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Le mot du 12 avril 2020 (2)

Le point d’orthotypographie du jour

 

comité   n. m.

La « comitologie »  –  le recours excessif à des commissions, à des comités…  –  a souvent été dénoncée, en France. Notamment pour tout ce qui touche la politique, l’économie, l’Administration…

Une des « fameuses » phrases du général de Gaulle* a porté, ironiquement, sur la multiplicité de ces petits organismes, autoconstitués ou désignés afin de servir de soupapes, aux fins de réflexion plutôt que de décision. Le chef de l’État*, en septembre 1963, à Orange, et parlant de lui-même à la troisième personne, railla ainsi les « comités Théodule » :

 

« […] Mais, de cela, le général de Gaulle ne s’est pas beaucoup occupé. L’essentiel pour lui, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, l’essentiel pour le général de Gaulle, président de la République française, c’est ce qui est utile au peuple français, ce que sent, ce que veut le peuple français. […] »

 

Seuls les comités d’importance nationale devraient avoir la majuscule initiale à comité : le Comité de suivi des retraites (CSR), le Comité d’orientation des retraites (COR)… Comme d’habitude, le souci d’affirmer l’importance et l’utilité (parfois très réelles) de ces petits cercles plus ou moins officiels, l’immodestie éventuelle de leurs membres ou de leurs dirigeants, et les « pesanteurs locales »* incitent ou contraignent à l’adoption quasi générale d’un C majuscule à comité.

  • Dans l’histoire de France, la majuscule s’est imposée, normalement, au Comité de salut public* révolutionnaire (1793 à 1795) –  mais non, par exemple, au « comité de salut public » proclamé à Alger en 1958 (toutefois, en parlant de cette période qui allait conduire au retour au pouvoir du général de Gaulle, des historiens, des journalistes et autres auteurs peuvent adopter la majuscule)  – et au Comité de sûreté générale*.
  • Gaulliste de la première heure, dès 1940, Pierre Lefranc fonda en 1968 les Comités de défense de la République (CDR), dont il présida le… comité national.

Voir : « PESANTEURS LOCALES (LES) »

 

(Extrait du Dictionnaire orthotypographique moderne, Jean-Pierre Colignon, Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, 35, rue du Louvre, 75002 Paris.)

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Faites bien attention à vous… et aux autres !

Le mot du 17 février 2015

dette

       Qu’il s’agisse de la Grèce, de ses habitants, ou de nouveaux retraités – souvent fort modestes – de la région Nord-Picardie plongés dans le drame par le non-paiement scandaleux, depuis novembre, des pensions qui leur sont dues, un mot lancinant revient dans l’actualité : dette.  Ajoutons les chiffres sidérants avancés pour la dette publique de la France : selon l’INSÉÉ*, la dette publique de la France, ou dette (de l’ensemble) des administrations publiques de la France au sens de Maastricht, s’élevait, à la mi – 2014,  à plus de 2 000 milliards d’euros, soit près de 95 % du PIB.

            Dette vient du vieux mot dete,  issu du latin debita, de debitum, « dette »,  et de debere, « devoir ».  Cf. débiteur (féminin : débitrice) : « personne qui a contracté une dette », « personne qui doit une somme à une autre ». Débiteuse est le féminin d’un autre débiteur : personne qui raconte des fadaises, qui débite des inepties, qui colporte des médisances…  Le terme ne s’emploie pas seul, mais toujours associé à un complément : un grand débiteur de sornettes, une grande débiteuse de mensonges.  Débiteuse est également le féminin de débiteur quand ce dernier mot désigne un commerçant vendant au détail, se livrant au débitage du bois, de la pierre, etc.

            Dette entre dans un nombre très important de locutions et d’expressions : dette de jeu, dette d’honneur, dette flottante, dette liquide, remise de dette… De cette masse linguistique émergent payer sa dette à la patrie, « faire son service militaire » ; avouer (ou confesser) la dette, « reconnaître un fait qu’on voulait cacher »  ou  «  convenir  que  l’on  avait  tort  »…  et  payer sa dette à la nature : « mourir » !  Des expressions bien peu employées aujourd’hui.

*  Comme l’usage, de nos jours, est d’indiquer,  par souci de précision,  tous les accents sur les capitales dans les textes imprimés, le sigle de l’Institut national de la statistique et des études économiques doit, rigoureusement, être : INSÉÉ. La succession, ressentie comme insolite, en fin de sigle, des deux É fait que nombre de journaux, de revues, de livres font une exception et écrivent INSEE.