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Le mot du 26 juin 2016 (4)

La faute de prononciation du jour

 

            Entendu maintes fois tant à la radio qu’à la télévision : « le vingteu-deux juin », « le vingteu-trois mai », etc., comme si le chiffre 20 s’écrivait, en lettres, « vingte ». On peut l’admettre à titre de licence poétique dans une chanson populaire comme celle de Georges Brassens : « le vingteu-deux septembre, à présent, je m’en fous… ». Mais, dans les prosaïques informations des journaux parlés et télévisés, cette syllabe inexistante, donc superfétatoire, devrait être épargnée aux auditeurs et aux téléspectateurs.

 

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P

Place Vendôme (la)

« Pourquoi y a-t-il une majuscule à « Place Vendôme », je l’ai relevée dans plusieurs articles de presse ? Est-ce parce qu’il s’agit d’une place d’un quartier chic, avec des boutiques de luxe ?… », nous demande un internaute belge.

Non : l’orthographe, et l’orthotypographie en particulier, ne dépend pas de la richesse ou de la pauvreté des lieux…  Si vous avez vu une majuscule à Place, c’est qu’il y avait une faute. Ou, alors…

… Ou bien, alors, c’est parce qu’il y avait une antonomase (l’emploi d’un surnom ou d’une périphrase pour désigner quelqu’un ou quelque chose). En l’occurrence, ici, le ministère de la Justice, sis place Vendôme :  Mme Rachida Dati devrait quitter bientôt la Place Vendôme. (On emploie couramment cette figure de rhétorique : « le Quai » ou « le Quai d’Orsay » (pour le ministère des Affaires étrangères »), la Place Beauvau » (pour le ministère de l’Intérieur), etc.)

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Pléonasmes

Peut-on me reprocher d’écrire « il faut s’assurer qu’ils n’ont pas dans le sang  un taux d’alcoolémie supérieur à… » ?, se demande une correspondante du midi de la France.

Eh bien oui, car c’est là un pléonasme, c’est-à-dire cette faute de langage consistant à employer des mots ou expressions inutiles. Les pléonasmes usuels les plus banals sont : « voler dans l’air », « construire des maisons neuves », « nager dans l’eau », « dune de sable », « s’entraider mutuellement », etc.

Le suffixe « -émie » (de même que le préfixe « héma- », « hémo- ») représente la racine grecque « hémaitos », qui signifie « sang », de sorte qu’  « alcoolémie » veut dire « présence d’alcool dans le sang ». (Cf. « urémie » = « présence d’urée dans le sang », etc.)

Il faut donc dire, dans ce cas :  « un taux d’alcool », puisqu’il était précisé « dans le sang ». De plus, « taux d’alcoolémie » est également pléonastique, car le dernier mot a aussi pour acception « taux d’alcool dans le sang ». On peut donc écrire, plus simplement : « … qu’ils n’ont pas dans le sang une alcoolémie supérieure à… ».

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 « Plier bagage » (pourquoi figé au singulier ?)

On part « avec armes et bagages », selon les dictionnaires, mais ces derniers donnent « bagage » au singulier dans « plier bagage« … Pourquoi ?!

Il n’est pas possible de donner une explication cartésienne, logique, pour tous les choix orthographiques qui se sont imposés au fil des siècles, qui ont été entérinés par l’usage…

Essayons tout de même d’apporter une réponse : dans les expressions anciennes comportant avec armes et bagages, on fait porter l’accent sur la grande quantité de matériels, sur la totalité de multiples choses : « se rendre avec armes et bagages », c’est accepter une entière défaite, où l’on remet au vainqueur vraiment toutes les choses.

Dans plier bagage, on entend par le dernier mot  –  au singulier  –  les effets, les objets que l’on emporte avec soi lors d’un voyage, d’une expédition. L’emploi de ce singulier est ancien : « Elle avait pour tout bagage une malle et un carton à chapeau »; « Son unique valise contenait tout son bagage »; « le bagage du soldat se compose de… ». Le mot a donc été régulièrement employé au singulier, naguère, non pas pour désigner une mallette, un coffre, une valise (d’où, aujourd’hui, « les bagages » = les valises, les paquets, etc.), mais l’ensemble d’UN attirail, d’UN fourbi, contenants et contenus compris. De là vient le singulier dans plier bagage.

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« Point » à la place de « non »

Une jeune écrivaine voudrait savoir si l’on peut employer « point », seul, en tant que réponse négative…

Oui, cela est licite, mais frise l’archaïsme et/ou la préciosité… Cet emploi doit être en phase avec le contexte : « Viendrez-vous ? – Point ! » (au sens de « Non point ! »). L’usage normal contemporain est de répondre tout simplement : « Non ! ».

