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Le mot du 25 décembre 2015

souplex

 

                               Des internautes qui ont plusieurs fois vingt ans vont peut-être, de chic, s’insurger devant l’initiale minuscule de ce mot du jour… Ce en quoi ils auront tort : il n’est pas question ici du populaire chansonnier Raymond Souplex, qui fit une très belle carrière, entre le « Grenier de Montmartre » de Jean Lec,  les sketchs de « Sur le banc », assurés pendant de longues années avec sa consœur  Jane Sourza sur Radio Luxembourg, la participation à de très nombreux films dans l’après-guerre, et la célébrité apportée par son rôle de l’inspecteur,  puis  commissaire  Bourrel  dans  la  série  télévisée  policière  des   « Cinq dernières minutes »…

                               Raymond Guillermain avait pris « Souplex » pour nom d’artiste parce que c’était une anagramme du patronyme de sa mère : Pesloux.

                               Non, il n’existe pas le moindre lien avec le nom commun dont je vais parler : un, des souplex. Ce mot-valise fait partie de ceux qui reflètent notre époque, en particulier la situation de l’immobilier en France. Forgé sur sous-sol et sur duplex, souplex a été créé pour désigner un logis constitué par un rez-de-chaussée auquel on a associé un sous-sol, généralement une cave rendue habitable. Le plus souvent, le souplex est la réunion d’un ancien magasin, d’une boutique désaffectée, et de sa cave…

                               L’apparition des souplex entérine la situation de l’immobilier dans les grandes villes, au premier rang Paris : d’une part, pénurie volontairement organisée pour favoriser la spéculation et chasser de la capitale les personnes non aisées ; d’autre part, incurie et veulerie des politiciens.

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La citation du jour

« C’est avec du courage, et non avec des pleurs, que nous devons du sort conjurer les rigueurs. »  (Publilius Syrus.)

 

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Le proverbe du jour

                               « Quelqu’un qui vous comprend, même s’il est au bout du monde, est comme un voisin. »

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Le mot du 2 décembre 2015

L’articulet « dico » du jour + le proverbe du jour + la citation du jour

Mercredi 2 décembre 2015

L’articulet « dico » du jour

fulgence   n. f.

            La singularité du prénom Fulgence a toujours attiré l’attention sur le nom du « père » du métro parisien, l’inspecteur général des Ponts et Chaussées Fulgence Bienvenüe (avec un tréma sur le u). Né à Uzel (alors Côtes-du-Nord) en 1852, Bienvenüe travaille avec Edmond Huet, à partir de 1895, sur le projet du futur métro de Paris. Les travaux commenceront à la fin de 1898. Bienvenüe, jugé irremplaçable, sera maintenu à son poste en dépit de son âge, et ne prendra sa retraite qu’à l’âge de quatre-vingts ans.

            C’est son patronyme, toujours avec le tréma, que l’on retrouve dans le nom de la station Montparnasse-Bienvenüe.

            Fulgence est, nous dit Albert Dauzat (Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Larousse édit.), du nom de saint Fulgentius, évêque africain des Ve-VIe siècles.

            Mais fulgence est aussi un nom commun féminin signifiant « éclat ». On relève ce mot chez l’écrivain et critique d’art Remy de Gourmont (Sixtine, 1890).

 

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La citation du jour

            « Les hommes ont la volonté de rendre service…  jusqu’à ce qu’ils en aient le pouvoir. »  (Vauvenargues.)

 

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Le proverbe du jour

            « Qui donne ne doit jamais s’en souvenir ; qui reçoit ne doit jamais oublier. 

 

Rappel : dictée (« express ») de Boulogne-Billancourt, samedi 5 décembre, à 14 heures, dans le cadre du Salon du livre à l’Espace Landowski, à côté de la mairie (métro : Marcel-Sembat).

Par ailleurs, possibilité de faire des jeux-tests au stand, samedi et dimanche, les après-midi.

