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Le mot du 14 octobre 2015

Question du jour + articulet « dico » du jour + citation du jour

Mercredi 14 octobre 2015

La question du jour

            « Est-il admis de dire : « Je suis définitivement sûr de moi » ?… »

            Bien que cet emploi de définitivement se soit répandu dans les médias ces dernières années, cela demeure une formulation critiquable, à bannir.

            La raison de cet engouement découle certainement de l’anglais definitely, que les Anglo-Saxons utilisent couramment afin de renforcer une réponse affirmative, le yes (comme le oui chez nous, d’ailleurs !) ne semblant plus assez fort, plus assez fiable, ne garantissant plus avec certitude.

            En  français,  définitivement   doit  signifier  : « de manière définitive », ou « pour en finir ». Dans la phrase que vous citez, il vaudrait mieux avoir : « Je suis complètement sûr de moi », « …absolument sûr de moi », « …vraiment sûr de moi ».

 

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 L’articulet « dico » du jour

sosie  n. m.

            Ce substantif est exclusivement masculin. On dit donc : « Germaine est LE sosie de Nicole ». Ce nom commun est issu par antonomase du nom propre Sosie, en l’occurrence celui d’un esclave d’Amphitryon dont Mercure emprunte les traits dans les comédies de Plaute et de Molière.

            Pluriel : des sosies.

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La citation du jour

            « La force n’a ni droit ni raison, mais il peut être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison. » (Saint-Just.)

 

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La petite info du jour

 La Mairie de Honfleur a décidé d’appeler dorénavant la dictée annuelle :  « À vos plumes !!! Honfleur fait sa dictée avec Jean-Pierre Colignon ».

Le mot du 31 juillet 2015

chassé-croisé

 

            Parmi les « marronniers » de l’actualité figure inévitablement le fameux et sempiternel chassé-croisé des 31 juillet et 1er août qui entraîne des centaines de kilomètres d’embouteillage(s)… Ceux dont les vacances sont terminées croisent en effet ceux qui entament leurs congés et qui, en quelque sorte, vont les chasser des campings, de la plage, etc.

            De formation tardive (milieu du XIXe siècle), chassé-croisé est un terme de danse, de chorégraphie : le chassé consiste à glisser une jambe sur le côté, et celle-ci sera rejointe par l’autre jambe, qui prend sa place. Chassé-croisé, issu de chassez-croisé (voire de chassez-croisez), désigne une figure au cours de laquelle les danseurs d’un quadrille passent alternativement l’un devant l’autre. Au figuré, vers 1850-1860, le mot composé va être utilisé avec une connotation généralement dépréciative : « ensemble de démarches confuses qui se croisent sans coordination », « suite de démarches imprécises qui se contredisent, se neutralisent, sans aboutir au moindre résultat »… Aussi : « échange réciproque et simultané de places, de postes, de fonctions »  –  avec souvent la nuance critique d’« échange sans signification ou sans grand intérêt » : « Ce changement de ministres n’est qu’un chassé-croisé ! ». 

            Notre   chassé-croisé  des vacanciers automobilistes  de   fin   juillet-début   août   correspond,   lui,  à   un « mouvement simultané de deux flux se déplaçant dans des directions inverses ». Le pluriel, logique, est : des chassés-croisés.

 

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La question du jour :

            « Il est bien licite de dire : « Blaise Cendrars, alias Frédéric Sauser » ?… »

            Non ! L’adverbe alias, qui signifie « autrement dit », doit toujours précéder le surnom, le pseudonyme, et suivre le patronyme, le vrai nom de famille. Ainsi, la forme correcte, licite, est de dire : « Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière » (et non l’inverse : « Molière, alias Jean-Baptiste Poquelin »).

            Aujourd’hui, on ne met plus l’adverbe en caractère italique dans un texte en caractère romain, ni en romain dans un texte en italique. C’est un usage tombé en désuétude…

 

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La coquille du jour :

            « S’il était encore de ce monde, l’auteur des Misérables rierait de tous ces commentaires […]. » Mais y aurait-il vraiment de quoi « rier », sinon de quoi RIRE, quand on relève chaque jour davantage une méconnaissance affligeante de la conjugaison des verbes du troisième groupe ?…

 

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La citation du jour :

            « La plupart des gens répètent comme des perroquets ce qu’ils ont entendu dire à des demi-savants qui, n’ayant que des connaissances imparfaites, raisonnent le plus souvent de travers. » (Vauban.)

