Archives de Tag: Mme de Sévigné

Le mot du 20 février 2016

La question du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour  +  le mot d’esprit du jour

La question du jour

            « Le verbe « tacler » revient de plus en plus souvent dans les commentaires portant sur des débats politiques. Peut-on accepter cet emploi, ou faut-il dire, en français de meilleur niveau : « Tartempion a contredit Dumollet », « Godiflot s’est sévèrement opposé à Verdurin » ? »

L’extension d’un mot à des emplois figurés est parfois excellente, parfois moins heureuse, voire à rejeter sans nuance(s). De plus, « cinquante personnes : cinquante avis » !

Venus de l’anglais, tacler et tacle sont complètement intégrés au vocabulaire du football. Ces deux mots ont des significations précises, que n’expriment pas d’autres mots qui auraient été directement créés en français. Lorsqu’un joueur tacle un adversaire, cela veut dire qu’il le dépossède du ballon par une énergique glissade du pied, ou, même, des pieds. Ce geste technique peut être dangereux pour celui qui en est victime, et les cartons jaunes et – ou – coups francs ne sont pas rares…

Attaquer, contredire et s’opposer ne conviennent pas, sont impropres ou insuffisants, selon moi. Ils ne contiennent pas l’idée de point remporté par le « tacleur » : ce dernier a, au moins, « rembarré sévèrement » les arguments de l’adversaire, a « contré très sèchement » les positions antagonistes… Le ou les contradicteurs ont vu leur argumentation mise en grande difficulté, voire ridiculisée, anéantie…

Je pense que l’on peut garder cet emploi de tacler, un emploi qui, de figuré, est en train de passer à un emploi courant, ordinaire, intégré au bon usage de 2016. Si l’on est encore sur la réserve, il faut alors recourir à des verbes de sens fort, qui doivent être associés à des adverbes, de façon à exprimer parfaitement la notion du tacle.

 

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La citation du jour

            « Celui qui ne lit pas aura vécu une seule vie. Celui qui lit aura vécu 5 000 ans. La lecture est une immortalité en sens inverse. » (Umberto Eco.)

 

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Le proverbe du jour

            « Chat timide fait souris effrontée. »

 

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Le mot d’esprit du jour

            Parlant d’un courtisan avéré, le comte de Tressan, Mme de Sévigné assura, alors que ce flagorneur empressé était absent lors de l’oraison funèbre d’un grand personnage du royaume : « Si ç’avait été pour un vivant, il n’aurait point manqué d’être là… ».

 

 

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Le mot du 1er août 2015

Question du jour – bévue du jour – citation du jour

 

La question du jour :

            « Faut-il écrire « entre temps » ou, avec un trait d’union, « entre-temps » ? »

            Aujourd’hui, cet adverbe,  qui a pour signification « dans l’intervalle », s’écrit :  entre-temps,  avec  un  trait  d’union  (« Entre-temps,  Zorro   était   arrivé ! »). On peut avancer que ce trait d’union chez l’adverbe est la survivance du trait d’union généralement observé quand, naguère, voire autrefois, il s’agissait d’un substantif ayant l’acception d’ « intervalle de temps entre deux actions » (cf. Littré). On trouve chez Mme de Sévigné : « Tout est à craindre dans cet entre-temps ». Rien n’interdit, d’ailleurs, de maintenir cet emploi de nom commun masculin : « L’entre-temps entre les élections municipales et les élections régionales devrait permettre au président de la République de tenter de rassembler les différentes factions du principal parti de la majorité ».

 

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La bévue (récurrente !) du jour :

            Une alternative est un choix entre DEUX possibilités… Pas trois ni quatre ! Ni une seule… ! On respecte donc la logique, le bon sens… et la langue française en disant et en écrivant : « Les soldats de l’an II n’avaient qu’une alternative : vaincre ou mourir ». Idem : « Il n’y avait plus qu’une solution : s’exiler » (et non : « Il n’y avait plus qu’une alternative : s’exiler » !).

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La citation du jour :

            « La liberté, c’est le bonheur, c’est la raison, c’est l’égalité, c’est la justice […]. (Camille Desmoulins.)

