Archives de Tag: Ovide

Le mot du 12 août 2014

narcisse

            Au sein du lexique du « nouveau frenching », selfie est en « pole position » : cet autoportrait pris avec un smartphone et abondamment diffusé sur les réseaux dits abusivement « sociaux » s’impose dans tous les médias… Oui, « autoportrait », et à double titre, car même si l’on se prend en photo au côté de « personnalités » plus ou moins médiatisées, représentant ou non de vraies valeurs, on s’autophotographie et l’… objectif est généralement de promouvoir sa propre personne.

            Que faut-il voir dans ce comportement, dans ce tic, dans cette addiction ? Un simple phénomène de mode pas bien critiquable, et que seuls d’atrabilaires misanthropes condamneraient ?… Une certaine puérilité, de l’infantilisme et de la niaiserie ?… Du narcissisme ?… Nous laissons à chacun le soin de répondre, voire, pourquoi pas, de nous faire part de son opinion. En tout cas, cette actualité permet de se pencher sur l’étymologie et sur les acceptions de narcisse.

            Narcisse est un personnage de la mythologie grecque au cœur d’une légende. Comme le plus souvent en ce qui concerne la mythologie gréco-romaine, on se retrouve devant de multiples versions qui mettent en échec le chercheur le plus scrupuleux tentant de dégager « la » bonne variante. À défaut, on prend comme référence la version qui recueille l’assentiment d’une grande majorité d’écrivains. S’agissant de Narcisse, on retient donc la version proposée en détail par le poète latin Ovide (43 av. J.-C. – 17 ou 18 apr. J.-C.) dans ses Métamorphoses (Livre III). Ovide s’étant évidemment inspiré de divers auteurs grecs pour élaborer une synthèse…

            Narcisse, fils de la nymphe Linope, serait né en Béotie (attention à ne pas confondre avec La Boétie !). Consulté par Linope, le devin Tiresias aurait prédit : « Narcisse vivra très vieux, s’il ne regarde pas son image ». En grandissant, le fils de Linope devient un adolescent, puis un jeune homme, d’une beauté exceptionnelle, qui se montre insensible à l’amour. Il rejette les nombreuses avances dont il est accablé ! Une des personnes ainsi repoussées – il ne semble pas que ce soit la nymphe Écho – en appelle à l’Olympe, et c’est la sombre Némésis, déesse de la Juste Colère (des dieux), qui décide de punir Narcisse…

            Alors qu’il s’abreuve un jour à une source, Narcisse va tomber follement amoureux… de son reflet, de sa propre image ! Ne pouvant détacher son regard d’un visage qu’il ne peut atteindre, il serait resté là à dépérir, jusqu’à la mort. (Selon d’autres versions, il se serait noyé en tentant de rejoindre cet « autre lui », ou bien se serait suicidé de désespoir devant cette situation insoluble.) Sur le lieu de sa mort seraient alors apparues une ou plusieurs fleurs auxquelles on donna son nom. Le narcisse est aussi appelé coucou et jonquille.      

            Le nom propre est également devenu un nom commun variable pour désigner des personnes infatuées d’elles-mêmes, qui sont éprises de leur apparence physique : « Quelques narcisses possédaient bien de petits miroirs de poche dont ils se servaient en grand mystère. Mais Joanny n’était pas de ceux-là. » (Valery Larbaud, Fermina Márquez.)

Publicités