Le mot du 11 mai 2015

phébus

            Boileau doit rugir de fureur en se frappant le front tandis que Molière et La Bruyère doivent se pâmer d’aise, voire se taper les fesses par terre,  de même que l’ensemble des humoristes spirituels qui ont fustigé la bêtise,  ridiculisé l’emphase de baudruches,  la bouffissure arrogante, la cuistrerie, l’infatuation, la présomption, la verve pompeuse…  Jules Renard, Alfred Capus, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Cami, Maurice Donnay, revenez : vous avez du grain à moudre, comme disent les politiciens et les dirigeants syndicaux !  Pierre Dac, Jean Yanne, et vous les chansonniers de grande allure qui, en vrais fous du roi, disiez leurs quatre vérités aux gouvernants, revenez aussi : les épigrammes doivent ressortir !…

            Alors que les citoyens ayant les pieds sur terre déplorent, quelles que soient leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, la baisse du niveau scolaire en ce qui concerne les bases fondamentales (lire, écrire, compter) et l’abandon des objectifs républicains : amener la totalité d’une population au plus haut niveau d’instruction et de culture possible, compte tenu des capacités et des aptitudes de chacun, de hauts fonctionnaires de l’éducation nationale, chargés de présenter des réformes utiles, pondent des textes ridicules relevant de l’amphigouri, du pathos, du charabia, du galimatias, du phébus…

            Phébus est un nom commun qui vient du nom propre de Gaston Phébus, plus précisément Gaston III de Foix (ou : de Foix-Béarn), fort brillant seigneur du XIVe siècle, auteur d’un renommé Livre de chasse.  Mais le style en fut jugé pompeux, et creux le contenu. D’où l’expression qui fut fort utilisée : donner dans le phébus :  « écrire et parler dans un jargon incompréhensible et pompeux, afin de masquer la vacuité du propos ».

            À l’issue – peut-on supposer, vu la profondeur abyssale de nombreux  passages des textes produits – de longues cogitations et de réflexions hors du commun, de hauts fonctionnaires censés réfléchir à la meilleure façon de former des têtes bien faites et bien pleines ont délivré le fruit croquignolet de leur transpiration…  Les élèves et leurs parents ont donc appris que l’éducation nationale va dorénavant enseigner aux scolaires comment « se déplacer de façon autonome, plus longtemps et plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé ». Si si !   Il y a trente ans, on aurait dit : « apprendre à nager dans une piscine ».

            Si l’on consulte la colonne « Ressources mobilisables par l’élève », on y apprend que celui-ci devra : «  Construire des points d’appuis efficaces favorisant un déplacement fluide. Maîtriser un effort associé à une respiration  « aquatique ». Prendre des informations sur soi pour favoriser un déplacement efficace et économique. Accepter les conditions particulières de l’apprentissage de la natation : peur de l’eau et exposition du corps au regard . »

            Encore de courts extraits de cette prose, pris çà ou là dans le texte diffusé : pour bien jouer au badminton ou au ping-pong, un élève devra « interpréter seul le jeu pour prendre des décisions et rechercher le gain d’un duel médié (?!) par une balle ou par un volant ». Le scolaire n’apprendra plus à courir, mais, ô nouveauté extraordinaire, à « créer de la vitesse », afin de « l’utiliser pour réaliser une performance mesurée, dans un milieu standardisé ».

