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Le mot du 31 mai 2014

 Noir, c’est noir…

            M. François Hollande a inauguré à Rodez, le vendredi 30 mai, en tant que président de la République, le musée Pierre-Soulages. Le peintre a donc, de son vivant, un musée à sa gloire, dans sa ville natale. Le coût définitif de ce bâtiment dédié à la couleur noire paraît… très obscur pour les contribuables de base, car les chiffres donnés ces jours-ci dans les médias divergent énormément. Il serait bon que les institutionnels fournissent eux-mêmes un bilan chiffré incontestable.

            Puisque nos « mots du jour » se veulent liés à l’actualité, on mentionnera que pour cette inauguration les fumigènes lancés par les forces de l’ordre pour maintenir à distance des manifestants représentant des catégories de Français en difficulté (ouvriers métallurgistes, intermittents du spectacle, agriculteurs…) ont ajouté de la couleur et de la fumée.

            Les interviews du type micros-trottoirs ont fait ressortir ˗ pour autant que, comme pour les sondages divers publiés à foison sur n’importe quel sujet, ils reflètent bien l’opinion publique ˗ un sentiment très mitigé sur l’aspect extérieur du musée, « métal rouillé » selon plus d’un visiteur.

            Quant aux œuvres présentées, elles suscitent depuis longtemps des controverses, et il est irréaliste de songer à rapprocher les points de vue. Pour les admirateurs de Vermeer, Rembrandt, Poussin, Toulouse-Lautrec, Boudin, Velasquez, Van Gogh, Fragonard…, les peintures de Soulages ne sont que de l’esbroufe pour snobs, de l’épate facile pour mondains argentés, etc. Pour les amateurs d’art dit contemporain, pour les passionnés de recherches nouvelles, l’œuvre de Soulages est le résultat d’un long et véritable travail et relève bel et bien de l’art, au sens absolu.

            Yasmina Reza a brillamment mis en scène cette confrontation, mais autour d’un tableau blanc (« une toile d’environ 1,60 m sur 1,20 m, de couleur blanche, avec de fins liserés transversaux blancs ») dans sa pièce à succès Art, interprétée par un trio exceptionnel : Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini.

            À la mort de son vieil ami Claude Monet, en 1926, Georges Clemenceau aurait refusé que l’on mette un linceul noir sur le cercueil… Le Tigre se serait exclamé : « Non, non, pas de noir sur Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! », et, après avoir arraché le funèbre drap, lui aurait substitué les rideaux fleuris de la chambre. Tout s’est-il déroulé exactement comme cela, surtout rideaux compris ? Il y a eu plusieurs témoins, sans doute, donc l’anecdote est plausible…

           Noir vient du latin niger, « noir », « sombre », « funèbre », « funeste »…

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