurs variantes)  de chiffrement Enigma des Allemands.

            Décryptage est lié à crypte, d’abord « endroit caché » (du latin crypta, d’après le grec kryptos, « caché »).

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RENDEZ-VOUS CONVIVIAL : 1er Salon de la langue française de Paris, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, métro : Solferino ou Varenne. Mercredi 11 février, à 14 heures. Conception : Jean-Pierre Colignon et les services de l’événementiel du cabinet du Maire.

Dans la salle principale : dictée gratuite pour tous, à 14 heures – Nombreux prix, chaque participant aura un cadeau souvenir. Pendant la correction des copies : séance-spectacle de « dictionnaire Alphonse Allais », par les académiciens Alphonse Allais. Puis : jeu-concours autour de la littérature française, nombreux prix.

Seconde salle : à 14 h 30, animation interactive (pour les juniors… mais pas seulement) par un dessinateur d’humour autour des expressions, proverbes et locutions de la langue française : dessins d’humour, rébus et dingbats.  Puis : spectacle donné par une conteuse.

Même si vous avez oublié de vous inscrire (surtout pour la dictée), ou si vous vous décidez à la dernière minute, n’hésitez pas à venir !

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Le mot du 28 janvier 2015

caracoler

            Le succès de certains mots et expressions ne se dément pas au fil des lustres (= périodes de cinq ans) ou des décennies (= périodes de dix ans)  – que l’on ne doit pas confondre avec les décades, périodes de dix jours.

            Les médias usent ainsi constamment de « caracoler en tête des sondages » au sujet d’un parti politique ou d’un homme ou d’une femme politique.  Étant donné le désamour dont pâtissent – et non « jouissent » : attention aux mauvais emplois des termes ! – les politiciens et politiciennes de tous bords (ou : tout bord), le recours à cette expression devient quasiment une impropriété. Caracole-t-on vraiment, avec seulement 30 ou 35 % des voix, quel que soit le parti politique, si en vérité ce sont les abstentionnistes qui l’emportent nettement, avec 40 ou 50 % des inscrits ?… Oui, sans doute, si tous les mouvements concurrents arrivent péniblement aux alentours de 10 %.  Mais c’est un abus de langage, une impropriété, si les principaux adversaires ne sont qu’à 3 ou 4 % derrière… et si le second tour verra, selon toutes probabilités, la défaite du prétendu « caracoleur » !  Les guillemets sont volontaires, car je pratique moi-même ici  l’abus de langage – calembour : selon le Trésor de la langue française, le caracoleur est « une personne un peu bohème, un peu débauchée », du type « noceur, viveur ».

            En fait, cet abus de langage est dans bien des cas… volontaire : pour faire le « buzz », pour attirer le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, pour transformer en événement censé être extraordinaire un résultat prévisible (pas besoin d’être de soi-disant politologues, il suffit d’être dans la « vraie vie »). Peut-être, chez certains, y a-t-il la volonté d’effrayer les électeurs, en laissant entendre que l’élection est jouée et que le second tour confirmera les résultats du premier s’il n’y a pas rassemblement des adversaires. À l’inverse, certains en rajouteront, par l’emploi de caracoler, pour inciter les abstentionnistes à voler au secours de la victoire, en rejoignant ceux qui dès le premier tour ont fait le « bon choix »…

            Alain Rey (que je remercie encore d’avoir été mon parrain d’intronisation au sein de l’académie Alphonse Allais, il y a huit jours), ainsi, avait retenu caracoler comme thème d’une de ses chroniques diffusées sur France Inter dans les années 1995. Un verbe qui « manifeste une belle vitalité expressive ». Et le linguiste poursuivait : « Caracoler évoque pour nous un cavalier qui fait piaffer sa monture ; un inconscient mélange avec cavalcade, cabrioler et galoper donne au verbe un dynamisme ostentatoire ».

            Caracoler  est  un  terme du domaine de l’équitation, dont l’acception est : « exécuter une succession de voltes et de demi-voltes à droite et à gauche, de courbes  et  de  contre-courbes ».  Alain Rey  estime  que  le  latin    conchylium, « coquille », est peut-être à l’origine du mot, et rattache caracoler à l’espagnol caracol, qui, « probablement par altération de mots occitans, cagarol et autres variantes, telle la cagouille poitevine », désigne l’escargot, le colimaçon… et sa coquille à spirales. Alain Rey ajoute que l’on a dit d’un escalier en colimaçon qu’il « caracolait » !