Le mot du 25 octobre 2014

pet(-)sitting

            Comme d’habitude, les psittacidés des médias – pour faire, croient-ils, le buzz, et donner l’impression d’être dans le vent et d’apporter un scoop fabuleux – reprennent de concert un anglicisme lancé par de petits malins ou par les poseurs : pet(-)sitting ! On les verrait presque adopter la fameuse emphase épistolaire de Mme de Sévigné à propos du mariage annoncé de la Grande Mademoiselle (Mlle de Montpensier, cousine germaine de Louis XIV) avec le duc de Lauzun : « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande […] : le pet(-)sitting est arrivé ! ». Avec ses « pet-sitters », bien entendu…

            Quel fabuleux Everest accouchant, une fois de plus dans l’actualité, d’une minuscule souris ! Même pas d’une souris, d’ailleurs, mais du vent, de rien : cette pseudo-nouveauté extraordinaire existe depuis des décennies, mais sous une dénomination bien française, la « garde à domicile d’animaux de compagnie », principalement chats et chiens. Soit au domicile des hôtes, soit en passant au « domicile des animaux » pendant les absences des maîtres pour vacances ou autres motifs.

            L’utilisation de l’anglicisme est tout simplement, et c’est bien loin d’être un cas isolé, une démarche commerciale (ou un comportement snobinard) censée qualifier une intervention nouvelle, des prestations innovantes et supérieures… Il n’en est rien : depuis des lustres, les personnes gardant des animaux proposent différents niveaux d’accueil en famille, plusieurs fréquences de passages à domicile ou de promenades, etc.

            Seuls des naïfs, des personnes crédules, trop confiantes, peuvent croire que la mise en avant d’un anglo-américanisme garantit forcément une originalité ébouriffante et des services de meilleure qualité.

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           Avec un retard dû aux nombreuses dictées et aux autres activités concentrées sur octobre, voici les résultats du premier concours mensuel (de septembre). Les habitués de la dictée de Bonsecours (Seine-Maritime) se sont couverts de gloire !

Classement : 1re Mme Marie-Clotilde Barraud de Lagerie, de Charleval (Eure) ; 2e M. Lionel Maurouard, de Bec-de-Mortagne (Seine-Maritime) ; 3e M. Thierry Raulin, de Bonsecours.

           Ces trois lauréats vont recevoir sous huit jours des prix en livres d’une valeur respective de 300, 200 et 150 euros.

            Le concours d’octobre sera mis en ligne demain. Vous aurez jusqu’au 10 novembre pour participer.

Hommes et femmes d’esprit

Le premier des « égos »

           Génie littéraire, Victor Hugo ne montra pas toujours de la modestie. C’était connu… Un jour, il rencontra Leconte de Lisle (1818-1894), autre rimeur de qualité, comme l’on sait. L’auteur des Misérables demanda alors au chef de file des poètes parnassiens :

            « Vous ne devineriez jamais à quoi je pensais !?…

            –       Sans doute à quelque œuvre nouvelle, maître…

           –       Non : je songe à ce que je pourrai dire à Dieu quand je me trouverai en sa présence…

            –       Oh ! Vous lui direz : « Cher confrère… ». »

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Logique !…

            « On ne perd jamais rien à être poli, dit un jour quelqu’un à Raymond Bernard (1891-1977), fils du fameux romancier, dramaturge et très brillant homme d’esprit Tristan Bernard (1866-1947).

              –  Si : sa place dans l’autobus ! », rétorqua le scénariste et cinéaste, notamment réalisateur des Misérables, des Croix de bois et du Miracle des loups.

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Casino « ducal »

          Michel d’Ornano (1924-1991), industriel du parfum, fut député, président de conseil général, président de conseil régional, ministre…Il fut donc l’homme fort de la Basse-Normandie pendant plusieurs décennies, et, pour cela, surnommé « le duc de Normandie ». Par ailleurs, il fut maire du « 21e arrondissement de Paris » (c’est l’un des surnoms-slogans de l’élégante station balnéaire de Deauville, fort connue pour son Festival du cinéma américain, ses courses hippiques, ses « planches »-promenade, etc.). Son épouse, Anne d’Ornano, lui succéda à l’hôtel de ville en 1977.

          Un esprit curieux demanda un jour à Michel d’Ornano pourquoi Rip (1884-1941) – chansonnier, revuiste, auteur de comédies musicales et dessinateur qui fut très coté ; à l’état civil : Georges-Gabriel Thenon – avait une rue à son nom à Deauville. Celui qui était alors le premier magistrat de la ville répondit avec finesse : « Il a tellement perdu au casino ici que la municipalité du temps a cru lui devoir une… plaque ! ».

27 juin 2014.

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Le « bourreau de mes thunes », version d’outre-Manche

L’écrivain et humoriste George Bernard Shaw, comme tous les contribuables britanniques, devait remplir une déclaration (non « des impôts », comme le disent couramment un certain nombre de personnes, mais de revenus). Le formulaire contenait entre autres la question suivante : « Partagez-vous vos revenus ? Avec qui ? ».

