Archives de Tag: Noëlle Ménard

Le mot du 8 octobre 2015

vice-chancelier

 

            Mme Marine Le Pen « a fait le buzz »  mercredi 7 : tous les journalistes se sont précipités sur son emploi sarcastique, au Parlement européen, de l’expression « vice-chancelier administrateur de la province France » au sujet de M. François Hollande, laissant entendre que ce dernier était à la remorque de l’Allemagne et de sa chancelière, Mme Angela Merkel.

            Vice-chancelier est plus aimable que « sous-ministre », couramment utilisé à l’égard d’un(e) secrétaire d’État dont l’utilité n’apparaît pas comme évidente au sein de l’ « armée mexicaine » constituée par un gouvernement aux effectifs pléthoriques…

            Des dictionnaires ne donnent que le masculin, mais on ne voit pas pourquoi vice-chancelière ne serait pas licite, à l’image de chancelière. Comme son nom l’indique, un vice-chancelier seconde ou remplace un chancelier. Au pluriel, seul le second élément varie : des vice-chanceliers (idem pour : des vice-présidents, des vice-amiraux, des vice-rois…).

            Chancelier a donc pour équivalent féminin, aujourd’hui admis, chancelière, un substantif qui ne désigne plus (en tout cas, rarement !) l’épouse d’un chancelier. Les lexicologues font remonter au XIe siècle l’apparition du mot, issu du bas latin cancellarius, qui a donné chancel, ce dernier terme ayant pour  acceptions,  entre autres : « emplacement entouré d’une balustrade où était conservé le sceau royal », « lieu fermé de grilles où se scellaient les actes royaux ».

            Chancelier a eu, et a encore, plusieurs significations… Tout d’abord, ce fut l’équivalent de « garde des Sceaux » : le chancelier de France, le chancelier royal, ou même, au sens absolu (sans majuscule pour autant) : le chancelier. C’est-à-dire le grand officier de la Couronne chargé de la garde du sceau royal, voire de l’administration de la justice.

            Le vocable a désigné, aussi, un chanoine responsable des études, qui conférait les degrés et remettait les diplômes. Chancelier désigne toujours un dignitaire responsable de la garde du sceau et de l’administration d’un corps ou d’un ordre militaire : le grand chancelier de la Légion d’honneur.

            Certaines sociétés savantes ont adopté le terme pour désigner leur président(e) : l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire a eu pour chanceliers successifs M. Jean de Malestroit, M. Jean-Yves Paumier et, actuellement, Mme Noëlle Ménard.

            Dans certains pays, chancelier est le titre porté par le Premier ministre ou chef de gouvernement : Bismarck a été le premier chancelier de l’Empire allemand.  Aujourd’hui, chancelier fédéral  –  ou chancelier (chancelière) tout court  –  désigne le chef du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne.

            Le ministre des Finances britannique est dénommé par une expression qui, en français, est traduite par : le chancelier de l’Échiquier. Au Moyen Âge, les banquiers, les comptables faisaient leurs comptes à l’aide de tableaux quadrillés, et eschekier a désigné le Trésor royal…

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Le mot du 8 juillet 2015

emoji

      Pour ceux qui en seraient encore aux smileys et aux emoticons et émoticônes,  il serait bon de se mettre au goût du jour et d’ajouter à leur lexique réduit le substantif japonais transcrit emoji (pluriel souhaitable à la française : des emojis) ! Littéralement, ce terme (pour l’instant, sans accent aigu sur le e) signifie « lettre + image », « pictogramme », et correspond exactement à ce que nous  utilisons  sous  le  nom  de  smileys  ou  émoticônes.  Enfin,  pas  tout  à fait « exactement », parce que certains de ces symboles sont propres aux Japonais : on y trouve des caractères représentant un « travail scolaire brillant », un homme se prosternant pour présenter des excuses,  ou des sushis !

        Une entreprise britannique vient de mettre en avant ce terme, par sa proposition de substituer, dans des codes de sécurité, ces emojis aux groupes de chiffres. Selon les initiateurs de cette proposition, le recours aux quelques dizaines d’emojis sécuriserait beaucoup plus, par exemple, que les codes PIN (combinaisons de quatre chiffres, pris de 0 à 9), en offrant infiniment plus de combinaisons  possibles.  De plus, beaucoup trop de personnes adopteraient des combinaisons de chiffres liées à des données personnelles, et qui seraient assez facilement devinées : liens avec des dates de naissance ou de fêtes, avec des adresses, avec des numéros de téléphone…

            Mais… est-il bien certain que les combinaisons d’emojis ne seraient pas, elles aussi, assez aisément détectables par des esprits observateurs ?!  Les utilisateurs ne se laisseraient-ils pas guider par leurs centres d’intérêt, par leur état d’esprit, par leurs « dadas », par leurs tics et travers connus de tout le monde ?… D’où le choix d’emojis symbolisant la ville, la mer, le travail, la nation, les fleurs, le saké, la vieillesse, le mont Fuji, les courses hippiques, la sagesse, le golf, etc., choix qui pourraient se révéler évidents aux yeux de petits malins.

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 La bévue du jour :

            Le commentateur du Tour de France Thierry Adam n’a pas de chance… Auteur d’une grosse bourde de français du fait de l’emploi d’une hyperbole (voir notre tout récent « mot du jour ») qui laissait entendre que quatre coureurs avaient trouvé la mort (« quatre ne se sont pas relevés ») lors d’une chute collective avant-hier, il a voulu ce jour se mêler de littérature… Las, ce fut pour affirmer,  à  l’occasion  de  l’arrivée  du  Tour  à  Amiens,  que  Jules  Verne  était « originaire » de cette ville.  Eh bien, non, loupé !…  Si, pour faire plaisir à son épouse, née à Amiens, l’écrivain décida de s’installer, en 1872, dans le chef-lieu de la Somme (où il devait décéder), l’auteur des « Voyages extraordinaires » est un  pur  Nantais,  né,  le 28 février 1828, 4, rue Olivier-de-Clisson (aujourd’hui : « cours Olivier-de-Clisson »), dans la cité des Ducs.

            Personne n’est omniscient, assurément, et chacun peut commettre des lapsus, mais les journalistes sont censés informer et instruire avec fiabilité.  Si l’on se rend compte, à l’antenne, que l’on vient de commettre une bévue, il n’y a pas de honte à se reprendre pour rectifier…

          J’invite Mme Noëlle Ménard, qui vient de succéder à M. Jean-Yves Paumier comme chancelier de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire, à envoyer à Thierry Adam un exemplaire d’un numéro des Cahiers de l’Académie consacré à Jules Verne. Et le grand spécialiste vernien qu’est Jean-Yves Paumier pourrait envoyer, lui, les numéros de la belle revue nantaise Planète Jules Verne.