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Le mot du 8 décembre 2015

L’approximation du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour

Mardi 8 décembre 2015

 

L’approximation du jour

            Elle est à mettre au compte de M. Nicolas Sarkozy, qui, dans un de ses propos, voulant souligner qu’il n’y aurait pas d’accords de désistements réciproques, de « combines politicardes », entre Les Républicains et le Parti socialiste  pour le second tour des élections régionales, a affirmé :  « Ce n’est pas passe-moi la salade, je t’envoie la rhubarbe ».

        L’ex-chef de l’État craint qu’une telle décision de renvois d’ascenseur n’exacerbe l’exaspération des électeurs à l’égard des partis traditionnels, soupçonnés de s’entendre comme larrons en foire pour bloquer la société et se partager les postes, les fonctions, pour cumuler les sinécures, cela depuis trente ou quarante ans, etc.

               Mais la citation n’est pas orthodoxe… La vraie expression populaire est : « Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné », utilisée au sujet de personnes qui se font mutuellement des concessions intéressées, voire qui se fournissent les unes aux autres des alibis…

          Bien que modifiant notablement les termes de l’expression, la formule inédite a, semble-t-il, été bien comprise de tout le monde, avec son acception légitime !   ☺

             Les deux plantes, la rhubarbe et le séné, sont mises sur le même plan dans cette expression ancienne en raison de leurs communes propriétés… laxatives ou purgatives. Ce qui nous ramène à la scamon(n)ée, que j’ai évoquée récemment lors de ma petite conférence sur Alphonse Allais. Ce dernier, facétieux dès l’adolescence, et fils de pharmacien, distribua un jour à ses camarades de classe des biscuits de son invention : des « biscuits à la scamon(n)ée », c’est-à-dire à base du… purgatif puissant et instantané tiré de ce liseron d’Asie Mineure.

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La citation du jour

            « Le bonheur, c’est avoir une bonne santé… et une mauvaise mémoire. » (Ingrid Bergman.)

 

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Le proverbe du jour

            « L’homme arrive novice à chaque âge de la vie. »

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Le mot du 27 février 2015

fainéant

          Le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, a traité de « fainéants », entre autres opposants, les députés « frondeurs » socialistes qui avaient menacé de ne pas voter en faveur de son projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. D’où l’obligation, pour le gouvernement, de recourir à l’article 49-3 pour imposer au Parlement ledit projet.

          Le locataire de Bercy a en effet déclaré : « Je pense qu’il y a une politique des fainéants et qu’il y a la politique des artisans. Moi, je fais la politique avec les artisans, et les artisans, au sens fort du terme, ce sont ceux qui ont passé des jours et des nuits à travailler un texte au fond, qui savent ce qu’il y a dedans, qui peuvent en être fiers. Et il y a la politique des fainéants, qui consiste à regarder la surface de l’eau. »

          Le terme employé est assez fort, et fustige plus que le simple paresseux, plus que les presque hypocoristiques et amusés cossard, tire-au-flanc et flemmard, bien plus que le littéraire et désuet musard…  Si l’homme au maroquin ne se retenait pas encore, on imagine, à son ton, que c’est plutôt la graphie feignant, ressentie comme plus péjorative, qui aurait sa préférence, d’où feignasse (autrefois fainéasse, fainéasson). Celui qui, déjà, avait estimé qu’un grand    nombre   des    salariées  de  la  société  d’abattoirs  bretons  Gad   étaient « illettrées » ne mâche donc pas ses mots… Toutefois, il n’a pas été (à moins que, en privé…) jusqu’à des synonymes plus crus, plus argotiques, qu’on me pardonnera de citer pour l’information linguistique : branleurs, tire-au-cul…

           Fainéant   viendrait   du  participe   présent feignant, de feindre, au sens de « faire semblant, simuler d’être actif, faire mine de travailler ». Le jeu de mots sur « qui fait néant » s’y est-il ajouté ?…

        La couleuvre a dû donner depuis des siècles l’impression de beaucoup se reposer sous des feuilles, sous des branchages, etc., puisque « fainéant, paresseux, comme une couleuvre » fait partie des idiotismes animaliers français.

          Les derniers rois mérovingiens sont bien connus dans l’histoire de France, non pas en raison de la grandeur de leur règne, ni par leurs exploits lors de batailles… De Clovis II (règne : 636-658) à Childéric III (règne : 743-751), on ne connaît pas grand-chose, sauf leur surnom de « rois fainéants » et leur habitude de se faire véhiculer dans une basterne, c’est-à-dire une litière sur char à bœufs. Devenus rois parfois très jeunes, les pauvres étaient immédiatement sous la coupe de maires du palais qui exerçaient la réalité du pouvoir, ne leur laissant que l’apparence dudit pouvoir… et une oisiveté forcée.

