Archives de Tag: président de la République

Le mot du 11 septembre 2014

anathème

 

            Plusieurs confrères des médias estiment que M. Manuel Valls lance des anathèmes contre les « frondeurs » (voir « mot du jour » précédent) qui, même seulement en s’abstenant, se mettraient, selon lui, en dehors de la solidarité due au Parti socialiste, au président de la République et au Premier ministre… Lesdits « frondeurs », du moins les plus critiques d’entre eux, parlent, eux, de « trahison » des électeurs et des idéaux socialistes par MM. Hollande et Valls.

            Tout en multipliant les mises en garde, le locataire de Matignon se défend d’être « dans la menace » ou « dans le caporalisme ». Le ton est tout de même très ferme, du type semonce, réprimande, remontrance, condamnation… D’où l’emploi d’anathème (du latin chrétien anathema) par des journalistes et commentateurs.

          Quoique aujourd’hui synonyme, par extension, dans le vocabulaire général, de « réprobation énergique », anathème reste marqué par son appartenance au lexique religieux. Les acceptions d’autrefois se rattachant à l’Antiquité et à ses croyances sont bien oubliées : « offrande faite à une divinité » et « objet détruit, ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité ». En revanche, la signification en usage dans la religion catholique – « sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique », « peine ecclésiastique consistant à excommunier publiquement quelqu’un en le maudissant » – n’est pas ignorée des usagers de la langue française…

            Frapper quelqu’un d’anathème, lancer l’anathème contre quelqu’un, sont donc des expressions fortes se rapportant à des mercuriales, à des admonestations sévères. Les derniers propos de M. Manuel Valls sont-ils bien dans ce registre, et annoncent-ils, en cas d’ « accident(s) » lors du vote de confiance du 16, des « retombées » sévères ?…

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Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.