Archives de Tag: Nouvelle-Zélande

Le mot du 17 octobre 2015

blackboulé

 

            La tentation est trop forte : après le match Nouvelle-Zélande – France, on ne peut s’empêcher de dire que les Bleus (vêtus de rouge, en l’occurrence) ont été « blackboulés » de la Coupe du monde de rugby à XV ! Car, est-il besoin encore de le dire, les joueurs néo-zélandais sont connus sous le nom d’All Blacks (avec un s à Blacks), d’après la couleur uniforme de leur tenue.

            « Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir » (de titre mondial) : les joueurs de l’hémisphère Sud ont littéralement balayé les Français… 62 à 13. Leur domination a été incontestable, et les meilleurs, les plus forts, ont, en toute justice, gagné.

               Blackboulé est le participe passé du verbe blackbouler, issu de l’anglais (to) blackball, attesté dès la fin du XVIIIe siècle dans la langue de Shakespeare. Ce verbe ayant pour acception  « voter contre l’admission d’une personne dans un club, dans une société, dans un cercle, en déposant une boule, une balle noire (black ball) dans l’urne, au lieu d’une boule blanche ». La personne ainsi évincée était donc « blackboulée »… En français, blackbouler et blackboulé(e) sont entrés dans la langue, sous ces formes francisées, dans les années 1830-1840. Le dérivé blackboulage est apparu vers 1860.

            Depuis, ces termes sont devenus très usuels : Le député sortant a été blackboulé dès le premier tour ; Elle a été blackboulée au bac ; Le rédac chef a blackboulé cet article, qu’il jugeait trop tendancieux ; La résolution présentée par la minorité du parti a été blackboulée…

            Selon le contexte, blackbouler signifie donc : « rejeter, repousser, éliminer, recaler, évincer, déboulonner, battre, coller, exclure, écarter, repousser… ».

 

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Rappel : la dictée « loufoco-logique » Alphonse-Allais se déroulera, comme d’habitude, à la « Crémaillère 1900 », 15, place du Tertre. Le samedi 7 novembre, à 14 heures.

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Le mot du 21 février 2015

biture express

            « Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse  / Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse »…  Alfred de Musset  ne pensait certainement pas, lorsqu’il écrivit ces vers, que des abrutis prendraient le dernier vers pour précepte de vie, en portant à l’excès la quête de ladite ivresse…

            Plusieurs faits-divers, ces derniers jours, ont montré combien l’ingestion massive  de boissons alcoolisées consommées en groupe conduisait non pas à une euphorie plaisante, mais à une extrême agressivité se traduisant par l’atteinte aux personnes et aux biens, publics et privés.

           Copiant le lamentable  binge drinking qui s’est répandu dans les pays anglo-saxons –  États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Grande-Bretagne… –, des Français, notamment des jeunes, s’adonnent à la « biture express », à l’ « alcool-défonce ». Ce passe-temps très intelligent consiste donc à s’enivrer le plus rapidement possible, pour arriver dans un minimum de temps à l’ivresse et à la perte de contrôle.

      En anglais, on parle de  binge drinkers. En français, l’équivalent serait quelque chose comme « alcoolos boulimiques ». Le terme  de biturin, qui était très usité dans le milieu de l’imprimerie et de la presse, ne convient pas : la terminaison est presque hypocoristique, affectueuse (comme pour le gérontin inventé naguère par des médecins pour désigner des personnes âgées). On l’employait, d’ailleurs, avec une connotation amusée, humoristique, sans ferme réprobation.

            Là, il s’agit de beuveries méprisables, de « sessions picoles », où se mêlent bières fortes, alcools et prémix (mélanges d’une boisson non alcoolisée et d’alcool, où l’alcool l’emporte souvent nettement). La triste « rue de la soif », à Rennes, montre chaque soir le répugnant spectacle des jeunes dipsomanes pour qui les « drinking teufs » représentent le nec plus ultra de la convivialité et de l’amusement. Il y aurait sans doute, sans avoir à chercher beaucoup, d’autres moyens de se distraire, de s’occuper, de se rendre utile aux autres, ce qui n’interdit pas de consommer raisonnablement entre amis, entre copains, des boissons moins nocives pour soi-même et pour les autres.

            Le terme familier biture, « cuite, beurrée, ivresse », met dans l’embarras les lexicologues. Le rapprochement, qui pourtant semble s’imposer, avec boiture, « débauche de boisson », n’est pas unanimement avalisé. L’association avec le biture des marins – la partie de la chaîne qui file avec l’ancre  lors du mouillage dans un port –  est plaisante, et peut-être justifiée. Qui dit arrivée dans un port dit descente des marins à terre, partant en bordée dans les bars et tripots, etc., pour des ripailles et des beuveries…