 

 

 

Le mot du 14 juin 2015

prétexte

            L’actualité, en France, a été dominée, ces derniers jours, par l’aller-retour éclair, en avion gouvernemental, de M. Valls à Berlin, l’autre samedi, pour rencontrer M. Platini, afin de parler de l’UEFA et de l’Euro 2016 en France. Profitant de ce déplacement dit « professionnel » (qui, rapporte la presse, n’était pas noté dans l’agenda officiel du Premier ministre), M. Valls a pu assister ainsi, avec deux de ses enfants, à la finale de la  Ligue des champions entre la Juventus de Turin et le FC Barcelone, cher au cœur du Premier ministre français. Effectivement, M. Valls et M. Platini se sont donc vus, au moins au stade.

            Depuis, M. Valls a reconnu une « erreur de communication » : « Si c’était à refaire, je ne le referais plus », et a promis de rembourser l’équivalent des deux allers-retours de ses fils pour cette virée footballistique, soit, dit-on, 2 500 euros.

            Près de 70 % des Français, d’après les derniers sondages, ne se satisfont pas de ces excuses, peu convaincus par la justification officielle de ce déplacement express en Falcon gouvernemental. La rencontre au sujet de l’Euro 2016 était-elle d’une si considérable importance et d’une urgence si aiguë qu’elle justifiait un aller-retour ultrarapide (tout en prenant le temps d’emmener les deux fils), pour un coût équivalant au salaire annuel de beaucoup de Français : selon la presse, entre 18 000 et 25 000 euros (il est manifestement impossible d’accéder à la vérité, s’agissant de ce type de dépenses, le Premier ministre devant être accompagné d’agents des services de sécurité, d’un médecin, d’un spécialiste des télécoms)… ?

            Peu importe la couleur politique des dirigeants qui se conduisent ainsi.  Mais la petite histoire ne doit pas cacher les questions de fond : un déplacement, même vraiment « professionnel », de ce genre ne peut-il pas être tout bonnement remplacé par un entretien téléphonique, même long ?  Si de tels voyages de ministres, de secrétaires d’État, de hauts fonctionnaires, sans doute ou peut-être inutiles car facilement remplaçables par d’autres moyens modernes de communication, sont multipliés par cent, par mille, etc., à longueur d’année, on peut voir quel gouffre financier supportent là encore les citoyens de la République.

            De plus, comment ce voyage « professionnel » éminemment important et urgent se justifie-t-il quand, quatre jours plus tard, M. Platini vient à Paris voir M. Hollande… pour lui parler de l’Euro 2016 !?

            Prétexte vient du latin praetextus, qui a la même signification. Dans son remarquable dictionnaire français-anglais écrit au XVIe siècle, le linguiste anglais Cotgrave définissait ainsi le terme : « motif spécieux mis en avant pour cacher le motif réel d’une action ». Le sens n’a pas varié, avec comme synonymes : faux-fuyant, excuse, allégation, couverture, échappatoire, argument…

            « Faux prétexte » est évidemment un pléonasme, à ne pas dire ni écrire !

 

La question du jour :

            « Comment faut-il accorder derrière la plupart ?… »

            La plupart (+ complément) entraîne l’accord au pluriel : La plupart ont participé aux jeux ; La plupart des congressistes avaient tombé la veste en raison de la chaleur.

 

La citation du jour :

            « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort.)

 

Rappels :

La prochaine dictée animée sera celle de Leucate (Port-Leucate), le mercredi 29 juillet.  Entre-temps, je serai présent au Salon du livre de Honfleur (Calvados), le 4 juillet, où une fine équipe d’académiciens Alphonse Allais proposera un spectacle-animation. Avec mon illustrateur et ami Claude Turier, lui aussi membre de ladite académie, nous pourrons y dédicacer Sacré Napoléon ! (éditions Trédaniel), un recueil d’anecdotes sur l’Empereur qui paraît pour le bicentenaire de Waterloo, donc ces jours-ci.

