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Le mot du 6 septembre 2014

dissolution

          La situation socioéconomique et politique, en France, suscite chez les Français – nul besoin de sondages plus ou moins orientés de par la rédaction des questions, ou manipulés par tels ou tels médias, pour s’en rendre compte – soit l’apathie, le découragement et le désespoir, soit la colère, voire la haine. Ces sentiments, sauf chez des militants très convaincus de différents partis et mouvements, s’expriment partout : dans la rue, chez les commerçants, sur les lieux de travail…, et englobent la quasi-totalité des hommes et des femmes politiques. Car si l’on semble arriver à l’acmé du désamour entre la population et les professionnels de la politique ce divorce ne date pas seulement des deux-trois dernières années. Tout observateur neutre et attentif arrive certainement à ce constat.

         Sur les causes, les motifs, les explications, les raisons, etc., de cette situation, chacun(e) doit avoir ses idées, son sentiment, ses convictions… Il n’est pas question d’entrer dans ce débat : les « mots du jour » sont des chroniques neutres qui s’attachent à noter, à mettre en évidence, les mots et expressions que l’actualité impose. Et l’un des mots qui reviennent le plus souvent dans les écrits et dans les propos ces jours-ci est : dissolution. Il faut entendre : « dissolution de l’Assemblée nationale », et retour aux urnes des électeurs.

            En une acception rare et abandonnée, dissolution a désigné la mort (« Ses derniers moments ont été exempts de ces souffrances qui accompagnent si souvent notre dissolution », Mérimée). Ou « seulement » un affaiblissement marqué, voire l’anéantissement, des forces physiques ou des facultés d’une personne (« la plus horrible de ces souffrances sans danger est une dissolution complète de la volonté », Balzac). Ces significations de dissolution, comme les nombreuses autres acceptions, découlent du latin dissolutio, « séparation, destruction, disparition, désagrégation ».

            En droit civil, on a les dissolution de société, dissolution de mariage, dissolution de communauté. En droit constitutionnel, nous avons notre « mot du jour » : la dissolution par laquelle l’autorité met fin, avant le terme légal, au mandat d’une assemblée délibérante. Cette procédure, quand elle vise une Assemblée nationale, est généralement soumise, dans un grand nombre de pays, à des règles strictes définies par la Constitution. Parfois au point de bloquer le système, quand le droit de dissolution ne peut jouer sans l’assentiment des parlementaires… peu désireux de renoncer à leur siège et à ses avantages.

       Si une dissolution aboutit le plus souvent à une séparation, à une désagrégation, il est un cas où le mot désigne quelque chose qui répare, qui permet de ressouder ! Quel cycliste ou cyclotouriste de naguère n’a jamais eu recours à la bonne vieille dissolution à la très forte odeur (solution sursaturée de caoutchouc dans le benzène ou le sulfure de carbone), qui permettait, par collage, de réparer les pneus et les chambres à air !

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