            Chaque année, Shaw répondait donc : « Oui : avec mon percepteur. »

(« Bourreau de mes thunes » est un calembour dû, sauf erreur, au chansonnier Jean Rigault, sur le sobriquet d’un des catcheurs qui, à l’époque, furent très médiatisés par des émissions télévisées sportivo-comiques  : le Bourreau de Béthune.)

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L’écrivain Oscar Wilde…

Un auteur, déçu par l’accueil très réservé que l’on… réservait à ses oeuvres (mais l’accueil était peut-être à la hauteur du « talent » de l’individu), s’en plaignit un jour à Oscar Wilde :

« On a sûrement organisé contre moi une conspiration du silence ! Que puis-je faire !?

–  … Entrer dans la conspiration ! »

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Mme de Sévigné…

La célèbre épistolière pouvait avoir la dent dure… Alors qu’on vantait devant elle l’esprit d’un homme… auquel elle-même ne portait pas beaucoup d’admiration, elle fit remarquer :

« Oh oui ! Il a certainement beaucoup d’esprit… puisqu’il en dépense si peu… »

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Talleyrand, encore et toujours…

Le « Diable boiteux » fit un jour convoquer un fournisseur militaire cossu… Mais on revint lui dire que ce dernier était parti « prendre les eaux ». Talleyrand laissa alors tomber :

« … Il faut donc qu’il prenne toujours quelque chose… »

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Georges Feydeau…

Le célèbre vaudevilliste fut imité, copié, pillé, par des auteurs qui se servaient sans pudeur des gags scéniques et des bons mots figurant dans ses pièces… Celles-ci étaient une vraie mine pour les médiocres à court d’idées. Un jour, un de ces plagiaires  –  qui était aussi un flatteur : cela va souvent de pair  – se confondit en compliments devant Feydeau :

 » Maître, votre théâtre est pour nous tous, la jeune génération, un enseignement très précieux… Heu… Une véritable école de…

–  … une école, oui : une école des… Mines… »

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La comédienne et cantatrice Sophie Arnould…

Actrice de la Comédie-Française, Mlle Beaumenard reçut d’un de ses admirateurs, un fermier général, une somptueuse rivière de diamants, qu’elle ne manqua pas d’exhiber très largement…  Comme une autre comédienne faisait remarquer que la rivière descendait très bas, au-delà du décolleté profond, Sophie Arnould s’exclama : « C’est qu’elle retourne à sa source ! »

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Talleyrand…

Lors d’une partie de cartes entre nobles, à Vienne, Talleyrand avait été « rincé » par le comte de Palfy, qui lui avait gagné, en une soirée, une somme colossale, suffisante pour faire construire et meubler un château…

Par délicatesse, et non par ironie, le comte en fit les honneurs au « Diable boiteux », en lui demandant ce qu’il en pensait. Mi-figue mi-raisin, Talleyrand marmonna : « Pas mal… Pas mal, pour un château… de cartes ! ».

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L’acteur François Périer…

Alors jeune élève du Conservatoire national d’art dramatique, il se fait reprendre sarcastiquement par son professeur Louis Jouvet : « Si Molière voit comment tu interprètes Dom Juan, il doit se retourner dans sa tombe ! ».

Sans se démonter, l’apprenti comédien réplique du tac au tac : « Comme vous l’avez joué avant moi, ça le remettra en place ! »

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L’épouse du maréchal de Boufflers…

Les combats, les amours, la bonne chère et la boisson ont tenu le maréchal de Boufflers très souvent loin du logis conjugal… Quand il décède, sa veuve ne semble pas des plus affligées, car, alors qu’on lui fait remarquer : « Le maréchal va sans doute beaucoup vous manquer », elle réplique : « Peut-être. Mais maintenant, au moins, je saurai où il passe ses nuits… »

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L’écrivain, auteur dramatique, Marcel Achard…

Peu confraternel à l’égard d’un « collègue », il l’exécute (à juste raison, peut-être) en répondant, à un ami qui lui demandait : « As-tu aimé sa pièce ? »« Non, pas beaucoup. Il faut dire que je l’ai vue dans de mauvaises conditions : le rideau était levé… ».

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L’homme d’Etat britannique Benjamin Disraeli…

William Gladstone et Benjamin Disraeli furent de farouches ennemis : ces deux hommes d’Etat furent sans cesse en concurrence pour le poste de Premier ministre du royaume. Leurs échanges verbaux étaient inspirés par la haine, et les propos constamment venimeux…

Un jour, Gladstone lança : « Vous, vous finirez pendu ou miné par une maladie vénérienne ! ».

Impavide, Disraeli répliqua : « Cela dépendra, cher ami, de qui j’aurai épousé : vos principes, ou votre maîtresse… ».