Le mot du 30 mai 2015

« Roland » 

          C’est   le   retour   de  «  Roland  »,  pour  une  quinzaine  de  jours,  dans  les  « étranges lucarnes » – ainsi André Fressoz, alias André Ribaud, journaliste, directeur du Canard enchaîné, désignait-il les écrans de télévision, notamment dans sa célèbre chronique-pastiche « La cour », de 1960 à 1969. « Roland », où l’on va voir, entre autres, « Rafa » (= Rafael Nadal, champion de tennis espagnol, pour ceux qui l’ignoreraient encore), « Djoko » (Novak Djokovic, un Serbe autre as actuel de la petite balle jaune), et « Roger » (surtout, prononcer « Rodgère »  : Roger Federer, champion suisse).

         Les barbares ès courts de tennis devraient enfin avoir compris : « Roland », c’est le stade de tennis Roland-Garros, situé à l’ouest de Paris, à la frontière du bois de Boulogne (… c’est-à-dire Paris) et Boulogne-Billancourt. Je devrais dire : « Boulogne », tellement le mot Billancourt est rayé de leur vocabulaire, d’une façon générale, par les journalistes. Pas seulement par eux : le passé prolétaire de la seconde composante de la ville la plus peuplée des Hauts-de-Seine ne fait pas chic, alors beaucoup jettent aux oubliettes cette partie du toponyme…

   Si l’adoption familière, bon enfant, d’abréviations, ou d’expressions savoureuses  comme de surnoms populaires,  ne saurait choquer en matière de sport, la façon dont certains emploient et prononcent « Roland » à tout bout de champ suscite le malaise. Spontanément, on songe au personnage ridicule et infatué de la Marie-Chantal inventée par le danseur Jacques Chazot dans les années 1960, et à une couche de la société pratiquant la connivence de privilégiés, l’entre-soi des « pipoles »… Certaines pratiques de la langue française, certains  de ses accents « sociaux », sont aussi révélateurs que le vocabulaire employé quotidiennement.

N. B. : le trait d’union à Roland-Garros pour ce lieu est obligatoire = quand on voit le stade, on ne voit pas le célèbre aviateur éponyme (mort dans un combat aérien en octobre 1918).

 

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La dictée « ludique » d’Asnières-sur-Seine, en dépit d’un contexte particulier, s’est déroulée, comme d’habitude, dans la bonne humeur et l’alacrité générale, samedi 30 mai. Et, comme d’habitude aussi, la catégorie des « champions et professionnels » s’est mise en valeur, notamment avec des familiers des podiums : Paul Levart s’est classé premier, avec l’unique zéro faute de la journée. Il a été talonné, dans l’ordre, par Daniel Malot et Pierre Dérat. Celui-ci accède à la troisième marche en ne devançant que d’un demi-point une autre grande championne des dictées : Solange Pascarel. De bons résultats ont été obtenus aussi en catégorie « amateurs ».

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La citation du jour :

            « Le tact est une qualité qui consiste à peindre les hommes tels qu’ils se voient. » (Abraham Lincoln.)

Le mot du 23 mars 2015

équipe

          Il est « tendance » aujourd’hui, chez la plupart des dirigeants d’entreprise, des  leaders  de  parti  politique,  des  meneurs d’associations diverses, bref : des « chefs » de toutes sortes, de mettre en avant la notion d’ « équipe ». Le mot étant ainsi chargé de plein de sous-entendus : on a une équipe parce que l’on a rallié à soi, à sa démarche, à sa gestion,  un groupe de collaborateurs dévoués, soudés, convaincus par la justesse de  ses idées ; on a une équipe parce que l’on est un responsable charismatique aux indéniables qualités intellectuelles et humaines…

            Par ailleurs, et sans pour autant que le « patron » donne trop de pouvoir à ses adjoints, l’existence d’une « équipe » peut permettre de diluer les responsabilités en certaines circonstances.

            Équipe a d’abord été un synonyme d’équipage, au sens d’ « équipage d’un bateau », exclusivement. Cette signification est sortie de l’usage, de même que l’acception de « groupe de bateaux ». Via équipage, équipe est lié à équiper, verbe apparu au sens de « naviguer » ou « embarquer » selon certains linguistes, ou au sens d’ « arranger » selon d’autres chercheurs.

