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Le mot du 20 novembre 2014

bourreau 

            La sinistre actualité met au premier plan des termes récurrents le mot bourreau. La définition de celui-ci ne peut être que la suivante : « Personne exerçant des tortures physiques sur d’autres personnes, généralement sans défense ; personne tuant avec cruauté des êtres sans défense ».

            En dehors des causes et des explications sempiternellement rabâchées ces jours-ci, de vrais responsables politiques, voire les citoyens en général, devraient s’interroger sur la banalisation – pour ne pas dire la valorisation – de la violence, de la cruauté, des atrocités, de la sauvagerie, de la bestialité, de la barbarie, des crimes, via des films, des téléfilms, des jeux vidéo… Et que l’on ne vienne pas défendre ces derniers sous de fallacieuses références à la liberté d’expression !

            Seules les personnes ingénues, et qui n’auraient pas participé à des conflits, à des guerres, qui n’auraient jamais eu connaissance des mots d’ordre donnés à des combattants, peuvent s’étonner, s’émouvoir, que des extrémistes s’en prennent à des « humanitaires ». Bien au contraire, cela est « logique » : ceux qui se dévouent auprès de peuples déshérités, de populations dans la souffrance, sont une grande gêne pour des fanatiques primaires qui, voulant éliminer toute civilisation, prétendent que tous les « autres » sont des colonisateurs, des exploiteurs… ou, à leurs yeux d’illuminés, des « mécréants ».

            Bourreau vient de bourrer, au sens de « frapper quelqu’un ou quelque chose », puis « taper à coups répétés ». Cet emploi au sens absolu a laissé la place à « bourrer de coups », « bourrer de coups de poing », etc. : Le truand trop bavard a été bourré de coups par ses acolytes.  « Bourré de coups »  équivaut à « accablé de coups », chacun le sait. En revanche, nombre de personnes ignorent l’existence de bourrelé(e), terme pourtant correct, licite, au sens de « torturé comme par un bourreau » : Elle est bourrelée de remords.

            Le féminin bourrelle a désigné autrefois la femme du bourreau, ou bien une femme exerçant la fonction de bourreau. En principe, une bourrelle était préposée à l’exécution de certaines peines infligées à des femmes. Dans Monsieur de Lyon (on disait : « Monsieur de Paris », pour désigner l’exécuteur des hautes œuvres de la capitale), la romancière Nicole Avril dépeint un bourreau… qui pourrait bien être une bourrelle.

            La légende raconte que, chez son boulanger, le pain destiné au bourreau de Paris était retourné, afin que personne d’autre n’y touche.

            Au sens propre, bourreau a désigné l’exécuteur des arrêts de justice. Athos fait appel à celui de Béthune pour expédier ad patres la maléfique Milady de Winter, entre autres coupable d’avoir empoisonné Constance Bonacieux (Alexandre Dumas, les Trois Mousquetaires).  Le catcheur Jacques Ducrez, qui, par plaisanterie, a pris ce surnom de « Bourreau de Béthune », a fait partie des populaires professionnels qui se livraient, devant les caméras de la télévision, dans les années 1950-1960, à des matchs qui relevaient plutôt des sketchs désopilants. (Pour autant, il s’agissait de vrais pros qui, tout en évitant, si possible, de se blesser, s’affrontaient en des prises acrobatiques…)

            Le chansonnier Jean Rigaux (1909-1991), qui fut très populaire lui aussi, surnomma un jour « le bourreau de mes thunes » un ministre des Finances. N’oublions pas la fameuse réplique « Bourreau d’enfant ! Bourreau d’enfant ! » d’un des plus drolatiques sketchs de l’humoriste Fernand Raynaud.

            Bourreau figure dans un certain nombre d’expressions du passé, comme : être insolent comme le valet du bourreau, « être d’une insolence extrême, cynique » ; Se faire payer en bourreau, « se faire payer d’avance » ; Être paré comme un bourreau qui est de fête, « être bien vêtu, alors que l’on n’a pas coutume de l’être ».

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Comme chaque année, je serai présent au Salon du livre de Boulogne-Billancourt, à l’Espace Landowski, à côté de la mairie, les samedi 6 et dimanche 7 décembre, de 14 h à 19 h.

Le tout nouvel ouvrage, sorti cette semaine : Petits soldats, héros de la Grande Guerre (éditions Contre-Dire / Trédaniel), illustré par des vignettes du peintre et dessinateur nantais Jean Bruneau (†), qui fut membre de l’Académie de Bretagne, président des Amis du musée (maritime) des Salorges, fera l’objet d’une présentation par la grande librairie nantaise Coiffard, avec le soutien de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire, le samedi 17 janvier, en présence des fils de l’artiste.

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