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Le mot du 9 novembre 2015

La question du jour

Lundi 9 novembre 2015

 

La question du jour

« Pourquoi écrit-on : la monarchie de Juillet, et non pas : la Monarchie de Juillet ?… »

            Tout d’abord, il faut suivre ce que disent ceux des dictionnaires de référence qui sont compétents en matière d’orthotypographie. Car certains ouvrages, remarquables par ailleurs, sont rédigés par des linguistes et lexicographes qui ne se sont jamais vraiment appesantis sur la logique et la nécessité des règles de l’orthotypographie. D’où dans ce domaine, dans leurs dictionnaires, des incohérences, des non-unifications, des erreurs…

            Ensuite, en français, on n’abuse pas des majuscules, même dans les surnoms, dans les antonomases, etc. On n’écrit donc pas « Casque d’Encre » au sujet de l’actrice américaine Louise Brooks, ni « la Cité des Papes » pour Avignon, ni, encore, « Le Chevalier sans Peur et sans Reproche » pour Bayard, mais : Casque d’encre, la cité des Papes, le Chevalier sans peur et sans reproche.

            Dans des expressions historiques concernant des événements importants et censés être connus de tout le monde, l’usage a imposé la disparition du millésime et fait porter l’accent (donc la majuscule) sur le nom du jour ou, plus souvent, sur le nom du mois. La fameuse nuit du 4-Août doit évoquer pour tout Français le 4 août 1789 et la disparition à tout jamais des privilèges (hum…). La révolution d’Octobre désigne pour tout un chacun la révolution russe de 1917. Pour tout Français encore, les journées de Juin est une expression désignant la révolution de juin 1848…

            La révolution de Juillet désigne la révolution de juillet 1830, qui amena l’instauration de la… monarchie de Juillet, avec comme souverain Louis-Philippe, chassé à son tour par la révolution de 1848.

            Dans tous ces cas, nuit, révolution, journées, monarchie restent des termes génériques sans majuscule, alors que les noms des mois deviennent des termes spécifiques à majuscule.

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Le mot du 4 août 2014

doléances

          4 août 2014… 4 août 1789 : dans une certaine exaltation euphorique, et surtout prenant en compte la « Grande Peur » menaçante qui s’est répandue à travers le pays, les députés de l’Assemblée nationale constituante votent à l’unanimité ce que l’on a pris l’habitude de désigner par l’ « abolition des privilèges » (vaste programme : abolition des privilèges des classes : noblesse et clergé ; abolition des privilèges des provinces, des villes et des corporations… !). À chacun d’estimer si, dans la France de 2014, il n’y a plus de privilèges de classes ni de corporations, entre autres, et s’il n’y a plus d’injustices ni d’inégalités…

          Louis XVI, en 1788 – pour contenir la colère qui monte dans le pays – convoque les états généraux. Les électeurs, dans les communes, dans les quartiers, dans les paroisses, sont appelés à remplir des « cahiers de doléances », c’est-à-dire à exprimer leurs souhaits, leurs revendications. Diminution et répartition plus équitable des impôts, diminution des droits seigneuriaux, uniformité des poids et mesures, reviennent constamment, évidemment mêlées à d’innombrables réclamations d’ordre très local. Les quelque… 60 000 cahiers recueillis seront condensés au niveau des bailliages, puis à l’échelon national, à raison de 12 cahiers pour chacun des trois ordres. Il en sortira une synthèse globale.

        Doléance, mot féminin plus usité au pluriel qu’au singulier (ce qui démontre qu’il ne manque pas de matières à se plaindre…), vient du vieux français douliance, « tristesse, affliction », lui-même lié au vieux verbe douloir, « souffrir ». L’acception de « souffrance », « état douloureux incitant à se plaindre », s’est effacée devant la signification de « plainte orale ou écrite exposant un malheur, une détresse, une infortune », ou exposant un grief afin d’obtenir compensation, réparation.

          Le mot, au pluriel, est aussi employé avec une connotation péjorative, ou bien humoristique, à propos de jérémiades incessantes et abusives, de plaintes abondantes et rabâchées…

         Ces jours-ci, les médias – ainsi le Monde du 4 août, sous le titre « Les doléances de François Hollande à Angela Merkel »reprennent le mot au sujet des plaintes de la France devant le non-engagement des autres pays européens sur la scène internationale.