            Déjà en ancien français le mot désigna des personnes qui pratiquaient ensemble un sport. Plus près de nous (fin XIXe siècle), équipe a repris cette signification, mais avec un sens faisant ressortir la notion de groupe d’équipiers, de coéquipiers, au sein de sports d’équipe.

            À  la  fin du XIXe siècle, le terme prend, avec l’industrialisation, le sens  de « groupe de travailleurs, d’ouvriers œuvrant à une même tâche » : travail en équipe, un homme d’équipe, l’équipe de nuit, etc.

            Plus   récemment,   au   XXe   siècle,  équipe devient un équivalent usuel de « bande », de « groupe de personnes », généralement quand il s’agit de parler avec sympathie de personnes familières ou de personnes qui s’amusent, se distraient : « L’équipe d’amis se réunissait tous les vendredis soir au bar de la Marine », « La joyeuse équipe fêtait le mariage d’Audrey »…

         Dans la production exceptionnelle du grand cinéaste que fut Julien Duvivier, on ne saurait oublier une évocation douce-amère du Front populaire : la Belle Équipe, film à la distribution remarquable :  Jean Gabin, Charles Vanel, Viviane Romance, Aimos (qui sera tué sur les barricades, à Paris, à la Libération), et nombre des grands acteurs qui tenaient constamment les multiples et riches seconds rôles des films d’avant-guerre. Le pessimisme constituant quasiment une constante chez Duvivier, celui-ci tourna une fin tragique. Cela ne plut ni au public… ni aux producteurs. Duvivier et son coscénariste  Charles   Spaak   furent   contraints   de   tourner   une seconde fin, « heureuse »…

            À notre connaissance, à la suite de différents procès, seule la version d’origine a, aujourd’hui, le droit d’être exploitée. En revanche, les ayants droit autorisent peut-être, dans le cadre d’animations consacrées à l’histoire du cinéma, la diffusion des deux fins.

            Et, bien sûr,  c’est la réprobation, la critique ou l’ironie, voire le mépris, qui peuvent sous-tendre des exclamations du type : « Tiens ! Voici la fine équipe ! », dont la valeur  sera renforcée par le ton employé !

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Sympathique première dictée à Tourcoing, samedi dernier, à la médiathèque André-Malraux. Plusieurs amis belges du club d’orthographe Le Cercle d’or étaient venus y participer.

Ce même jour, les quelque 500 finalistes du Championnat national du Maroc de langue française et d’orthographe s’affrontaient à Casablanca, dans une joyeuse ambiance dont se félicitent encore les parents d’élèves et les enseignants.

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La citation du jour :

            « L’historien est un prophète qui regarde en arrière. » (Henri Heine.)

[Je suppose que Heine parlait de vrais historiens, et non d’histrions qui cherchent à faire le « buzz » avec des hypothèses aventureuses et des anecdotes croustillantes…]

 

Le mot du 12 mars 2015

funiculaire

            France 2 va diffuser à partir de la semaine prochaine une série policière tournée début 2014 au Tréport : les Témoins. Les deux premiers épisodes de ce thriller dont Thierry Lhermitte interprète le personnage principal ont été présentés en avant-première, à la mi-janvier, au cinéma du casino de la ville de Seine-Maritime sise à la frontière de la Somme.

            Créé en 1908, ce funiculaire (entièrement remis à neuf il y a quelques années) aux deux petites cabines de verre indépendantes permet, aujourd’hui, de relier en une minute et demie, et gratuitement, sur un trajet de 135 mètres, la ville basse  aux terrasses des falaises. Ce qui est tout de même plus agréable, quand on est un piéton chargé de provisions, que les sévères… 365 marches de l’escalier !