            Dans son journal, Stendhal écrit : « Le prince de la Paix [il s’agit de Manuel Godoy, 1768-1851], qui a été simple garde du corps,  plus puissant que le roi  en Espagne parce qu’il caracole la reine ». Chacun aura compris la signification…

 

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Ajout à un précédent « Mot du jour ». –  J’aurais dû mentionner dans confetti la définition qu’en donne, dans le désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.), l’un des auteurs de l’Académie Alphonse Allais, Jean-Pierre Delaune : « Petit cercle de papier coloré que l’on jette par poignées en période de fête ou de réveillon. À l’imitation d’Alphonse Allais, qui imagina les confettis noirs pour personnes en deuil, les membres de l’Académie Alphonse Allais préconisent les confettis en fonte pour les carnavals sado-masochistes ».

 

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Dictées et autres événements prochains :

 

Mercredi 11 février,  à 14 heures, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, premier « Salon de la langue française du 7e arrondissement ». Ce Salon, que la Mairie du 7e m’a demandé de concocter avec ses services culturels, se composera des animations suivantes :

Une dictée, à 14 heures. S’inscrire auprès de moi : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08. Dans la limite des places disponibles, les personnes non inscrites pourront le faire le jour même, à la mairie.

A la même heure, dans une autre salle, l’ami Claude Turier, dessinateur caricaturiste, qui fut pendant plusieurs années le rédacteur en chef de l’almanach Vermot, membre de l’Académie Alphonse Allais, animera un jeu particulièrement destiné aux juniors, autour  des expressions de la langue française.

Pendant la correction de la dictée, séance drolatique,  et interactive avec le public, de dictionnaire, menée par plusieurs membres de l’Académie Alphonse Allais et dirigée par Xavier Jaillard, rédacteur en chef du dictionnaire mentionné plus haut.

Notamment en direction des plus jeunes, mais pas seulement, dans une autre salle : spectacle par une conteuse.

Jeu-concours autour de la littérature française (rédigé et animé par J.-P. Colignon).

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Samedi 7 mars, à 14 heures : dictée de Sèvres (92), au Centre international d’études pédagogiques. Inscriptions et renseignements : jp.colignon@orange.fr ou au 06 07 59 17 08.  

Le mot du 16 janvier 2015

procrastination

            Bien des soucis, bien des problèmes, voire bien des drames, seraient évités si, dans la vie, le citoyen lambda comme le « décideur » (sic) ne pratiquaient pas à longueur d’année (année est figé au singulier, en principe) la procrastination. Ce mot revient actuellement dans la bouche de commentateurs qui fustigent les atermoiements (un seul t, et un e médian dû au fait que ce substantif appartient à la famille d’un verbe en -yer, tels aboiement [aboyer], bégaiement [bégayer], paiement [payer]…) des politiciens de tous bords (plutôt au pluriel = « de tous les bords »).

            Si la prudence  –  même jusqu’à la prudence dite de Sioux  –  doit s’associer à l’analyse intelligente, impartiale, raisonnée, froide, face à toute question à trancher, face aux difficultés de tous ordres, cela ne doit pas conduire sans cesse à des manœuvres dilatoires, à des ajournements à tout-va, à des tergiversations… qui dans la plupart des cas aggravent les problèmes. Appliquer des cautères sur des jambes de bois, détourner les yeux des réalités, empêcher les vérités d’être dites, pratiquer le mensonge par omission, c’est rejoindre le mot attribué à la favorite de Louis XV, la Pompadour, après la calamiteuse défaite de l’incapable Soubise, à Rossbach, face à Frédéric II, en 1757 : « Après nous, le Déluge ! ». Belle illustration de la procrastination irresponsable et égoïste, puisque cela équivaut à « peu importe ce qui peut arriver, dès lors que ce sera après ma mort » !

            Personne ne peut savoir si la marquise, dans sa pensée, écrivait déluge avec, ou non, une majuscule initiale… Normalement, elle aurait dû faire allusion au déluge de la Bible, le fameux Déluge universel décidé par Dieu, excédé par la violence des hommes : « Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. » […] Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre»  (Genèse.) Étant donné la signification particulière, il est logique de voir ici dans Déluge un nom propre à majuscule.

            Procrastination vient du latin procrastinatio, « ajournement, délai ».

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           La première édition du Salon du livre de Paris-7e se déroulera le mercredi 11 février dans la mairie du 7e arrondissement. Plusieurs animations, s’adressant soit aux juniors, soit aux seniors, soit à tous publics, seront proposées, dont une jubilatoire et humoristique « séance du dictionnaire » animée par l’Académie Alphonse Allais et une dictée gratuite, ainsi qu’un jeu-concours non moins gratuit autour de la littérature française que je concocterai également. Nombreux prix pour les participants.