Au lieu de « pas » et de « ne pas » (loc. adv. et adv. négatifs), on peut dire et écrire « point » et « ne point », mais, encore une fois, cela relève quelque peu de l’archaïsme. Toutefois, « point » est très utile pour éviter la répétition de « (ne) pas » quand celui-ci figure déjà dans la phrase. Exemple : « Je n’ai PAS voulu lui dire de ne POINT se déranger » ; « Je ne lui ai POINT dit que je n’irai PAS à Bruges ». La formulation peut y gagner en élégance. Hors ce risque de répétition, « point » s’emploie encore parfois, tantôt par recherche du bien-dire (« Ne vous troublez point, chère amie »), tantôt, au contraire, par imitation du parler campagnard (« J’irons point à la fouère ! » ; « Tout ça, c’est bien beau… mais c’est point tout ! »).

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« Pour tout de bon »

« Est-il correct de dire : Il est parti pour tout de bon  ?, nous demande un fidèle correspondant de Nantes.

La faute est sans doute vénielle, mais il faut s’abstenir d’employer cette tournure, généralement jugée comme étant de style familier, relâché…  On peut tolérer pour de bon, alors que la langue soutenue (mais rendue peut-être un peu archaïque par l’évolution du langage) exige  –  exigeait…  –  tout de bon (il est parti tout de bon).

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Présent(s)

         Un excellent familier des dictées nous interroge sur un problème qui, manifestement, suscite une perplexité générale : « Je sèche devant la phrase suivante : « Plusieurs responsables et personnalités politiques ont répondu présent… ». Le pluriel ou non à accorder au mot présent me pose une colle. Par avance, merci pour le temps que vous voudrez bien m’accorder pour résoudre cette énigme. »

         J’ai envoyé ma réponse à cette personne qui souvent a été sur le podium de mes dictées. Mais, comme il s’agit d’une interrogation récurrente, que nombre d’usagers du français partagent, je reproduis question et réponse (de façon anonyme, évidemment, c’est le principe de ce site) dans ce service de dépannage de langue française. Cela, tout en redisant que je ne suis ni omniscient ni infaillible. « Avec ce que je sais, on peut écrire un dictionnaire ; avec ce que je ne sais pas, on peut monter une bibliothèque. »

         Il faut accorder dans le style direct :

            « Élève Sigismond Barbenpointe ?…

          – Présent !

          – Angèle Delta ?…

          – Présente !

          – Alex et Alain Térieur ?…

          – Présent(s) ! » (Ou chacun réponse individuelle, ou réponse collective des jumeaux !)

         Sinon, je pense qu’il faut laisser invariable : « Ces associations caritatives ont toujours répondu présent ! ».

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« président » ou « Président » de la République ?

« Faut-il une majuscule à « président » dans « président de la République » ?, telle est une question récurrente au sein des centaines de questions arrivant chaque semaine…

Non, le terme important est République, raccourci pour la République française, nom de notre pays, via un terme désignant aussi la forme de régime politique. Les personnes élues à l’Elysée n’en sont que des locataires provisoires, alors que l’Etat républicain, lui, est une entité en principe immuable, bien plus importante.

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Prononciation (fort)

Faut-il prononcer le « t » final de « fort » dans l’expression « fort aimable » ?…

Non, la liaison se fait avec le « r » (et non avec le « t ») : « Il est for-aimable ». La prononciation du « t » est donc réservée au féminin « forte ».

Au masculin pluriel, le « s » ne se lie pas non plus ; Littré donne l’exemple : « des hommes for[ts] et hardis ».

Prononciation (pupille)

Nom féminin au sens oculaire, pupille est masculin au sens d’ « orphelin assisté ». Il faut dire, en principe, « pupile« , comme s’il n’y avait qu’un « l »… Et, effectivement, des poètes classiques en ont tenu compte, tel V. Hugo dans Dieu (« Les voix ») [remarquer au passage l’élision du « s » final de « Thèbes », pour la métrique] :

     Va de Thèbe Heptapyle à Thèbe Hécatompyle;

      Eblouis-toi d’énigme et d’effoi la pupille.

Les choses ont évolué… On entend aujourd’hui la prononciation « ye » pour toutes les acceptions; surtout au sens oculaire. Lorsque le mot est masculin, l’usage est un peu plus partagé, et la prononciation « ile » demeure…