            Funiculaire est un mot formé sur le latin funiculus, « petite corolle ». Le terme est employé adjectivement, en anatomie, pour qualifier ce qui a un rapport avec un cordon (hernie funiculaire) ou avec un segment de racine nerveuse passant entre les vertèbres, et, plus généralement, pour désigner ce qui fonctionne au moyen d’une corde, d’un câble.

            Le funiculaire de San Francisco est célèbre, ainsi que celui de Montmartre, à Paris. En jouant sur les mots, ce dernier a parfois été surnommé, ces dernières années, « le Montmartrois câblé » (câblé = « dans le vent », « branché »).

            En France, tout finit par des chansons, dit-on (voire, au restaurant, par… l’échanson, le sommelier ! ☺ ). Cela est assurément vrai à Naples, en Italie, d’où l’extraordinaire floraison du répertoire des « chansons napolitaines », des airs rendus fameux par les plus grands ténors italiens : Enrico Caruso, Tito Schipa, Luciano Pavarotti, entre autres. Parmi les « incontournables » de ce répertoire figure, au côté du célébrissime O sole mio !, le très allègre Funiculi, funicula (paroles napolitaines du journaliste Giuseppe Turco, musique de Luigi Denza, 1880), composé à la gloire du funiculaire du Vésuve qui venait d’être construit en 1879…

            Cette chronique se terminera sur un salut particulier adressé au Tréport, à Eu, aux communes de la vallée de la Bresle maritime. Les tombes au nom de Colignon du cimetière du Tréport et d’autres villes proches explicitent ce salut.

Le mot du 15 décembre 2014

cardinal

            Le pape François, sous une apparence bonhomme, ne mâche pas ses mots, y compris, ces derniers temps, à l’égard des cardinaux, du moins à l’égard de ceux d’entre eux qu’il juge incompétents, incapables d’évoluer, confits dans la routine…

            L’adjectif cardinal (-ale, –ales, –aux) est dérivé du latin cardinalis, lui-même issu de cardo. Le cardo était un « gond », et aussi l’axe – surtout en parlant de l’axe nord-sud – qui divisait en deux un camp romain, ou une ville romaine. Cette séparation était obligatoire, et associée à la division par un axe ouest-sud : le decumanus.

            Le cardo était donc l’axe essentiel de l’organisation générale des cités. Cardinalis, après avoir eu le sens particulier de « qui concerne les gonds », « qui concerne la porte », a pris l’acception de « principal, essentiel, capital, fondamental… ».

            Au sein de l’Église, on en vint ainsi à employer l’adjectif pour désigner des religieux qui étaient à des positions charnières, qui servaient de pivot, des prêtres « principaux » placés à la tête des paroisses importantes de Rome : des prêtres cardinaux.

         Ces prêtres cardinaux, hiérarchiquement inférieurs aux évêques, devinrent, puisqu’ils étaient dans Rome, des proches du pouvoir papal, des auxiliaires directs du souverain pontife… L’adjectif se mua en substantif, au sens de « prélat choisi par le pape », et cardinal fut dorénavant le nom d’une dignité surpassant celle du simple évêque ou archevêque. Ce dernier était donc un… « point cardinal ». ☺

         En revanche, un cardinal peut être aussi évêque ou archevêque – le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris – et devenir camerlingue, c’est-à-dire le deuxième personnage de l’Église catholique, chargé d’administrer les affaires temporelles de l’Église en cas de vacance du Saint-Siège.

            Par allusion à la robe rouge du cardinal (mais cette robe est souvent noire, aussi : le protocole extrêmement précis de l’Église fait varier la couleur des soutanes selon les circonstances), plusieurs emplois figurés et locutions diverses ont été, ou sont encore, employés : faire cardinal a signifié « décapiter » ! ;  avoir son cardinal (ou : ses cardinales), en argot, s’appliquait à la période des menstrues ; ceux qui en… pincent pour le homard le surnomment le « cardinal des mers » (un surnom qui n’est justifié qu’après la cuisson : le homard est bleu, sinon !) ; cardinalisé a signifié « rendu rouge », et se dit toujours au sens de « qui a été nommé cardinal »…