        Il serait bon que les personnes intéressées par la dictée s’inscrivent auprès de moi, ce qui permettra de préparer au mieux la salle. Merci !

Le mot du 14 janvier 2015

commissariat

    Parmi les mots que l’actualité met sur le devant de la scène figure commissariat(s) : entendez commissariat(s) de police. D’ailleurs, même sans les événements qui accaparent l’attention, ce terme est des plus usités : il fait partie de la vie civile, de la vie de tous les jours. On va au commissariat pour demander des papiers, ou pour les signer ; on y va pour déposer plainte, etc. Ce dérivé de commissaire revient constamment dans la pléthore de séries policières diffusées à la télévision…

            Eh bien (N. B. : cette interjection s’écrit avec eh, et non et), en dépit de sa fréquence d’emploi, le vocable est maltraité, déformé, à longueur de journée par des personnes censées maîtriser le vocabulaire : les journalistes et les comédiens, qui, par barbarisme, disent « commissairiat » ! À l’écrit, la faute est moins récurrente.

       Non,   pas    plus  que   notaire   n’a   donné     « notairiat »,  « notairial(e) »  et « notairié(e) », mais notariat, notarial(e) et notarié(e), pas plus que honoraire n’a donné « honorairiat », mais honorariat, le dérivé licite de commissaire est exclusivement commissariat.

            Il en va de même pour toute une série de mots dérivés de termes en –aire : salariat (salaire), secrétariat (secrétaire), prolétariat (prolétaire), actionnariat (actionnaire), volontariat (volontaire), sociétariat (sociétaire), vicariat (vicaire)…

         Pour sourire un peu, rappelons que Courteline n’a pas écrit « Le commissaire est bonne d’enfant(s) », mais : Le commissaire est bon enfant.  (Ce titre d’oeuvre étant formé d’une phrase à la voix active, seul le premier mot, quelle que soit sa nature grammaticale, prend une majuscule.  Cas identiques : Le facteur sonne toujours deux fois, Le train sifflera trois fois, Le drapeau noir flotte sur la marmite, etc.)

 

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Rappel : le mercredi 11 février se tiendra à la mairie du VIIe arrondissement de Paris le premier « Salon du livre du VIIe », qui comportera notamment une animation menée par l’Académie Alphonse Allais, ainsi qu’une dictée gratuite ouverte à tous. Les personnes désireuses de participer à cette dictée peuvent d’ores et déjà s’inscrire auprès de moi.

 

              

 

 

Le mot du 3 septembre 2014

délétère

            Que fait un(e) journaliste à court d’idées, ou de vocabulaire, pour qualifier une ambiance, une situation, un climat, une conjoncture, qu’il ou elle a du mal à définir avec précision ?… Il ou elle se rue sur l’adjectif à la mode au point d’être une « scie » du langage : délétère !

            L’air est-il malsain, ou plutôt pestilentiel ?… Bah ! Il sera délétère. La situation politique est-elle insupportable ou dangereuse ?… Disons qu’elle est délétère. L’atmosphère au sein de cette entreprise est-elle irrespirable, tendue, pernicieuse ou nocive ?… Tout bien réfléchi (… ou pas !), elle s’affiche délétère. Cet adjectif sert donc, a priori, à qualifier quelque chose d’indéfinissable, d’insaisissable, qui échappe à l’analyse et à la description… Ses utilisateurs, par son emploi, « bottent donc en touche », se lavent les mains, laissant aux auditeurs, aux téléspectateurs et aux lecteurs le soin d’attribuer à ce terme l’acception de leur choix.

            Le recours à délétère traduit bien souvent, en fait, l’incapacité de ceux qui l’emploient à analyser une situation, à interpréter des faits et gestes, à ressentir une atmosphère, à disséquer un propos, à expliquer le dessous des cartes…

            Il est inhabituel d’employer délétère au sujet de personnes, mais il ne manque pas d’individus, hommes et femmes, que l’on associerait pourtant volontiers aux acceptions de « dangereux, nuisibles, corrupteurs, pernicieux… ».

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            La Mairie du 7e arrondissement vient de m’annoncer qu’elle avait fixé au mercredi 5 novembre son Salon de l’écriture… À mon grand regret, il ne me sera pas possible d’écrire et animer une dictée dans ce cadre, puisque depuis plusieurs mois cette date est bloquée pour ma traditionnelle dictée Jules-Verne de Nantes, au conseil général de Loire-Atlantique.