            Au concours Lépine de l’amphigouri inutile, ces hauts fonctionnaires à l’indice administratif sans doute très élevé seraient bien placés pour une médaille d’or… J’invite d’ores et déjà mes confrères de l’académie Alphonse Allais à décerner au début de 2016 un « Alphonse » à ces génies du pathos, à charge pour ces derniers de venir chercher leur prix au Théâtre de la Huchette, à Paris.  Peut-être même faudrait-il créer une décoration spéciale, une médaille particulière…

            Nous incitons ces hauts fonctionnaires, en tout cas, à lire Boileau, La Fontaine, Molière, La Bruyère et bien d’autres bons auteurs, en leur suggérant par ailleurs de bien maintenir au programme les œuvres de ces écrivains. Tout est dit, et en une phrase, par Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Et délaissons les Trissotin et Vadius de Molière pour reprendre le portrait d’Acis, dressé par La Bruyère : « Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid. Que ne disiez-vous : « Il fait froid » ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : « Il pleut, il neige ». Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m’en féliciter ; dites : « Je vous trouve bon visage ». – Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et, d’ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant ? Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus ; vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l’étonnement : une chose vous manque, et c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. […] »

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Le clin d’œil du jour :

            Vous avez échappé, dans la précédente chronique du jour « En tournée à La Havane », à la question : « Pourquoi les églises sont-elles fermées, à Cuba ? ». Vous aurez tout de même droit à la réponse : « C’est parce que l’on trouve que les fidèles cassent trop ! ».

Mais vous avez droit ici au dingbat :

                            A6  =  At

certainement aisé à déchiffrer !  ☺

Le mot du 17 avril 2015

escarmouche

            À l’intérieur des partis politiques (mais pas uniquement), à l’approche d’échéances diverses telles que des congrès nationaux, l’élection de dirigeants, voire le choix d’un candidat à l’élection présidentielle (rappelons à chacun, y compris à certains journalistes, que l’on doit dire, au singulier : « l’élection présidentielle », parce qu’il n’y a qu’un poste à pourvoir), on assiste naturellement à des escarmouches.

            Petit accrochage sans lendemain, combat isolé sans conséquence, ou engagement préliminaire annonçant un conflit plus ou moins étendu : l’escarmouche peut prendre l’une ou l’autre de ces acceptions. On peut dès lors supposer que pessimistes et optimistes se diviseront sur la teneur des bulletins d’information comportant ce mot.

            Les linguistes se montrent prudents à propos de son origine. Ils y voient généralement plusieurs croisements et recoupements mêlant l’ancien francique skirmjan, « protéger », d’où escrime, les anciens français escremie, « combat » (d’escremir, « combattre »), et muchier, « cacher », l’italien mucciar, « s’enfuir, s’esquiver »…

            La terminaison –ouche serait à rattacher  à moucher, variante de mucher et musser,  « s’esquiver ».  Ce  qui nous ramène aussi à muchier, « cacher » (donc : « se cacher »). D’aucuns y voient plutôt l’influence de mouche, « espion », ou à tout le moins un croisement supplémentaire.

    N’oublions pas les formes anciennes d’escarmouche : escharmuches, escarmuche, escaramouche, écarmouche, qui évoquent inévitablement l’italien scaramucciare, scaramuccia. Et donc le personnage de Scaramouche, type de bretteur adroit – voir l’excellent film de cape et d’épée (en texto : 2KPDP) de George Sidney Scaramouche, où le duel final entre Mel Ferrer et Stewart Granger dure plus de six minutes ! Plus historiquement, on rappellera, au théâtre, le personnage de capitaine errant créé par Tibero Fiorelli (ou Fiorilli) au XVIIe siècle. Cet acteur s’imprégna tellement de ce rôle qu’il fut lui-même surnommé Scaramouche ; Molière l’admirait, et entretint avec lui des relations amicales.

            L’escarmouche peut être assimilée à un coup de main mené par quelques tirailleurs isolés, qui se replient rapidement et vont se cacher, prêts à resurgir çà ou là pour « asticoter » l’ennemi, semblable à des insectes piquant à l’improviste. Cette description recouvre à peu près les différentes notions issues des étymons relevés.

            Au figuré, escarmouche exprime l’idée d’échange de propos un peu vifs, de dispute, de chamaillerie, d’altercation, généralement sans conséquence(s) : se livrer à des escarmouches verbales, des escarmouches parlementaires.

            Escarmoucher, au sens propre comme au sens figuré, a signifié « se livrer à des escarmouches », et a donné naissance à escarmoucheur –  mais pas à escarmoucheuse, semble-t-il –, pour désigner un spécialiste des escarmouches.