            Richelieu a souvent été surnommé « l’Homme rouge » (aussi « le cardinal rouge »… ce qui est nettement entaché de pléonasme !), le plus souvent avec une connotation péjorative à l’égard du premier ministre de Louis XIII. Alexandre Dumas surtout, dans les Trois Mousquetaires, et aussi Victor Hugo ont contribué à donner du cardinal une représentation négative. L’auteur des Misérables, dans Marion de Lorme, ajoute le sang à la pourpre cardinalice quand l’un  de  ses personnages dépeint ainsi Richelieu en cardinal doublement rouge : « Prenez garde, messieurs ! Le ministre est puissant : / C’est un large faucheur qui verse à flots le sang ;  /  Et puis, il couvre tout de sa soutane rouge,  /  Et tout est dit. »

            Le portrait est par trop expéditif à l’égard d’un personnage qui fut sans doute l’un des plus grands hommes d’État que la France ait eus… La preuve, même le libertaire Pierre Perret (l’homme des « jolies colonies de vacances ») dit dans Mon almanach (Le Cherche Midi, 2014) : « […] il a mouillé plus d’une fois la soutane pour son pays […]. Il a filé de sérieux coups de paluche à la marine militaire et marchande, aux manufactures, à la soierie, à la tapisserie et à flopées d’autres encore. »

                  

Le mot du 28 novembre 2014

bonobos

            Les bonobos,  plus personne ne doit l’ignorer aujourd’hui tellement on leur a consacré d’articles et de reportages, sont les primates les plus proches de l’homme. Le  bonobo  et  l’être  humain  auraient des génotypes semblables à 98,7 %. Bonobo viendrait de la déformation du nom de la ville de Bolobo, en République démocratique du Congo.

            Un terme homonyme revient de plus en plus souvent dans les médias, que l’on peut mettre entre guillemets (l’emploi de l’italique ne serait pas adapté), parce qu’il s’inscrit dans un vocabulaire familier d’argot « branché ». On connaît depuis plusieurs décennies les « bobos » : les « bourgeois-bohèmes », dénomination issue du livre de l’Américain David Brooks, Bobos in paradise : The New Upper Class and How They Got There (2000).  L’auteur y dépeint ceux qui, selon lui, forment une nouvelle classe sociale, plutôt un « sociostyle » : des personnes urbaines, aisées, cultivées, se démarquant du comportement traditionnel des petits et grands bourgeois.

            En anglo-américain, « bobos » semble ne pas avoir pris la connotation péjorative attachée à ce terme en français : des personnes aisées, privilégiées, se proclamant de gauche … mais dont tout le comportement dément, en réalité, cette profession de foi. À Paris, les « bobos », dont beaucoup se réclament de l’écologie, sont le plus souvent assimilés à ce que l’on appelle la « gauche caviar », vivant entre soi et ayant largement contribué à chasser de la capitale les gens pauvres, les ouvriers, les petits employés, les retraités modestes, et même les classes moyennes…

            C’est peut-être pour lutter contre l’impropriété totale ou partielle qu’ils ressentent dans cette connotation que certains ont lancé le vocable « bonobo »… qui n’a aucun lien avec le chimpanzé. « Bonobo » viendrait, à leurs yeux, rétablir la réalité : les « bobos » seraient bien des personnes aisées aux idées libérales,  ayant peut-être même le cœur sincèrement à gauche, tandis que les « bonobos » seraient assurément des « bourgeois non bohèmes », très conformistes. Chacun ayant sa vérité, d’aucuns diront que ce « bonobo » est un pléonasme, d’autres feront remarquer que le conformisme n’est pas incompatible avec l’altruisme et la générosité.

            Anecdote : en presse, en imprimerie, pour réserver l’emplacement d’un article à venir, ou pour juger de la « chasse » de tel ou tel caractère, les linotypistes ou les typographes composaient du « bolobolo », c’est-à-dire un texte de remplissage traditionnellement formé de ce néologisme (!) répété.

Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.