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Le mot du 30 août 2015

question du jour + articulet « dico » du jour + citation du jour

dimanche 30 août 2015

 

La question du jour

     « L’expression suivante est-elle bien orthographiée : « De par la philosophie… » ? Le doute se porte sur l’écriture de par… »

            Il s’agit bien de la préposition par…  Cf. « Il est défendu, de par la loi, de faire du bruit au-delà de 22 heures » ; « De par son caractère, il est peu enclin à se satisfaire du second rôle ! » ; Ce bâtiment, de par la tradition, aurait servi de tribunal populaire… »

 

L’articulet « dico » du jour

picrocholine  adj. f.

            Plusieurs   personnes   s’interrogent   de   temps   en   temps sur un adjectif « pichrocoline(s) » qu’elles ne trouvent pas « dans le dictionnaire ». D’abord, on fera  la  remarque  sur  «  dans  le  dictionnaire  ».  Si, réellement, cela veut dire : « dans UN dictionnaire », eh bien, les recherches ont été plutôt succinctes…  Si, de plus, le dictionnaire en question est le Littré, ou le monumental Pierre Larousse, parus avant 1900, ou un Petit Larousse des années 1930, il y a peu de chance d’y trouver un terme apparu vers 1940 !

           En l’occurrence, le problème, ici, ne réside pas dans l’ancienneté des ouvrages consultés, mais dans l’orthographe attribuée erronément. La bonne graphie est : picrocholine, car l’adjectif est issu du nom propre Picrochole, dû à Rabelais (du grec pikhros, « amer », et kholê, « bile »). Dans Gargantua, le héros éponyme et son père Grandgousier affrontent en effet l’irritable et mégalomane roi Picrochole, qui les attaque alors qu’il n’a pas du tout les moyens de ses ambitions ridicules.

            L’adjectif féminin picrocholine est donc entré dans le langage pour qualifier des querelles, des guerres aux motifs insensés. Voire, le plus souvent, des motifs dérisoires.

           

La citation du jour

            « Des malheurs évités, le bonheur se compose. » (Alphonse Karr.)

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Le mot du 17 juillet 2014

charrue

          L’extraordinaire festival des Vieilles Charrues, créé en 1992, tient sa 23e édition à Carhaix-Plouguer (centre du Finistère) de ce 17 juillet au 20 juillet inclus… En termes de fréquentation, c’est maintenant le plus grand festival de musique de France, accueillant en moyenne plus de 250 000 spectateurs enthousiastes, attirés par l’esprit festif, convivial, conféré par des organisateurs s’appuyant sur environ 5 000 bénévoles.

            Les amateurs de chansons, de musique rock, de pop, de rap, d’électro, de musique celtique, de trip hop… y trouvent leur compte grâce à une programmation éclectique !

       Organisé en plein cœur de la Bretagne, ce festival est volontairement présenté comme un événement populaire, implanté dans le pays profond, dans les champs, dans la prairie. Le choix du nom de « Vieilles Charrues » affiche clairement cette démarche.

           Chacun le sait : une charrue est un instrument de travail agricole, à traction animale ou mécanique, et servant à labourer. Le mot comporte deux r, comme la quasi-totalité des termes de la famille de char (exception : chariot, un seul r), et a eu aussi, comme signification, autrefois, celle de « surface [variable…] pouvant être labourée en un an par une charrue ».

         Tirer la charrue, locution démodée, s’est dit pour exprimer le fait d’effectuer un travail pénible. En revanche, mettre la charrue devant (avant) les bœufs est toujours couramment employée, au sens de « ne pas faire les choses logiquement », « ne pas faire les choses dans l’ordre ». L’Administration, les gouvernants, entre autres, contribuent grandement à la pérennité de l’expression !

       Des débats byzantins, des querelles picrocholines (cf. Rabelais), ont opposé – et continuent d’opposer – les tenants de « devant les bœufs » aux partisans de « avant les bœufs »… Est-ce que faire remarquer que, normalement, devant s’oppose à derrière alors qu’avant s’oppose à après permet de prôner une des deux tournures, permet d’affirmer que l’une d’entre elles, seule, est licite ?… En principe oui, aux yeux des grammairiens et des linguistes « classiques », qui soutiennent que devant donne une priorité dans l’espace, tandis qu’avant se rapporte à une priorité dans le temps. Cette différenciation sémantique n’est plus respectée par un certain nombre de « dictionnaires de difficultés » contemporains, voire de dictionnaires tout court, qui admettent à égalité les deux formes…

          Selon nous, mettre la charrue devant les bœufs reste à préférer, pour la raison exposée ci-dessus.

          Bernard Pivot s’est opposé naguère à des « réformateurs » qui voulaient corriger éléphant en « éléfant », leur déclarant qu’avec les lettres ph il « voyait » les deux grandes oreilles de l’animal. Eh bien, avec devant je « vois » le lien entre les bœufs et la charrue, je « vois » l’attelage ; avec avant, les bovins se présentent plus tôt que la charrue dans le champ de vision, mais sans qu’il y ait attèlement, association, équipage soudé… !