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Rappel : la prochaine dictée sera celle de Sèvres (Hauts-de-Seine), au Centre international d’études pédagogiques (proche du pont de Sèvres), le samedi 7 mars, à 14 heures.  Renseignements et inscriptions : jp.colignon@orange.fr  ou au 06 07 59 17 08.

Le mot du 11 septembre 2014

anathème

 

            Plusieurs confrères des médias estiment que M. Manuel Valls lance des anathèmes contre les « frondeurs » (voir « mot du jour » précédent) qui, même seulement en s’abstenant, se mettraient, selon lui, en dehors de la solidarité due au Parti socialiste, au président de la République et au Premier ministre… Lesdits « frondeurs », du moins les plus critiques d’entre eux, parlent, eux, de « trahison » des électeurs et des idéaux socialistes par MM. Hollande et Valls.

            Tout en multipliant les mises en garde, le locataire de Matignon se défend d’être « dans la menace » ou « dans le caporalisme ». Le ton est tout de même très ferme, du type semonce, réprimande, remontrance, condamnation… D’où l’emploi d’anathème (du latin chrétien anathema) par des journalistes et commentateurs.

          Quoique aujourd’hui synonyme, par extension, dans le vocabulaire général, de « réprobation énergique », anathème reste marqué par son appartenance au lexique religieux. Les acceptions d’autrefois se rattachant à l’Antiquité et à ses croyances sont bien oubliées : « offrande faite à une divinité » et « objet détruit, ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité ». En revanche, la signification en usage dans la religion catholique – « sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique », « peine ecclésiastique consistant à excommunier publiquement quelqu’un en le maudissant » – n’est pas ignorée des usagers de la langue française…

            Frapper quelqu’un d’anathème, lancer l’anathème contre quelqu’un, sont donc des expressions fortes se rapportant à des mercuriales, à des admonestations sévères. Les derniers propos de M. Manuel Valls sont-ils bien dans ce registre, et annoncent-ils, en cas d’ « accident(s) » lors du vote de confiance du 16, des « retombées » sévères ?…

Le mot du 9 septembre 2014

frondeur

            Les députés contestataires, au sein du Parti socialiste, cachent de moins en moins leur malaise, leurs réticences, leur opposition, à la politique menée en France. Ils ne sont pas dans le persiflage, dans la raillerie, dans l’impertinence, dans la moquerie… Non, la contestation est plus sérieuse, plus argumentée, et l’on ne voit pas se mettre en évidence, semble-t-il, de vulgaires hâbleurs superficiels…

            Le terme de frondeurs a été adopté pour désigner ces élus qui ne veulent pas être des « godillots » et qui contestent, au nom de leurs valeurs, une ligne politique allant, à leurs yeux, de plus en plus vers le centre, voire le centre droit. Toutefois, ces élus ne veulent pas « casser la baraque », n’entendent pas faire chuter le gouvernement, mettre à bas un parti politique auquel ils appartiennent. D’aucuns les féliciteront de ne pas trahir leur parti, les loueront de se montrer « responsables » en surmontant leurs divergences. D’autres les railleront, en les accusant d’aller jusqu’au Rubicon… pour y pêcher à la ligne, et d’oublier les motifs de leur contestation devant les risques de dissolution de l’Assemblée nationale et de la perte de leurs propres sièges.

           L’acception de frondeur est donc parfaitement confirmée par ces constats : le frondeur regimbe par moments, grogne comme les soldats de la Vieille Garde napoléonienne, rouspète, râle, bougonne, proteste parfois véhémentement, se refuse à être un béni-oui-oui. Mais le frondeur, même le plus déterminé, ne s’engage pas dans une dissidence plus marquée, ne s’insurge pas plus franchement (à l’exception historique, bien évidemment, des combattants de la Fronde [1648-1653]). Il utilise un lance-pierre(s), une fronde, pas un fusil-mitrailleur ni un crapouillot, même au sens figuré !

            Le mot frondeur – substantif, mais aussi adjectif : un esprit frondeur – est daté, officiellement, de 1648 avec le sens de « soldat armé d’une fronde ». Lorsqu’il désigne les insurgés de la Fronde parlementaire, puis de la Fronde des princes, soulevés contre la pression fiscale et – ou – l’absolutisme royal, le terme reste un nom commun, sans majuscule.

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      3e dictée du Salon de l’écriture de la Mairie du VIIe arrondissement de Paris : devant la coïncidence de date (5 novembre) avec la 10e dictée Jules-Verne de Nantes, au conseil général de Loire-Atlantique (dictée fixée depuis plusieurs mois), la Mairie du VIIe étudie la possibilité d’un changement de date…  À suivre.