            Les femmes récemment élues, au nom de la parité, vont sans doute avoir à… cœur de démontrer qu’elles ont autant de compétences que leurs collègues masculins. Cela permettrait de mettre en usage le plaisant escarmoucheuse. Alors, mesdames, pour la plus grande gloire du vocabulaire français, un bon mouvement : au lieu de vous tenir… « à carreau », lancez de temps à autre, et à bon escient, bien sûr, des… piques !

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La citation du jour :

            « La calomnie est comme la fausse monnaie : bien des gens qui ne voudraient pas l’avoir émise la font circuler sans scrupule » (Diane de Beausacq, le Livre d’or de Diane, 1895).

 

Le mot du 2 décembre 2014

comédie

            Aujourd’hui, comédie est exclusivement compris au sens de « pièce de théâtre  drôle, amusante, divertissante » (le terme s’applique aussi à un film). Il n’en a pas été toujours ainsi, et le mot a, en premier, été employé pour désigner toute pièce de théâtre, sans considération de genre.

            Ce comédie vient du latin comoedia (« pièce de théâtre » ou « genre théâtral »), lui-même emprunté au grec kômôdia (d’après kômôdos, « chanteur dans une fête », et kômos, « procession haute en couleur, burlesque, à la gloire de Dionysos, dieu de la Vigne »).

            En français, ce n’est qu’au XVIIe  siècle que le vocable commence à revêtir le sens spécialisé de « genre théâtral comique » et de « pièce comique ». Entre-temps, le mot recouvre d’autres significations : « théâtre, lieu où l’on joue des pièces », « troupe de comédiens », « représentation d’une pièce »…

            Comédie-Italienne et Comédie-Française sont des expressions issues du nom de troupes de comédiens : acteurs italiens de la commedia dell’arte dans le premier cas, fusion de la troupe de Molière avec les acteurs du Marais et de l’hôtel de Bourgogne dans le second cas.

            Différents termes peuvent être synonymes de comédie, selon la longueur de  la  pièce  notamment :  « farce »,    « vaudeville », « saynète »  (ne pas  écrire  « scénette » !), « sketch » – et comédie figure dans un certain nombre d’expressions figées telles que comédie-ballet, comédie légère, comédie policière et surtout comédie de boulevard, assez souvent employée avec une connotation péjorative, comme pour théâtre de boulevard, le boulevard  = « au comique populaire facile ». (Employé seul, boulevard est souvent écrit, en cette acception, avec une majuscule : le Boulevard.)

            Au cinéma, on peut, à bon droit, être amateur des fameuses comédies américaines d’avant 1940 où étincelaient Myrna Loy, Cary Grant, Katharine Hepburn, Spencer Tracy, William Powell, Ralph Bellamy, James Stewart, Gary Cooper (oui : il n’a pas tourné que des westerns !), Carole Lombard…, et – ou – des comédies musicales qu’illustrèrent Gene Kelly, Fred Astaire, Ginger Rogers, Judy Garland, Mickey Rooney, Cyd Charisse, Eleanor Powell… :  des spectacles complets associant, sur des scénarios plaisants, le théâtre, le chant, la musique et la danse (voir notamment, dans ce chef-d’œuvre qu’est Chantons sous la pluie, le numéro prodigieux de Donald O’Connor : « Make ’em Laugh ! »).

            Donner la comédie est hors d’usage au sens de « cabotiner, se faire remarquer par un comportement agaçant ou ridicule », mais on peut naturellement dire donner une comédie avec la signification de « jouer, donner une représentation ».

La comédie humaine…

            Très usitée est l’acception de « caprice ». Celle de « chiqué » ne l’est pas moins, et comédie équivaut aussi à « hypocrisie, simulation, invention » : Cet enfant joue la comédie ; Cessez donc cette comédie ! ; C’est de la comédie !… On retrouve, magnifiquement dépeints, ces hypocrisies, dissimulations, mensonges, sournoiseries et feintes dans l’immense Comédie humaine de Balzac. Ce dernier ne serait pas en peine pour adapter ses romans à la société contemporaine…